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	<title type="text">Sommaire général des Chats perdus</title>
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	<updated>2024-05-29T17:05:42+00:00</updated>
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		<name>www.mouvement-transitions.fr</name>
		<email>etoussaint@eponim.com</email>
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		<title>Ch. 1 - Le Café et la Fleur </title>
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		<published>2017-02-18T14:15:00+00:00</published>
		<updated>2017-02-18T14:15:00+00:00</updated>
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		<author>
			<name>B. Kadabra</name>
			<email>moulinesarah@gmail.com</email>
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		<summary type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 1 &lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Le Café et la Fleur&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;18/02/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’y vois rien, que du blanc, ça doit être la neige, il doit y en avoir beaucoup là-bas... là-bas où ? Caterina a dû me l’écrire, attends, on fait comment ? Il faut sortir de la photo, revenir à la conversation, je sais pas, si je demande à nouveau au gars assis à côté il va me prendre pour un vieux con, il m’a déjà aidé pour la connexion wifi, il a été gentil, a pris mon téléphone, a fait une manip’ et me l’a rendu tout de suite, gardant tout le temps ce demi-sourire à peine retenu aux coins des lèvres où il lui poussait ces quatre poils raides faisant une sorte de moustache qu’on dirait du duvet sans qu’il en ait plus l’âge, quelqu’un lui dira de les couper, ces quatre poils, mais bon, le bonnet même à l’intérieur, à travers les vitres on voit rien tellement il y a de la buée (le vin, les bières, et déjà pas mal de gens), et lui il garde son bonnet, et ce sourire, il a dû se dire oh le petit papi il n’y comprend rien, le monde va trop vite pour lui, oh il me rappelle le mien (je n’ai toujours pas compris pourquoi tous les papis rappellent les papis des autres !), oh il veut le wifi et il ne sait pas comment faire, mais il connaît le mot wifi, c’est déjà ça. Malgré tout, ce jeune homme avait l’air gentil, il a fait vite et ne m’a plus regardé dès que j’ai touché le portable qui était encore entre ses mains et les miennes, gentil et discret (je ne sais pas pourquoi à côté du mot discret m’est apparu le mot distrait) comme tout le monde ici, ici dans le quartier, ici dans le métro (ça fait combien de temps que je ne prends pas le métro ? Les jambes suffisent dans le petit Con-Coin des Chats Perdus, où il y a les gentils-discrets, les gentils-gentils et les fous-furieux, et je ne sais pas qui je préfère), ici dans les magasins, ici partout, partout est bonjour et sourire, bonjour et oubli. C’est les yeux, sans lunettes tout s’embrouille sur cet écran minuscule. Mais pour quels doigts on a conçu cet écran, doigts d’enfants, doigts de femmes, non, non, idiot !, que doigts d’enfants, maman avait de gros doigts au bout ouverts par le froid et les détergents, et les tantes elles aussi, et Eveline, Martine, non, non, cet écran est fait pour les enfants, quand j’y mets mes pouces ils occupent tout l’espace, le faux clavier qui apparaît je ne le vois plus, il faut que j’écrive avec les pointes des pointes des doigts, une lettre à la fois, et si je veux écrire bonjour je dois effacer et récrire bonsoir, je suis lent, mais bon, Rosa m’a dit que c’est utile et que je peux recevoir les photos de la famille dispersée ici et là, les photos d’elle et de la petite quand elles ne peuvent pas passer à la maison, les photos d’Estelle en pyjama avant de se coucher qui fait ciao avec la petite main parfaite et parfaite pour cet écran oh mais je voulais seulement savoir le nom de cet endroit où Caterina passe ses vacances. C’est pas important, pourquoi est-ce que je vais toujours derrière les choses moins importantes : le nom d’un endroit où je n’ai jamais mis le pied et où je ne le mettrai jamais, que j’ignorais avant et que j’ignorerai après. Ça doit être un petit village, pareil à d’autres endroits de la région qui restent anonymes sous le mot-manteau &lt;em&gt;village&lt;/em&gt;, et en plus je ne comprends pas Caterina – qui a pris tout de mon frère, ça c’est sûr et certain – qui est allée avec son mari et son petit Maxime dans les Abruzzes, où les tremblements de terre sont à l’ordre du jour, où la neige tombe pour ensevelir à jamais nos têtes glorieuses fourrées de rien et de chaos, oui, d’accord, elle a de la famille là-bas, je ne sais plus de quel côté, elle voulait aller voir la situation, donner un coup de main, cependant, si mes yeux de taupe ne me trahissent pas deux fois, sous le mur de neige Maxime garde entre ses moufles une paire de skis. Ah non, ça non ! Attends. Si Batiste, derrière le comptoir, lâche un instant la télévision, je me ferai remplir le verre, oh qu’il est bête, ce cheval ne gagnera pas, comment est-ce qu’il peut parier chaque jour sur ces courses, ne gagner jamais et jouer encore le lendemain. Oh c’est pas le pari qui m’embête, voyons !, ni le jeu, ni ces chevaux dont j’aperçois la sourde tristesse, qui court en moi comme à travers les veines de ces jambes au galop : tu vois le galop, les jambes, tu vois pas le sang qui y coule, c’est la sourdine de ma tristesse et de ma soif : — Batiste, Batiste, Batiste ! Un autre demi, s’il te plaît ! Merci ! C’est pas le jeu qui me gêne. C’est cette répétition qui lui prend la tête, qui la garde ailleurs penchée vers ces chevaux qui galopent, galopent, galopent, galopent, sautent, sautent, courent, pendant qu’il les regarde galoper, sauter, courir, oubliant de me servir, de prendre mon argent, de me passer le journal, de me rendre le regard vivant dont j’ai besoin et qu’on ne peut pas demander comme ça : un regard vivant, s’il vous plaît, regardez-moi. Laisse tomber, Furio. Heureusement, aujourd’hui il a évité de m’appeler par mon prénom : je ne sais plus s’il le fait exprès ou s’il est demeuré, comme ma petite Estelle qui baragouine n’importe quoi ne sachant pas se démêler entre ces deux syllabes. Rosso, ça lui vient plus facilement : &lt;em&gt;nonno Rosso&lt;/em&gt;, dit-elle en criant, le papi Rouge. Soit. Mais Batiste, il sert ici depuis trois, quatre mois, le patron et Hugo lui ont appris les prénoms des clients habituels, et lui il ne sait pas prononcer le mien, il joue, oui, il joue, il fait l’accent, il reste poli, il sourit, la prochaine fois la bière il l’aura dans la gueule, on verra bien ça. Laisse tomber, Furio. Son cheval a perdu, il commence une discussion avec les autres qui déchirent leurs reçus et les jettent par terre. Francis, me semble-t-il, s’empare de la télécommande et change la chaîne. Les infos. Je sais pas si je préfère pas la tristesse des chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Que du blanc, un mur de neige effrité, les flocons suspendus dans l’air reflètent le flash et sont encore plus blancs que le blanc, le ciel, dans l’arrière plan, est sombre sans la tache définitive de la nuit, Caterina est accroupie à côté de son fils. J’arrive pas à voir si le gamin tient des skis, on ne voit pas non plus clairement les traits de leurs visages, je reconnais seulement le sourire de ma nièce, les grandes belles dents qui sont aussi celles de son père, qui étaient les mêmes que dans la bouche de ma mère, et je devine ses pommettes rehaussées, qui se laissent prévoir sur le visage détendu et un peu sérieux de Maxime, qui, lui, sûrement n’est pas allé aider les familles touchées par les tremblements de terre et les avalanches. Mais ils sont gentils, au fond, et m’envoient de temps à autre des photos ou des messages. Je lis avec une certaine tendresse ces tentatives de réunion familiale, j’ai aussi envie de répondre, mais ma lenteur m’épuise, mes messages souvent se limitent à : ok, beau, bisous, ciao, quand ils sont réussis, sinon j’envoie des mots entrecoupés par des lettres insubordonnées dont ils décèlent en tout cas le sens, car je reçois leurs réponses. Maintenant, que dalle : je sais plus comment j’ai zoomé (les choses sans importance... savoir si Caterina skiait ou pas, savoir si elle faisait ses vacances pendant que d’autres étaient morts ou malheureux...), l’écran est occupé par un éclat de flocon et par un pan d’obscurité informe. Que dalle, basta, je l’éteins. Encore une gorgée avant que la bière se fasse tiédasse, puis sortir, il faut aussi que j’apporte ce paquet à Hassan. Francis est pris par les infos. Ceux qui suivaient les courses tout à l’heure se sont assis aux tables, un pastis devant. D’autres, qui étaient assis ou qui viennent juste d’entrer, lui ont donné le relais au comptoir, ils me serrent un peu, là, mieux fermer le bouquin. Les bières devant, tous regardent la télévision où défilent ces têtes que je vois déjà affichées sur les murs du quartier. Demain nuit je vais les maquiller un peu, ces têtes. Oui, bien sûr, dans tes rêves.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il y a de plus en plus de monde, qu’est-ce qu’il fait chaud ! C’est comme ça qu’on tombe malade. Dehors, il y a le vent apporté par cette dernière tempête... pauvre balcon, pauvres os ! Pas envie de revoir les lunettes rondes et sympathiques du médecin, pas envie d’avoir peur et après de réfléchir à pourquoi, désormais, j’ai peur. Torchon sur l’épaule, Batiste vide le lave-vaisselle. Quand il l’ouvre, la vapeur monte et s’ajoute à celle qui s’est attachée, curieuse, aux vitres du bar et à celle qui monte, mystérieuse, des nouveaux arrivés. Batiste est svelte, fait ce qu’il doit faire quand la foule s’empare du comptoir, la tête sérieuse, qui fait oublier ses blagues futiles. Juste derrière le comptoir, dans une cuvette, des tasses sont laissées à stériliser dans un fond d’eau bouillante, les mains glabres de Batiste en prennent deux et les mettent sous les becs de la machine à café, puis il continue à vider et à ranger les verres après les avoir essuyés avec des mouvements secs et circulaires, les mains rougies par la chaleur comme, il y a longtemps, mes mains se cuisaient dans les mêmes mouvements. Les cafés prêts, où est-ce qu’ils vont ? Ah, ils volent se ranger dans les soucoupes qui traînaient devant les deux policiers, des habitués eux aussi, grands, l’un en uniforme, l’autre toujours sans, mais toujours comme s’il en avait, qui passent dans le bar avant ou à la fin de leur service, et qui me serrent, maintenant, comme un hareng qui ne sait plus lutter : rien à faire, entre la télé, le bruit de la salle et ces coudes sans pitié (ceux des flics à droite, celui de Francis à gauche), il vaut mieux ranger le bouquin et éviter qu’il se tache : je viens de l’acheter, presque nouveau, après le dernier conseil de ma Christiane. Tout à l’heure, à la maison. Si tu arrives, mon vieux, si t’y arrives ! Voilà cette voix perfidement installée en moi qui a peur des lunettes sympathiques du médecin et qui me défie à chaque fois. Si j’arrive à rentrer chez moi, oui, si j’y arrive. Comme si une bonne partie de la vie n’était pas un &lt;em&gt;si &lt;/em&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Malik – l’un des deux policiers a appelé celui sans uniforme et lui fait signe vers la télévision. Je suis leurs têtes. On parle du gamin violé avec une matraque au Nord de Paris. Francis, toujours attentif, se mord les lèvres et enfonce son nez dans son verre. Oh, qu’il voudrait sortir une de ses phrases au vitriol. Il évite même de me regarder, je le laisse tranquille. Je suis fatigué. Celui qui s’appelle Malik ne répond rien, les deux se regardent et continuent à boire leur café. Je laisse l’argent, prends mon paquet et m’en vais.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le vent, le voici. Les nuages, toujours là. Le faux silence de la rue après le vacarme du café. Allez. Il faut retrouver Hassan. À cette heure-ci, normalement, il est place de la République, pas loin. C’est un détour. Tout à l’heure il n’y était pas, j’ai pas vu ses affaires dans son coin. Recommençons ces pas perdus dans le quartier qui en engloutit à tout moment. Normalement, pour me repérer, je regarde la grande statue au centre de la place, je tourne autour d’elle, c’est derrière son cul que Hassan s’assoit. Je ne le vois pas, ah, si ! Les yeux de taupe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Hé, salut, Hassan, ça va ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;— Bene, bene. &lt;/em&gt; Toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;— Bene&lt;/em&gt; moi aussi. Tiens, tout à l’heure je marchais, je t’ai pris un truc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Merci.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Ça va, t’es sûr ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Oui, oui, frère. Aujourd’hui, la tête...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et il tourne son doigt autour de la tempe : les pensées, les souvenirs, les voix et encore et encore, rien que ce geste suggère ce que peut être sa vie sans que j’en sache davantage, j’imagine des choses affreuses, ce doigt me parlant sans dire d’une folie temporaire, d’une tristesse amère, de la perte de quelque chose que sa tête elle-même ignore et que son doigt pointe sans la centrer. Je hoche la tête, mais Hassan, aujourd’hui, n’est pas bavard, et c’est ça qui m’a inquiété, je ne vois même pas ses pinceaux sortis, il prend le paquet et regarde loin, je lui serre la main, il me tape sur l’épaule et me dit : — La semaine prochaine, je crois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Pour la bouteille ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Oui, un ami devrait, devrait (il écarte ses longs doigts) m’en porter une.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— D’accord, bah, on se voit un de ces jours. Tiens-toi fort.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Toi aussi, Furio.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Monter jusqu’au dernier étage. L’ascenseur. La mairie l’a fait réparer il y a deux mois, heureusement : je sortais beaucoup moins. Bonjour, l’appartement ! Qu’il est vide cet endroit, même si jour après jour j’y laisse une partie de moi. Et c’est toi qui te vides, Furio : la voix perfide. Peut-être, peut-être. Non, je n’ai pas envie de bataille. J’ai besoin de me reposer. Tout à l’heure le livre, mon journal. Les rêves de la nuit presque tombée (la voix : peut-être), mais pas encore besoin d’allumer, cette obscurité suspendue dans le petit salon ne me gêne pas, elle me dit bonsoir tous les soirs, on est frère et sœur, ou mari et femme, en tout cas un scandale quand ma fille vient et me voit bouger sans lumières. Ah, le balcon ! Oui, mais il faut remettre le manteau, dehors les loups et les chiens au dernier combat, donc ce que je vois : les toits couleur d’ardoise, les bâtiments un peu fanés, le ciel tout nuages qui rappellent des vagues figées, désolation de Paris. Mais mon jardin il dépérit, le vent, malgré les protections que j’y ai mises, a fait des dégâts, pas mal de sable s’est envolé, on voit les traces du sol. &lt;em&gt;Cazzo&lt;/em&gt; ! Qu’il était beau, avant la tempête, pure forme sans rien. Sans rien. Rien. Là, dans le coin, la dune est restée presque intacte, ronde et tranquille. Oui. Mais. Qu’est-ce que c’est ça ? Ces yeux de merde ! Dos maudit, aide-moi, c’est quoi ça, aide-moi à me baisser pour voir ce qui tache mon jardin, mon désert. Quoi ? Une parfaite fleur rose charnue, ouverte mais le cœur encore resserré, la tige enfoncée dans la dune parfaite et ronde, des cailloux autour pour qu’elle reste debout, toute rose (mais c’est pas une rose, c’est quoi ? C’est quoi cette invasion ?), toute rose se tient devant moi, riche devant moi, pleine sous mes yeux. Qui est monté, donc ? C’est pas le vent qui m’apporte une fleur et qui ajoute des cailloux ! Qui a osé toucher à mon jardin ! Et comment ? Quelqu’un est entré ici. Viennent se poser dans ma tête bête les images des sous, des cadres d’argent où je garde les photos de famille, le beau couteau arabe que je fais toujours traîner et qu’après j’oublie et que je retrouve des jours après, désespéré. J’allume la lumière. À côté du fauteuil, les photos n’ont pas été touchées. Dans la cuisine, maintenant. Le cœur va trop vite. Et la rage. Le mouchoir avec l’argent dedans est toujours là, caché sous la base du four. Mais alors ? C’est quoi cette fleur ? Et qui ? Ah non, on va voir si cette nouvelle concierge sert à quelque chose !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<content type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 1 &lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Le Café et la Fleur&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;18/02/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’y vois rien, que du blanc, ça doit être la neige, il doit y en avoir beaucoup là-bas... là-bas où ? Caterina a dû me l’écrire, attends, on fait comment ? Il faut sortir de la photo, revenir à la conversation, je sais pas, si je demande à nouveau au gars assis à côté il va me prendre pour un vieux con, il m’a déjà aidé pour la connexion wifi, il a été gentil, a pris mon téléphone, a fait une manip’ et me l’a rendu tout de suite, gardant tout le temps ce demi-sourire à peine retenu aux coins des lèvres où il lui poussait ces quatre poils raides faisant une sorte de moustache qu’on dirait du duvet sans qu’il en ait plus l’âge, quelqu’un lui dira de les couper, ces quatre poils, mais bon, le bonnet même à l’intérieur, à travers les vitres on voit rien tellement il y a de la buée (le vin, les bières, et déjà pas mal de gens), et lui il garde son bonnet, et ce sourire, il a dû se dire oh le petit papi il n’y comprend rien, le monde va trop vite pour lui, oh il me rappelle le mien (je n’ai toujours pas compris pourquoi tous les papis rappellent les papis des autres !), oh il veut le wifi et il ne sait pas comment faire, mais il connaît le mot wifi, c’est déjà ça. Malgré tout, ce jeune homme avait l’air gentil, il a fait vite et ne m’a plus regardé dès que j’ai touché le portable qui était encore entre ses mains et les miennes, gentil et discret (je ne sais pas pourquoi à côté du mot discret m’est apparu le mot distrait) comme tout le monde ici, ici dans le quartier, ici dans le métro (ça fait combien de temps que je ne prends pas le métro ? Les jambes suffisent dans le petit Con-Coin des Chats Perdus, où il y a les gentils-discrets, les gentils-gentils et les fous-furieux, et je ne sais pas qui je préfère), ici dans les magasins, ici partout, partout est bonjour et sourire, bonjour et oubli. C’est les yeux, sans lunettes tout s’embrouille sur cet écran minuscule. Mais pour quels doigts on a conçu cet écran, doigts d’enfants, doigts de femmes, non, non, idiot !, que doigts d’enfants, maman avait de gros doigts au bout ouverts par le froid et les détergents, et les tantes elles aussi, et Eveline, Martine, non, non, cet écran est fait pour les enfants, quand j’y mets mes pouces ils occupent tout l’espace, le faux clavier qui apparaît je ne le vois plus, il faut que j’écrive avec les pointes des pointes des doigts, une lettre à la fois, et si je veux écrire bonjour je dois effacer et récrire bonsoir, je suis lent, mais bon, Rosa m’a dit que c’est utile et que je peux recevoir les photos de la famille dispersée ici et là, les photos d’elle et de la petite quand elles ne peuvent pas passer à la maison, les photos d’Estelle en pyjama avant de se coucher qui fait ciao avec la petite main parfaite et parfaite pour cet écran oh mais je voulais seulement savoir le nom de cet endroit où Caterina passe ses vacances. C’est pas important, pourquoi est-ce que je vais toujours derrière les choses moins importantes : le nom d’un endroit où je n’ai jamais mis le pied et où je ne le mettrai jamais, que j’ignorais avant et que j’ignorerai après. Ça doit être un petit village, pareil à d’autres endroits de la région qui restent anonymes sous le mot-manteau &lt;em&gt;village&lt;/em&gt;, et en plus je ne comprends pas Caterina – qui a pris tout de mon frère, ça c’est sûr et certain – qui est allée avec son mari et son petit Maxime dans les Abruzzes, où les tremblements de terre sont à l’ordre du jour, où la neige tombe pour ensevelir à jamais nos têtes glorieuses fourrées de rien et de chaos, oui, d’accord, elle a de la famille là-bas, je ne sais plus de quel côté, elle voulait aller voir la situation, donner un coup de main, cependant, si mes yeux de taupe ne me trahissent pas deux fois, sous le mur de neige Maxime garde entre ses moufles une paire de skis. Ah non, ça non ! Attends. Si Batiste, derrière le comptoir, lâche un instant la télévision, je me ferai remplir le verre, oh qu’il est bête, ce cheval ne gagnera pas, comment est-ce qu’il peut parier chaque jour sur ces courses, ne gagner jamais et jouer encore le lendemain. Oh c’est pas le pari qui m’embête, voyons !, ni le jeu, ni ces chevaux dont j’aperçois la sourde tristesse, qui court en moi comme à travers les veines de ces jambes au galop : tu vois le galop, les jambes, tu vois pas le sang qui y coule, c’est la sourdine de ma tristesse et de ma soif : — Batiste, Batiste, Batiste ! Un autre demi, s’il te plaît ! Merci ! C’est pas le jeu qui me gêne. C’est cette répétition qui lui prend la tête, qui la garde ailleurs penchée vers ces chevaux qui galopent, galopent, galopent, galopent, sautent, sautent, courent, pendant qu’il les regarde galoper, sauter, courir, oubliant de me servir, de prendre mon argent, de me passer le journal, de me rendre le regard vivant dont j’ai besoin et qu’on ne peut pas demander comme ça : un regard vivant, s’il vous plaît, regardez-moi. Laisse tomber, Furio. Heureusement, aujourd’hui il a évité de m’appeler par mon prénom : je ne sais plus s’il le fait exprès ou s’il est demeuré, comme ma petite Estelle qui baragouine n’importe quoi ne sachant pas se démêler entre ces deux syllabes. Rosso, ça lui vient plus facilement : &lt;em&gt;nonno Rosso&lt;/em&gt;, dit-elle en criant, le papi Rouge. Soit. Mais Batiste, il sert ici depuis trois, quatre mois, le patron et Hugo lui ont appris les prénoms des clients habituels, et lui il ne sait pas prononcer le mien, il joue, oui, il joue, il fait l’accent, il reste poli, il sourit, la prochaine fois la bière il l’aura dans la gueule, on verra bien ça. Laisse tomber, Furio. Son cheval a perdu, il commence une discussion avec les autres qui déchirent leurs reçus et les jettent par terre. Francis, me semble-t-il, s’empare de la télécommande et change la chaîne. Les infos. Je sais pas si je préfère pas la tristesse des chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Que du blanc, un mur de neige effrité, les flocons suspendus dans l’air reflètent le flash et sont encore plus blancs que le blanc, le ciel, dans l’arrière plan, est sombre sans la tache définitive de la nuit, Caterina est accroupie à côté de son fils. J’arrive pas à voir si le gamin tient des skis, on ne voit pas non plus clairement les traits de leurs visages, je reconnais seulement le sourire de ma nièce, les grandes belles dents qui sont aussi celles de son père, qui étaient les mêmes que dans la bouche de ma mère, et je devine ses pommettes rehaussées, qui se laissent prévoir sur le visage détendu et un peu sérieux de Maxime, qui, lui, sûrement n’est pas allé aider les familles touchées par les tremblements de terre et les avalanches. Mais ils sont gentils, au fond, et m’envoient de temps à autre des photos ou des messages. Je lis avec une certaine tendresse ces tentatives de réunion familiale, j’ai aussi envie de répondre, mais ma lenteur m’épuise, mes messages souvent se limitent à : ok, beau, bisous, ciao, quand ils sont réussis, sinon j’envoie des mots entrecoupés par des lettres insubordonnées dont ils décèlent en tout cas le sens, car je reçois leurs réponses. Maintenant, que dalle : je sais plus comment j’ai zoomé (les choses sans importance... savoir si Caterina skiait ou pas, savoir si elle faisait ses vacances pendant que d’autres étaient morts ou malheureux...), l’écran est occupé par un éclat de flocon et par un pan d’obscurité informe. Que dalle, basta, je l’éteins. Encore une gorgée avant que la bière se fasse tiédasse, puis sortir, il faut aussi que j’apporte ce paquet à Hassan. Francis est pris par les infos. Ceux qui suivaient les courses tout à l’heure se sont assis aux tables, un pastis devant. D’autres, qui étaient assis ou qui viennent juste d’entrer, lui ont donné le relais au comptoir, ils me serrent un peu, là, mieux fermer le bouquin. Les bières devant, tous regardent la télévision où défilent ces têtes que je vois déjà affichées sur les murs du quartier. Demain nuit je vais les maquiller un peu, ces têtes. Oui, bien sûr, dans tes rêves.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il y a de plus en plus de monde, qu’est-ce qu’il fait chaud ! C’est comme ça qu’on tombe malade. Dehors, il y a le vent apporté par cette dernière tempête... pauvre balcon, pauvres os ! Pas envie de revoir les lunettes rondes et sympathiques du médecin, pas envie d’avoir peur et après de réfléchir à pourquoi, désormais, j’ai peur. Torchon sur l’épaule, Batiste vide le lave-vaisselle. Quand il l’ouvre, la vapeur monte et s’ajoute à celle qui s’est attachée, curieuse, aux vitres du bar et à celle qui monte, mystérieuse, des nouveaux arrivés. Batiste est svelte, fait ce qu’il doit faire quand la foule s’empare du comptoir, la tête sérieuse, qui fait oublier ses blagues futiles. Juste derrière le comptoir, dans une cuvette, des tasses sont laissées à stériliser dans un fond d’eau bouillante, les mains glabres de Batiste en prennent deux et les mettent sous les becs de la machine à café, puis il continue à vider et à ranger les verres après les avoir essuyés avec des mouvements secs et circulaires, les mains rougies par la chaleur comme, il y a longtemps, mes mains se cuisaient dans les mêmes mouvements. Les cafés prêts, où est-ce qu’ils vont ? Ah, ils volent se ranger dans les soucoupes qui traînaient devant les deux policiers, des habitués eux aussi, grands, l’un en uniforme, l’autre toujours sans, mais toujours comme s’il en avait, qui passent dans le bar avant ou à la fin de leur service, et qui me serrent, maintenant, comme un hareng qui ne sait plus lutter : rien à faire, entre la télé, le bruit de la salle et ces coudes sans pitié (ceux des flics à droite, celui de Francis à gauche), il vaut mieux ranger le bouquin et éviter qu’il se tache : je viens de l’acheter, presque nouveau, après le dernier conseil de ma Christiane. Tout à l’heure, à la maison. Si tu arrives, mon vieux, si t’y arrives ! Voilà cette voix perfidement installée en moi qui a peur des lunettes sympathiques du médecin et qui me défie à chaque fois. Si j’arrive à rentrer chez moi, oui, si j’y arrive. Comme si une bonne partie de la vie n’était pas un &lt;em&gt;si &lt;/em&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Malik – l’un des deux policiers a appelé celui sans uniforme et lui fait signe vers la télévision. Je suis leurs têtes. On parle du gamin violé avec une matraque au Nord de Paris. Francis, toujours attentif, se mord les lèvres et enfonce son nez dans son verre. Oh, qu’il voudrait sortir une de ses phrases au vitriol. Il évite même de me regarder, je le laisse tranquille. Je suis fatigué. Celui qui s’appelle Malik ne répond rien, les deux se regardent et continuent à boire leur café. Je laisse l’argent, prends mon paquet et m’en vais.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le vent, le voici. Les nuages, toujours là. Le faux silence de la rue après le vacarme du café. Allez. Il faut retrouver Hassan. À cette heure-ci, normalement, il est place de la République, pas loin. C’est un détour. Tout à l’heure il n’y était pas, j’ai pas vu ses affaires dans son coin. Recommençons ces pas perdus dans le quartier qui en engloutit à tout moment. Normalement, pour me repérer, je regarde la grande statue au centre de la place, je tourne autour d’elle, c’est derrière son cul que Hassan s’assoit. Je ne le vois pas, ah, si ! Les yeux de taupe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Hé, salut, Hassan, ça va ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;— Bene, bene. &lt;/em&gt; Toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;— Bene&lt;/em&gt; moi aussi. Tiens, tout à l’heure je marchais, je t’ai pris un truc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Merci.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Ça va, t’es sûr ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Oui, oui, frère. Aujourd’hui, la tête...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et il tourne son doigt autour de la tempe : les pensées, les souvenirs, les voix et encore et encore, rien que ce geste suggère ce que peut être sa vie sans que j’en sache davantage, j’imagine des choses affreuses, ce doigt me parlant sans dire d’une folie temporaire, d’une tristesse amère, de la perte de quelque chose que sa tête elle-même ignore et que son doigt pointe sans la centrer. Je hoche la tête, mais Hassan, aujourd’hui, n’est pas bavard, et c’est ça qui m’a inquiété, je ne vois même pas ses pinceaux sortis, il prend le paquet et regarde loin, je lui serre la main, il me tape sur l’épaule et me dit : — La semaine prochaine, je crois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Pour la bouteille ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Oui, un ami devrait, devrait (il écarte ses longs doigts) m’en porter une.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— D’accord, bah, on se voit un de ces jours. Tiens-toi fort.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Toi aussi, Furio.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Monter jusqu’au dernier étage. L’ascenseur. La mairie l’a fait réparer il y a deux mois, heureusement : je sortais beaucoup moins. Bonjour, l’appartement ! Qu’il est vide cet endroit, même si jour après jour j’y laisse une partie de moi. Et c’est toi qui te vides, Furio : la voix perfide. Peut-être, peut-être. Non, je n’ai pas envie de bataille. J’ai besoin de me reposer. Tout à l’heure le livre, mon journal. Les rêves de la nuit presque tombée (la voix : peut-être), mais pas encore besoin d’allumer, cette obscurité suspendue dans le petit salon ne me gêne pas, elle me dit bonsoir tous les soirs, on est frère et sœur, ou mari et femme, en tout cas un scandale quand ma fille vient et me voit bouger sans lumières. Ah, le balcon ! Oui, mais il faut remettre le manteau, dehors les loups et les chiens au dernier combat, donc ce que je vois : les toits couleur d’ardoise, les bâtiments un peu fanés, le ciel tout nuages qui rappellent des vagues figées, désolation de Paris. Mais mon jardin il dépérit, le vent, malgré les protections que j’y ai mises, a fait des dégâts, pas mal de sable s’est envolé, on voit les traces du sol. &lt;em&gt;Cazzo&lt;/em&gt; ! Qu’il était beau, avant la tempête, pure forme sans rien. Sans rien. Rien. Là, dans le coin, la dune est restée presque intacte, ronde et tranquille. Oui. Mais. Qu’est-ce que c’est ça ? Ces yeux de merde ! Dos maudit, aide-moi, c’est quoi ça, aide-moi à me baisser pour voir ce qui tache mon jardin, mon désert. Quoi ? Une parfaite fleur rose charnue, ouverte mais le cœur encore resserré, la tige enfoncée dans la dune parfaite et ronde, des cailloux autour pour qu’elle reste debout, toute rose (mais c’est pas une rose, c’est quoi ? C’est quoi cette invasion ?), toute rose se tient devant moi, riche devant moi, pleine sous mes yeux. Qui est monté, donc ? C’est pas le vent qui m’apporte une fleur et qui ajoute des cailloux ! Qui a osé toucher à mon jardin ! Et comment ? Quelqu’un est entré ici. Viennent se poser dans ma tête bête les images des sous, des cadres d’argent où je garde les photos de famille, le beau couteau arabe que je fais toujours traîner et qu’après j’oublie et que je retrouve des jours après, désespéré. J’allume la lumière. À côté du fauteuil, les photos n’ont pas été touchées. Dans la cuisine, maintenant. Le cœur va trop vite. Et la rage. Le mouchoir avec l’argent dedans est toujours là, caché sous la base du four. Mais alors ? C’est quoi cette fleur ? Et qui ? Ah non, on va voir si cette nouvelle concierge sert à quelque chose !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
		<category term="Le roman-feuilleton" />
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		<title>Ch. 2 - 11, rue des Clartés</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.mouvement-transitions.fr/index.php/juste/le-roman-feuilleton/sommaire-general-des-chats-perdus/1358-ch-2-11-rue-des-clartes"/>
		<published>2017-02-25T14:15:00+00:00</published>
		<updated>2017-02-25T14:15:00+00:00</updated>
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		<author>
			<name>B. Kadabra</name>
			<email>moulinesarah@gmail.com</email>
		</author>
		<summary type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 2&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;11, rue des Clartés&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;25/02/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Souvent, elle marche en parlant dans sa tête.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ça ne vous arrive jamais&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Souvent, dans sa tête, ça ne s’arrête plus un instant. Tout se traduit dans sa tête en flots de parole.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il faut seulement être là pour entendre. Et pour entendre, il faut aussi écouter. Et pour écouter, il faut aussi imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;C’est mon métier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Un jour de février 2017, le 13 ou le 15 je ne me souviens plus, en tout cas l’un de ces deux jours, lundi et mercredi, où elle vient à la consultation, ça commence comme ça dans sa tête, me dit-elle, à peine cette espèce de cinglé sorti en furie de l’ascenseur. Il a cogné à la porte de la loge avec une sorte de maladresse furieuse et il lui a raconté une histoire à dormir debout –&amp;nbsp;une histoire de fleurs écloses sur sa terrasse où il n’y a jamais de fleurs (car il déteste les fleurs, il ne rêve que de pierre et de sable, et sa terrasse, elle est comme ça).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je ne comprends rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Une espèce de cinglé, insiste-t-elle, du dernier étage de cet immeuble de merde où ça ne suffisait pas que je passe mon enfance, il a fallu en plus que j’y revienne, à la même place, celle de mon père et de ma mère, sauf que pour moi, le père s’est tiré… Un immeuble de cinglés de neuf étages avec trois appartements par étage, ça fait à la louche une trentaine de cinglés parce que quand même parfois dans une famille tous ne le sont pas et même parfois y en a pas un seul, une trentaine de cinglés à vue de nez, et celui-là plus que tous les autres réunis, je peux vous le dire…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Moi qui l’écoute, je laisse passer. Une folle peut en cacher un autre, et voilà tout. Les inconscients parfois se parlent en direct, je rêvasse, prête à en accueillir plus d’un au passage à niveau. J’essaie surtout d’imaginer comment c’était, dans sa tête à elle, le choc entre eux. Mais elle bifurque aussi sec (elle me dit souvent que ça bifurque&amp;nbsp;: et je la suis, c’est l’essentiel). Je la laisse parler en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Par précaution, pour vous guider, je mettrai des guillemets. Mais sachez que je n’ai pas d’enregistreur. J’écris de mémoire, de mémoire et d’imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;«&amp;nbsp;Les gens compliquent tout. Pourquoi le monde ne se diviserait pas en deux&amp;nbsp;? Moi, je vois les choses, et je les vois comme ça&amp;nbsp;: il y a ceux qui passent sans me dire bonjour et il y a ceux qui me disent bonjour. C’est un peu comme la gauche et la droite, et je préfère la gauche –&amp;nbsp;c’est pas maintenant que ça va changer, c’est dans mes gènes, oui, c’est génétique. Sauf que là, c’est triste à dire voyez-vous, je ne crois pas que ceux qui sont à gauche disent toujours bonjour, et ceux qui sont à droite jamais. Ce serait trop simple. (Si, papa, trop simple, merde, et même si t’es mort je continuerai à te parler comme ça dans ma tête, t’es si têtu&amp;nbsp;! quand tu parlais tout était simple, mais c’est pas comme ça, et ça doit tellement t’énerver de voir le monde comme il est, et comment j’y suis dedans, que sûrement tu m’entends là où t’es, ça doit te réveiller un bon coup, en sursaut, et je parie que t’as même réussi à t’engueuler avec le bon Dieu s’il existe.)&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;(J’apprends comme ça qu’elle parle le plus souvent à son père, les flots de parole lancés à l’assaut d’un mort, je laisse passer aussi, je vois bien que ce jour-là, le passage à niveau est abaissé, bien protégé, bien bloqué même, je laisse passer, j’ai intérêt à laisser passer…)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;(La fleur m’intrigue, ça me rappelle quelque chose, mais ça, je ne peux pas suivre, pas tout de suite en tout cas, vu que je ne sais vraiment pas ce que ça me rappelle…)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;(Et voilà qu’elle arrive dans la salle d’attente, me dira-t-elle. Elle vient d’entrer, elle s’est assise, et à l’intérieur de sa tête, ça continue sans faire un pli.)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;«&amp;nbsp;Et pas seulement ceux qui sont de gauche ou ceux qui sont de droite, mais aussi les jeunes, les moins jeunes, les vieux&amp;nbsp;: foutaises, ça marche pas non plus, par exemple les gamins du deuxième étage, ils font du bruit, ils crachent par terre dans la cour, dès que je les vois je leur crie dessus, n’empêche que jamais ils ne passent devant moi sans me dire bonjour. Donc, rien n’est simple. Et puis d’ailleurs, droite-gauche, gauche-droite, je les emmerde, j’ai jamais voté, c’est pas maintenant que je vais commencer (eh oui, papa, j’ai pas changé tant que ça). Merde, j’espère que Lydia va penser à aller chercher Martin à l’école, j’ai oublié de lui rappeler ça en partant. Merde. Un sms, ça ira. &lt;em&gt;Oublie pas Martin à l’école comme l’autre fois. Merci. Maman&lt;/em&gt;. Non, j’enlève &lt;em&gt;comme l’autre fois&lt;/em&gt;, pas la peine d’en rajouter une couche. &lt;em&gt;J’ai oublié de te dire de ne pas oublier Martin à l’école. Merci. Maman.&lt;/em&gt; Merde.&lt;em&gt; Martin est à l’école, tu te souviens&amp;nbsp;? Envoie-moi un sms quand vous serez rentrés, ça m’inquiète. Merci. Maman&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;Martin est à l’école, tu te souviens, ma chérie&amp;nbsp;? Achète du pain en passant et envoie-moi un sms. Merci. Maman&lt;/em&gt;. Zzzzp&amp;nbsp;! Envoyé. Transmis. Ouf&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Pas oublié. Biz&lt;/em&gt;. Ouf ouf.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Faire le vide et ne penser qu’à moi. C’est ça qu’elle m’a dit, l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;(Vous avez compris que l’autre, c’est moi).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Me concentrer sur mon ressenti avec ce type qui marche de long en large, là, au lieu de rester assis comme tout le monde. Mon ressenti c’est que j’ai envie de lui péter la gueule, c’est normal, c’est animal même, dans les gènes, pour le coup les gènes de tout le monde, quand quelqu’un vous fait chier, on a envie de lui péter la gueule, je ne vois pas où est le problème, c’est seulement quand on le fait que le problème commence. Elle croit que c’est facile d’être avec tous ces fous. Mais lui, c’est bien la première fois que je le vois. Il a dû remplacer la femme voilée qui venait avec son gamin aux yeux écarquillés et qui disait pas encore un seul mot à presque quatre ans. Je ne la vois plus. On bavardait un peu parfois. Elle n’était pas de gauche, mais elle n’était pas de droite non plus, elle n’était rien du tout comme elle disait, la politique, ça ne l’intéressait pas. Elle voulait rien en savoir, de la politique, ça lui faisait bien trop peur comme ça. Évidemment que ça ne l’intéressait pas, avec ce gamin qui ne parlait pas en écarquillant les yeux. Celui-là, c’est les oreilles qu’il a, écarquillées. Décollées, je veux dire. Mon ressenti à son sujet, c’est&amp;nbsp;: dis, tu pourrais pas t’arrêter un peu de virevolter comme ça, on se concentre, là, on attend que ce soit à nous, déjà que c’est pas si facile que ça de venir ici, alors, merde, comment on peut faire si tu nous tournes autour comme ça. “Monsieur, monsieur, dites, Monsieur, ça vous dérangerait pas de vous asseoir qu’on puisse respirer une minute, non&amp;nbsp;?” Oh la la la…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;«&amp;nbsp;Vous êtes en retard, ça fait des heures que j’attends, la gamine qui passe en général toujours après moi, ça fait déjà dix minutes qu’elle a commencé, elle. Et j’ai pas pu me concentrer, à cause de ce nouveau mec dans la salle d’attente. Oui, il y avait un nouveau mec, et lui aussi, il est passé, juste avant moi, ça ne m’a pas laissé de temps pour me concentrer. Il m’a dit qu’il était policier, inspecteur de police même, tourmenté pour son frère, pour ça qu’il est là, mais je ne le crois pas, moi&amp;nbsp;! Je supporte pas la police, c’est dans mes gènes. C’est génétique, voilà. Je lui ai dit de s’asseoir un peu, il nous levait le cœur en bougeant tout le temps. Je ne pensais pas qu’il allait s’asseoir à côté de moi. Il m’a demandé pourquoi je venais là. Je n’allais quand même pas répondre, c’est insensé, ça. Je lui ai demandé s’il disait bonjour-bonsoir à sa concierge quand il rentrait chez lui. Il ne m’a pas répondu&amp;nbsp;: il a seulement haussé les épaules, comme ça. C’est à ce moment-là qu’il a précisé qu’il était &lt;em&gt;inspecteur&lt;/em&gt;, pas seulement &lt;em&gt;policier&lt;/em&gt;, comme si ça allait de soi qu’il disait bonjour-bonsoir (mais il n’y a pas de concierge dans son immeuble, il a ajouté). Il m’a tellement énervée que je lui ai demandé pour qui il se prenait. C’est votre collègue, non, qui le reçoit&amp;nbsp;? Mais il vient pour son frère, il m’a dit, un ado qui risque de tourner mal. Un inspecteur de police, allez, il me prend vraiment pour une conne, vous voyez un inspecteur de police qui, direct, dans la salle d’attente d’un dispensaire de fous, raconte à une folle (je ne suis pas folle, mais dès qu’on est là à attendre, on prend tous les autres pour des fous, normal, non&amp;nbsp;?) qu’il est de la police&amp;nbsp;? Allons donc&amp;nbsp;! Ça ne colle pas&amp;nbsp;! J’aimerais bien avoir votre avis sur la question, ou que vous vous renseigniez, pour la prochaine fois. Sinon, j’arrête de venir, j’arrête de vous parler, je le jure&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Quand j’étais petite, il y avait des gens qui venaient parfois. Ils questionnaient ma mère, parce que mon père, c’était pas la peine d’essayer. Dans l’immeuble, à cette époque-là, il y avait deux ou trois gens célèbres, un chanteur, un acteur et un homme politique, ils se connaissaient tous les trois, ils étaient pas venus là par hasard, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais le quartier quand il a été restauré, c’était une révolution, et c’est incroyable les gens qui sont venus habiter là. Les Pas perdus. Un drôle de nom quand même. Moi, chaque fois que j’entendais «&amp;nbsp;Les Pas perdus&amp;nbsp;» quand j’étais petite, j’entendais «&amp;nbsp;Les Chats perdus&amp;nbsp;». Pourquoi, pourquoi&amp;nbsp;? Vous posez toujours de drôles de questions. L’acteur, je ne me souviens plus de son nom, je ne me souviens jamais des noms mais il était très très connu et sûrement que vous le connaissez, et aussi le chanteur et aussi l’homme politique, vous n’avez qu’à chercher sur internet, un chanteur, un acteur, un homme politique, tous les trois des gauchos, c’est pour ça que les flics s’intéressaient à eux, vous tapez après le nom de la rue, avenue des Clartés, numéro 11, vous trouverez sûrement. Bref. Chez eux, il y avait des enfants, parfois j’allais jouer là-haut, ils habitaient les trois appartements à terrasse du 9e&amp;nbsp;étage, dont celui où maintenant il y a le cinglé à la rose de ce matin ou d’hier, la rose je veux dire&amp;nbsp;: je ne sais plus s’il l’a trouvée sur sa terrasse ce matin ou hier, lui, cinglé, il doit l’être depuis toujours. J’étais la plus petite mais j’aimais beaucoup jouer avec Ernestine, une des filles de l’acteur. Un jour, elle pleurait parce que son chat était perdu. Je pense qu’à l’époque, je ne savais pas encore qu’on habitait Les Pas perdus, en tout cas, ça s’est mélangé dans ma tête, j’ai cru qu’on habitait le quartier des Chats perdus… Plus tard, un des squats où j’ai vécu, les gens l’appelaient le squat des Chiens perdus. Non, pas à Paris. Dans le Nord. Le chat, on l’a cherché partout, partout…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Oui, elle l’a retrouvé, son chat. Il s’appelait Peureux, ça me revient maintenant&amp;nbsp;! Il s’était caché sur la terrasse de l’autre appartement, c’est aussi bête que ça. On n’a jamais compris pourquoi il est resté caché dans un grand pot en terre deux jours sans sortir… Ernestine, elle m’a raconté qu’il avait dû avoir un traumatisme. Je ne connaissais pas ce mot-là. Mon père a dit, foutaises. Ça l’avait rendu furieux. Il était communiste, mon père. Pas gauchiste pour deux sous. Communiste, j’espère que vous savez faire la différence…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mon père était allergique aux chats, c’est aussi bête que ça. Et aux flics&amp;nbsp;! J’ai rien répondu au nouveau patient, là, dehors, dans votre foutue salle d’attente —&amp;nbsp;vous devriez y passer un coup de pinceau, franchement, c’est trop sinistre, là, quand on attend… Il voulait savoir si j’avais des gamins, des problèmes, faut vous dire qu’il n’avait vraiment pas l’air dans son assiette. Je lui ai seulement raconté l’histoire de la rose. Je lui ai dit que justement, Furio Rosso, c’est le nom du cinglé du 9e&amp;nbsp;étage, avait certainement dû porter plainte ce matin parce que quelqu’un était venu planter des roses dans son jardin sans fleurs. Je lui ai raconté tout ce que Monsieur Rosso m’avait crié dans les oreilles ce matin quand il a toqué à la porte de la loge…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Si ça ne vous intéresse pas, j’arrête tout de suite, hein. Je vois bien que vous ne m’écoutez pas. Je vois bien que c’est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Non&amp;nbsp;? C’est pas fini&amp;nbsp;? Ça commence juste&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Vous y croyez, vous, à cette histoire de rose&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Vous y croyez, vous, à cette histoire d’inspecteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il n’a pas l’air bien vieux pourtant… C’est pour son frère qu’il vient là…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je parie que vous aimeriez bien que je parle un peu plus de moi, hein. De moi, pas de cette foutue fleur. D’ailleurs, je vais vous faire un aveu&amp;nbsp;: moi, cette fleur, je m’en bats les couilles. Ce n’est pas elle qui va m’occuper la tête, ça, je vous jure. Mais dès que vous allez lever la séance, mes flots de parole à moi ne vont pas s’arrêter comme ça, ça a commencé quand j’ai arrêté de rêver de mon père (toutes les nuits pendant un an jour pour jour après sa mort un 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;mai, rien moins, pour un communiste il fallait bien ça&amp;nbsp;!). Des flots&amp;nbsp;! Des mots et des mots et des mots&amp;nbsp;! Eh bien, les flots vont continuer, divaguer, je voudrais pourtant apprendre à me concentrer, ça se déverse et ça bifurque, ça se déverse et ça bifurque, j’espère que Lydia est allée chercher Martin à l’école, Lydia c’est ma fille, elle a treize ans, Martin, c’est mon fils, il en a six, et j’ai un bébé à la crèche des Pas Perdus, je suis sûre que vous vous demandez si c’est du même père, eh bien, débrouillez-vous…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<content type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 2&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;11, rue des Clartés&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;25/02/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Souvent, elle marche en parlant dans sa tête.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ça ne vous arrive jamais&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Souvent, dans sa tête, ça ne s’arrête plus un instant. Tout se traduit dans sa tête en flots de parole.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il faut seulement être là pour entendre. Et pour entendre, il faut aussi écouter. Et pour écouter, il faut aussi imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;C’est mon métier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Un jour de février 2017, le 13 ou le 15 je ne me souviens plus, en tout cas l’un de ces deux jours, lundi et mercredi, où elle vient à la consultation, ça commence comme ça dans sa tête, me dit-elle, à peine cette espèce de cinglé sorti en furie de l’ascenseur. Il a cogné à la porte de la loge avec une sorte de maladresse furieuse et il lui a raconté une histoire à dormir debout –&amp;nbsp;une histoire de fleurs écloses sur sa terrasse où il n’y a jamais de fleurs (car il déteste les fleurs, il ne rêve que de pierre et de sable, et sa terrasse, elle est comme ça).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je ne comprends rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Une espèce de cinglé, insiste-t-elle, du dernier étage de cet immeuble de merde où ça ne suffisait pas que je passe mon enfance, il a fallu en plus que j’y revienne, à la même place, celle de mon père et de ma mère, sauf que pour moi, le père s’est tiré… Un immeuble de cinglés de neuf étages avec trois appartements par étage, ça fait à la louche une trentaine de cinglés parce que quand même parfois dans une famille tous ne le sont pas et même parfois y en a pas un seul, une trentaine de cinglés à vue de nez, et celui-là plus que tous les autres réunis, je peux vous le dire…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Moi qui l’écoute, je laisse passer. Une folle peut en cacher un autre, et voilà tout. Les inconscients parfois se parlent en direct, je rêvasse, prête à en accueillir plus d’un au passage à niveau. J’essaie surtout d’imaginer comment c’était, dans sa tête à elle, le choc entre eux. Mais elle bifurque aussi sec (elle me dit souvent que ça bifurque&amp;nbsp;: et je la suis, c’est l’essentiel). Je la laisse parler en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Par précaution, pour vous guider, je mettrai des guillemets. Mais sachez que je n’ai pas d’enregistreur. J’écris de mémoire, de mémoire et d’imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;«&amp;nbsp;Les gens compliquent tout. Pourquoi le monde ne se diviserait pas en deux&amp;nbsp;? Moi, je vois les choses, et je les vois comme ça&amp;nbsp;: il y a ceux qui passent sans me dire bonjour et il y a ceux qui me disent bonjour. C’est un peu comme la gauche et la droite, et je préfère la gauche –&amp;nbsp;c’est pas maintenant que ça va changer, c’est dans mes gènes, oui, c’est génétique. Sauf que là, c’est triste à dire voyez-vous, je ne crois pas que ceux qui sont à gauche disent toujours bonjour, et ceux qui sont à droite jamais. Ce serait trop simple. (Si, papa, trop simple, merde, et même si t’es mort je continuerai à te parler comme ça dans ma tête, t’es si têtu&amp;nbsp;! quand tu parlais tout était simple, mais c’est pas comme ça, et ça doit tellement t’énerver de voir le monde comme il est, et comment j’y suis dedans, que sûrement tu m’entends là où t’es, ça doit te réveiller un bon coup, en sursaut, et je parie que t’as même réussi à t’engueuler avec le bon Dieu s’il existe.)&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;(J’apprends comme ça qu’elle parle le plus souvent à son père, les flots de parole lancés à l’assaut d’un mort, je laisse passer aussi, je vois bien que ce jour-là, le passage à niveau est abaissé, bien protégé, bien bloqué même, je laisse passer, j’ai intérêt à laisser passer…)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;(La fleur m’intrigue, ça me rappelle quelque chose, mais ça, je ne peux pas suivre, pas tout de suite en tout cas, vu que je ne sais vraiment pas ce que ça me rappelle…)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;(Et voilà qu’elle arrive dans la salle d’attente, me dira-t-elle. Elle vient d’entrer, elle s’est assise, et à l’intérieur de sa tête, ça continue sans faire un pli.)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;«&amp;nbsp;Et pas seulement ceux qui sont de gauche ou ceux qui sont de droite, mais aussi les jeunes, les moins jeunes, les vieux&amp;nbsp;: foutaises, ça marche pas non plus, par exemple les gamins du deuxième étage, ils font du bruit, ils crachent par terre dans la cour, dès que je les vois je leur crie dessus, n’empêche que jamais ils ne passent devant moi sans me dire bonjour. Donc, rien n’est simple. Et puis d’ailleurs, droite-gauche, gauche-droite, je les emmerde, j’ai jamais voté, c’est pas maintenant que je vais commencer (eh oui, papa, j’ai pas changé tant que ça). Merde, j’espère que Lydia va penser à aller chercher Martin à l’école, j’ai oublié de lui rappeler ça en partant. Merde. Un sms, ça ira. &lt;em&gt;Oublie pas Martin à l’école comme l’autre fois. Merci. Maman&lt;/em&gt;. Non, j’enlève &lt;em&gt;comme l’autre fois&lt;/em&gt;, pas la peine d’en rajouter une couche. &lt;em&gt;J’ai oublié de te dire de ne pas oublier Martin à l’école. Merci. Maman.&lt;/em&gt; Merde.&lt;em&gt; Martin est à l’école, tu te souviens&amp;nbsp;? Envoie-moi un sms quand vous serez rentrés, ça m’inquiète. Merci. Maman&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;Martin est à l’école, tu te souviens, ma chérie&amp;nbsp;? Achète du pain en passant et envoie-moi un sms. Merci. Maman&lt;/em&gt;. Zzzzp&amp;nbsp;! Envoyé. Transmis. Ouf&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Pas oublié. Biz&lt;/em&gt;. Ouf ouf.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Faire le vide et ne penser qu’à moi. C’est ça qu’elle m’a dit, l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;(Vous avez compris que l’autre, c’est moi).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Me concentrer sur mon ressenti avec ce type qui marche de long en large, là, au lieu de rester assis comme tout le monde. Mon ressenti c’est que j’ai envie de lui péter la gueule, c’est normal, c’est animal même, dans les gènes, pour le coup les gènes de tout le monde, quand quelqu’un vous fait chier, on a envie de lui péter la gueule, je ne vois pas où est le problème, c’est seulement quand on le fait que le problème commence. Elle croit que c’est facile d’être avec tous ces fous. Mais lui, c’est bien la première fois que je le vois. Il a dû remplacer la femme voilée qui venait avec son gamin aux yeux écarquillés et qui disait pas encore un seul mot à presque quatre ans. Je ne la vois plus. On bavardait un peu parfois. Elle n’était pas de gauche, mais elle n’était pas de droite non plus, elle n’était rien du tout comme elle disait, la politique, ça ne l’intéressait pas. Elle voulait rien en savoir, de la politique, ça lui faisait bien trop peur comme ça. Évidemment que ça ne l’intéressait pas, avec ce gamin qui ne parlait pas en écarquillant les yeux. Celui-là, c’est les oreilles qu’il a, écarquillées. Décollées, je veux dire. Mon ressenti à son sujet, c’est&amp;nbsp;: dis, tu pourrais pas t’arrêter un peu de virevolter comme ça, on se concentre, là, on attend que ce soit à nous, déjà que c’est pas si facile que ça de venir ici, alors, merde, comment on peut faire si tu nous tournes autour comme ça. “Monsieur, monsieur, dites, Monsieur, ça vous dérangerait pas de vous asseoir qu’on puisse respirer une minute, non&amp;nbsp;?” Oh la la la…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;«&amp;nbsp;Vous êtes en retard, ça fait des heures que j’attends, la gamine qui passe en général toujours après moi, ça fait déjà dix minutes qu’elle a commencé, elle. Et j’ai pas pu me concentrer, à cause de ce nouveau mec dans la salle d’attente. Oui, il y avait un nouveau mec, et lui aussi, il est passé, juste avant moi, ça ne m’a pas laissé de temps pour me concentrer. Il m’a dit qu’il était policier, inspecteur de police même, tourmenté pour son frère, pour ça qu’il est là, mais je ne le crois pas, moi&amp;nbsp;! Je supporte pas la police, c’est dans mes gènes. C’est génétique, voilà. Je lui ai dit de s’asseoir un peu, il nous levait le cœur en bougeant tout le temps. Je ne pensais pas qu’il allait s’asseoir à côté de moi. Il m’a demandé pourquoi je venais là. Je n’allais quand même pas répondre, c’est insensé, ça. Je lui ai demandé s’il disait bonjour-bonsoir à sa concierge quand il rentrait chez lui. Il ne m’a pas répondu&amp;nbsp;: il a seulement haussé les épaules, comme ça. C’est à ce moment-là qu’il a précisé qu’il était &lt;em&gt;inspecteur&lt;/em&gt;, pas seulement &lt;em&gt;policier&lt;/em&gt;, comme si ça allait de soi qu’il disait bonjour-bonsoir (mais il n’y a pas de concierge dans son immeuble, il a ajouté). Il m’a tellement énervée que je lui ai demandé pour qui il se prenait. C’est votre collègue, non, qui le reçoit&amp;nbsp;? Mais il vient pour son frère, il m’a dit, un ado qui risque de tourner mal. Un inspecteur de police, allez, il me prend vraiment pour une conne, vous voyez un inspecteur de police qui, direct, dans la salle d’attente d’un dispensaire de fous, raconte à une folle (je ne suis pas folle, mais dès qu’on est là à attendre, on prend tous les autres pour des fous, normal, non&amp;nbsp;?) qu’il est de la police&amp;nbsp;? Allons donc&amp;nbsp;! Ça ne colle pas&amp;nbsp;! J’aimerais bien avoir votre avis sur la question, ou que vous vous renseigniez, pour la prochaine fois. Sinon, j’arrête de venir, j’arrête de vous parler, je le jure&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Quand j’étais petite, il y avait des gens qui venaient parfois. Ils questionnaient ma mère, parce que mon père, c’était pas la peine d’essayer. Dans l’immeuble, à cette époque-là, il y avait deux ou trois gens célèbres, un chanteur, un acteur et un homme politique, ils se connaissaient tous les trois, ils étaient pas venus là par hasard, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais le quartier quand il a été restauré, c’était une révolution, et c’est incroyable les gens qui sont venus habiter là. Les Pas perdus. Un drôle de nom quand même. Moi, chaque fois que j’entendais «&amp;nbsp;Les Pas perdus&amp;nbsp;» quand j’étais petite, j’entendais «&amp;nbsp;Les Chats perdus&amp;nbsp;». Pourquoi, pourquoi&amp;nbsp;? Vous posez toujours de drôles de questions. L’acteur, je ne me souviens plus de son nom, je ne me souviens jamais des noms mais il était très très connu et sûrement que vous le connaissez, et aussi le chanteur et aussi l’homme politique, vous n’avez qu’à chercher sur internet, un chanteur, un acteur, un homme politique, tous les trois des gauchos, c’est pour ça que les flics s’intéressaient à eux, vous tapez après le nom de la rue, avenue des Clartés, numéro 11, vous trouverez sûrement. Bref. Chez eux, il y avait des enfants, parfois j’allais jouer là-haut, ils habitaient les trois appartements à terrasse du 9e&amp;nbsp;étage, dont celui où maintenant il y a le cinglé à la rose de ce matin ou d’hier, la rose je veux dire&amp;nbsp;: je ne sais plus s’il l’a trouvée sur sa terrasse ce matin ou hier, lui, cinglé, il doit l’être depuis toujours. J’étais la plus petite mais j’aimais beaucoup jouer avec Ernestine, une des filles de l’acteur. Un jour, elle pleurait parce que son chat était perdu. Je pense qu’à l’époque, je ne savais pas encore qu’on habitait Les Pas perdus, en tout cas, ça s’est mélangé dans ma tête, j’ai cru qu’on habitait le quartier des Chats perdus… Plus tard, un des squats où j’ai vécu, les gens l’appelaient le squat des Chiens perdus. Non, pas à Paris. Dans le Nord. Le chat, on l’a cherché partout, partout…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Oui, elle l’a retrouvé, son chat. Il s’appelait Peureux, ça me revient maintenant&amp;nbsp;! Il s’était caché sur la terrasse de l’autre appartement, c’est aussi bête que ça. On n’a jamais compris pourquoi il est resté caché dans un grand pot en terre deux jours sans sortir… Ernestine, elle m’a raconté qu’il avait dû avoir un traumatisme. Je ne connaissais pas ce mot-là. Mon père a dit, foutaises. Ça l’avait rendu furieux. Il était communiste, mon père. Pas gauchiste pour deux sous. Communiste, j’espère que vous savez faire la différence…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mon père était allergique aux chats, c’est aussi bête que ça. Et aux flics&amp;nbsp;! J’ai rien répondu au nouveau patient, là, dehors, dans votre foutue salle d’attente —&amp;nbsp;vous devriez y passer un coup de pinceau, franchement, c’est trop sinistre, là, quand on attend… Il voulait savoir si j’avais des gamins, des problèmes, faut vous dire qu’il n’avait vraiment pas l’air dans son assiette. Je lui ai seulement raconté l’histoire de la rose. Je lui ai dit que justement, Furio Rosso, c’est le nom du cinglé du 9e&amp;nbsp;étage, avait certainement dû porter plainte ce matin parce que quelqu’un était venu planter des roses dans son jardin sans fleurs. Je lui ai raconté tout ce que Monsieur Rosso m’avait crié dans les oreilles ce matin quand il a toqué à la porte de la loge…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Si ça ne vous intéresse pas, j’arrête tout de suite, hein. Je vois bien que vous ne m’écoutez pas. Je vois bien que c’est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Non&amp;nbsp;? C’est pas fini&amp;nbsp;? Ça commence juste&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Vous y croyez, vous, à cette histoire de rose&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Vous y croyez, vous, à cette histoire d’inspecteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il n’a pas l’air bien vieux pourtant… C’est pour son frère qu’il vient là…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je parie que vous aimeriez bien que je parle un peu plus de moi, hein. De moi, pas de cette foutue fleur. D’ailleurs, je vais vous faire un aveu&amp;nbsp;: moi, cette fleur, je m’en bats les couilles. Ce n’est pas elle qui va m’occuper la tête, ça, je vous jure. Mais dès que vous allez lever la séance, mes flots de parole à moi ne vont pas s’arrêter comme ça, ça a commencé quand j’ai arrêté de rêver de mon père (toutes les nuits pendant un an jour pour jour après sa mort un 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;mai, rien moins, pour un communiste il fallait bien ça&amp;nbsp;!). Des flots&amp;nbsp;! Des mots et des mots et des mots&amp;nbsp;! Eh bien, les flots vont continuer, divaguer, je voudrais pourtant apprendre à me concentrer, ça se déverse et ça bifurque, ça se déverse et ça bifurque, j’espère que Lydia est allée chercher Martin à l’école, Lydia c’est ma fille, elle a treize ans, Martin, c’est mon fils, il en a six, et j’ai un bébé à la crèche des Pas Perdus, je suis sûre que vous vous demandez si c’est du même père, eh bien, débrouillez-vous…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
		<category term="Le roman-feuilleton" />
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		<title>Ch. 3 - Un flic scrupuleux</title>
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		<published>2017-03-11T14:15:00+00:00</published>
		<updated>2017-03-11T14:15:00+00:00</updated>
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		<author>
			<name>B. Kadabra</name>
			<email>moulinesarah@gmail.com</email>
		</author>
		<summary type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 3&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Un flic scrupuleux&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;11/03/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;On ne parle jamais vraiment tout seul. C’est même l’inverse&amp;nbsp;: les gens qui marmonnent dans la rue, sans interlocuteur apparent, si vous prêtez un peu l’oreille à ce qu’ils racontent, c’est flagrant qu’ils ne sont pas&amp;nbsp;seuls&amp;nbsp;: quelqu’un est là avec eux qui les écoute et les provoque, qui les encourage et ne les quitte jamais. C’est toute une foule parfois et ils sont obligés de grossir la voix, ils se laissent aller à des envolées majestueuses que seul autorise un public nombreux et attentif. Rien à voir avec les monologues au théâtre&amp;nbsp;: Rodrigue, on se demande bien à qui il parle dans ses stances&amp;nbsp;; c’est d’ailleurs peut-être son drame&amp;nbsp;: il n’a plus personne à qui s’adresser. Pour résoudre son fameux dilemme, venger son père ou filer avec Chimène, il ne peut solliciter ni son père, ni Chimène qui sont, en gros, les seules personnes auxquelles il aurait pu confier un tel problème. Le Comte, à la limite&amp;nbsp;? Homme d’honneur, grand guerrier et, en même temps, homme de chair et de passions… Oui, le Comte, peut-être bien que Rodrigue parle au Comte, l’unique personnage dans la pièce qui aurait pu le conseiller mais bon, comme il décide au final de le tuer, ce n’est pas très clair.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vos présupposés sont affligeants, tout à fait affligeants…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le vieil Africain de l’autre côté de mon bureau, par exemple, celui qui vient de dire la phrase qui précède, je ne sais pas à qui il parle mais, il n’est pas seul. Il y a quelqu’un, nous ne le voyons pas, je doute que lui-même l’aperçoive d’ailleurs, mais il a un interlocuteur, un individu dont, nous dit-il, les présupposés l’affligent. À en juger par son ton, et le tremblement de ses grandes mains ridées, c’est une personne difficile à convaincre, têtue même, provocante et un peu cruelle. Face à la confusion terrible de ce pauvre vieux, toute personne un peu humaine aurait abandonné la discussion il y a bien longtemps. &lt;em&gt;Contradicteur imaginaire, as-tu du cœur&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; Mais ce n’est pas la question que je suis censé me poser. Non, notre dilemme à nous, c’est&amp;nbsp;de savoir si l’individu auquel s’adresse apparemment le vieil homme a le moindre rapport avec les raisons de sa présence dans mon bureau. Est-ce que son interlocuteur chimérique est, d’une manière ou d’une autre, impliqué dans l’agression dont il a été victime ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vos présupposés, je le démontre facilement…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je le regarde s’agiter en face de moi et je me demande s’il me voit. Je soutiens qu’ils ne sont jamais tout à fait seuls, ces grands bavards visionnaires mais je n’irais pas jusqu’à prétendre qu’ils sont tout à fait parmi nous, ni (pour parler franchement) qu’ils ne soient autre chose que complètement barrés. Quand les patrouilleurs l’ont amené dans mon bureau, il était comme absent au monde. Oh, il parlait, parlait, toujours son histoire de présupposés affligeants, mais, justement, en dehors de ça, rien ne semblait avoir de réalité pour lui&amp;nbsp;: ni les deux policiers en uniformes, ni Kévin Junior, mon stagiaire, ni moi, ni, en fait, le commissariat, l’heure de la journée, l’espace ou le temps dans leur plus grande généralité. Son regard s’égarait un peu partout, vif et curieux, mais il ne s’attachait à rien, sa parole continuait, inaffectée, prisonnière de sa propre urgence et de son propre lieu. Voilà, il contemplait le monde sans quitter l’espace de son dialogue, comme un voyageur considérant depuis la fenêtre de son compartiment le paysage urbain de la ville dans laquelle, pour une très courte étape dans un long trajet, son train vient d’entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous voulez que j’ouvre la fenêtre, chef&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Avais-je parlé à haute voix&amp;nbsp;? Non, cela devait être l’odeur de clochard du vieux, un peu forte à vrai dire, qui avait poussé Kévin Junior à prendre cette initiative. Je n’aimais pas trop que Kévin Junior prenne des initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non, ça ira. Merci Kévin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Bon, qu’est-ce qu’on fait, chef&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il s’impatientait. Kévin Junior Steenvorde avait du mal à s’attacher à un problème plus de quelques minutes (quelques secondes, pensais-je parfois). Mais je n’étais pas loin de partager sa perplexité&amp;nbsp;: nous étions dans une impasse. Non seulement le vieil homme ne répondait pas à nos questions (les entendait-il seulement&amp;nbsp;?) mais il n’avait sur lui aucun document qui nous permette de l’identifier&amp;nbsp;; son portefeuille, s’il en avait un, avait probablement été volé par ses agresseurs&amp;nbsp;; pas de téléphone portable, rien. Le plus simple aurait été de le transférer aux services psychiatriques (rue Cabanis, dans le 13&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;) et d’envoyer un signalement à l’office central chargé des disparitions inquiétantes de personnes (101-103 rue des Trois-Fontanots, 92 000 Nanterre). Mais je connaissais les services psychiatriques de la préfecture. Le personnel, sous-payé et à bout de nerfs, évacuait sa fatigue et sa dépression par un sadisme permanent à l’encontre des patients (plusieurs plaintes avaient été déposées) et un obstructionnisme raffiné à l’égard des personnes, collectifs, ou institutions susceptibles de sortir une personne de là (une dame atteinte d’Alzheimer était ainsi restée un an rue Cabanis quoique sa famille se soit manifestée dès les premiers jours de sa prise en charge). Et puis, le vieil homme me touchait. Ses mains fébriles, cette détresse dans le regard, son visage maigre qui, malgré les plaies de la veille et les stigmates de la folie, conservait un air de dignité et d’élégance, tout cela avait quelque chose de vraiment poignant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous voulez que je lui foute des baffes, chef&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non, Kévin. On ne baffe pas les gens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ça pourrait aider, chef.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Arrête de m’appeler «&amp;nbsp;chef&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je n’avais rien contre Kévin Junior. Je n’avais rien pour non plus. Par là, je veux simplement indiquer que si on m’avait demandé de justifier son existence sur Terre, je n’aurais rien eu à dire. Je n’en voyais ni l’utilité, ni l’usage. En tant qu’être humain ou en tant que flic, Kévin Junior me paraissait tout à fait superflu. Son physique aussi était, d’une certaine manière, superflu, un grand corps maigre qui, malgré les postures martiales qu’il prenait, était comme constamment embarrassé de lui-même semblant se demander ce qu’il faisait là (sur cette terre, dans cette galaxie). Ce n’est que dans mes moments de désespoir les plus profonds que je le soupçonnais d’être tout à fait nuisible (au travail de la police, à mon équilibre psychique, à l’harmonie sociale, au salut de l’humanité)&amp;nbsp;; le reste du temps, qu’il existât aujourd’hui quelque chose comme Kévin Junior me semblait parfaitement neutre et indifférent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Par contre, sa présence locale dans mon bureau ne manquait pas de raisons. C’était d’abord le résultat d’une vengeance mesquine&amp;nbsp;: mes crétins de collègues me l’avaient mis dans les pattes pour me faire payer ma supériorité intellectuelle et mon mépris supposé à leur égard. Ils me refilaient tous les stagiaires parce qu’ils savaient très bien que je préférais travailler seul. La coalition contre moi devait être particulièrement large et impliquer jusqu’aux sommets de l’Etat car vous ne vous rendez pas compte des ressources administratives nécessaires pour court-circuiter ainsi l’affectation des élèves de l’ENSP. Je m’étais plaint au commissaire bien sûr mais celui-ci, par un mélange de flatteries fielleuses («&amp;nbsp;Vous êtes un intellectuel, Malik, et un être profondément responsable. Vous n’allez tout de même pas laisser à vos «&amp;nbsp;crétins de collègues&amp;nbsp;» comme vous les appelez le soin de former la police&amp;nbsp;de demain&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»), de considérations sans rapport («&amp;nbsp;de toutes manières, personne ne veut travailler avec vous&amp;nbsp;et je refuse de vous laisser seul à rien foutre&amp;nbsp;») et de menaces voilées («&amp;nbsp;Arrêtez de m’emmerder, Malik&amp;nbsp;! Ce n’est pas la demi-affaire que vous daignez traiter chaque année qui va m’empêcher de vous muter à la Courneuve si vous continuez à me faire chier&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»), m’avait encouragé à faire contre mauvaise fortune bon cœur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Une autre raison était liée aux errements de la politique industrielle dans le Nord à la fin des années 80. Kévin Junior venait de Sarguemine-Les-Dunes, une ville nouvelle de la banlieue de Dunkerque dont l’État avait souhaité faire l’emblème régional de la transition de l’industrie minière vers une économie fondée sur le tourisme balnéaire. Des sommes considérables avaient été engagées pour rendre possible l’ambition affichée de concurrencer les stations du Sud. Mais l’expérience, peu aidée par le faible taux d’ensoleillement annuel et des maximales estivales qui peinaient à dépasser les 18°&amp;nbsp;C, s’était soldée par un échec retentissant. Tout le tissu culturel qui préexistait ayant été supprimé pour faire place aux grands groupes hôteliers et à l’industrie de loisirs balnéaires (Club Mickey, yacht club, mini-golfs, loueurs de pédalos), quand ces derniers décidèrent de quitter Sarguemine-Les-Dunes pour des cieux plus rentables (et moins frisquets), la population locale se retrouva non seulement sans emploi, mais condamnée à vivre entre l’ombre des Novotel abandonnés et les baudruches mélancoliques de Picsou flottant dans le vent glacial, sans même une MJC ou un bar PMU pour occuper son oisiveté.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;C’est dans ce contexte que Kévin Junior avait grandi. Il était le fils unique d’une famille monoparentale. Son père, maître-nageur venu de Marseille, n’avait pas résisté au premier hiver et était reparti dans le Sud avant même que le grand rêve balnéaire de Sarguemine-Les-Dunes n’apparaisse voué à l’échec. Pour subvenir aux besoins du foyer ou de ce qu’il en restait, sa mère avait pris plusieurs petits boulots dispersés à travers la région qui l’occupaient jusqu’à tard le soir. Très vite, elle confia à la télévision la garde exclusive du petit Kévin Junior. Ce n’était pas seulement pour des raisons d’économie&amp;nbsp;; elle avait remarqué que le gamin avait noué un rapport singulier et en quelque sorte extrême à l’appareil&amp;nbsp;: dès son plus âge, il avait suffi de le mettre devant l’écran pour qu’aussitôt s’apaisent ses demandes les plus urgentes et qu’aux larmes et à la colère se substitue une curiosité intense et silencieuse à peine entrecoupée par quelques lallations heureuses dont on avait du mal à expliquer l’origine (les commentaires sur la politique internationale de Georges Bortoli le mettaient ainsi particulièrement en joie). En grandissant, il se prit d’une passion extravagante pour deux séries américaines, &lt;em&gt;Walker&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Texas Ranger&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Rebelle &lt;/em&gt;au point que les aphorismes lapidaires de ces deux héros constituèrent rapidement les uniques articles de son code moral («&amp;nbsp;La justice sans un Colt est impuissante&amp;nbsp;; un Colt sans justice est tyrannique&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;les femmes qui aiment pardonnent plus aisément les grosses baffes que les petites trahisons&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;le Glock 18 a ses raisons que la raison ne connaît pas&amp;nbsp;», etc.). Je suppose qu’en l’absence de toute figure paternelle, Kévin Junior avait fini par trouver dans Chuck Norris ou Lorenzo Lamas des figures de substitution possibles. Bref, leurs héros virils, représentants musclés de la loi combattant l’injustice dans les plaines verdoyantes du grand Ouest américain ou sous le ciel rieur de Californie, lui avaient fourni l’essentiel de ses valeurs. Or, pour un jeune en quête d’autorité et convaincu que la plupart des problèmes se règlent très bien à coup de tatanes, la police reste malheureusement un débouché assez naturel.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Reprenons. Que savons-nous au juste&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Cette question ne s’adressait à personne en particulier et Kévin Junior ne fit même pas semblant de croire qu’elle l’impliquait quelque part. Je voulais me donner un peu de temps. Les éléments à notre disposition étaient maigres mais ils n’étaient pas nuls. Il y avait (prééminente, fascinante et mystérieuse) cette phrase&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Vos présupposés sont affligeants&amp;nbsp;». Ce n’était pas une formule anodine. D’abord, elle témoignait d’un certain niveau d’éducation. Et puis, qui s’inquiète des présupposés&amp;nbsp;aujourd’hui ? Les philosophes, les intellectuels, les gauchistes&amp;nbsp;? Il y avait aussi ce vouvoiement qui, non seulement attestait d’un souci de politesse (on pouvait éliminer les gauchistes) mais laissait supposer l’existence d’un cadre collectif respectueux des formes d’adresse (pas les philosophes donc, ceux-ci étant en général taciturnes et solitaires). Bien sûr, on pouvait imaginer que ce «&amp;nbsp;vous&amp;nbsp;» concernait plusieurs personnes mais je n’y croyais pas&amp;nbsp;: la voix du vieux était sans emphase, la haine dans son regard avait quelque chose de profondément personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vos présupposés sont affligeants.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je sais, je sais. Restaient les intellectuels. Il fallait imaginer la scène, y pénétrer, se laisser gagner par son &lt;em&gt;sentiment&lt;/em&gt;. Quelqu’un, un être cruel et obstiné, avait bouleversé le vieil homme&amp;nbsp;; je pressentais que cela s’était passé en public (redoublant la vivacité de l’atteinte) et que les enjeux (professionnels&amp;nbsp;? sentimentaux&amp;nbsp;? politiques&amp;nbsp;?) avaient été suffisamment lourds pour faire basculer la vie de l’individu que j’avais en face de moi. Bref, je cherchais un endroit où des intellectuels se disputaient en public sur des questions qui, loin d’être simplement abstraites, engageaient passionnément les personnes et où l’on n’hésitait pas à abattre son adversaire tout en respectant les formes d’adresse. Évidemment, on pouvait objecter mille trucs à ces déductions mais, en gros, il me semblait que l’université serait un bon point de départ à mes investigations. Je privilégiais les sciences humaines plutôt que les sciences dures dans la mesure où la phrase était en français plutôt qu’en anglais (&lt;em&gt;Your assumptions are saddening&lt;/em&gt;) et que, malgré l’état de semi-clochardisation du vieil homme, on pouvait remarquer que ses habits étaient choisis avec un minimum de goût. Par ailleurs, l’événement devait être récent car, s’il était clair qu’il vivait aujourd’hui dans la rue, ni ses vêtements, ni son visage n’avaient les marques caractéristiques des personnes durablement marginalisées (les stigmates de la folie, oui&amp;nbsp;; ceux de la rue, non). Or, je ne voyais aucune raison pour qu’un universitaire décide d’aller soudain se clochardiser à Paris si ce n’était pas là qu’il y avait ses activités (et le lieu de son traumatisme). En somme, il suffisait de contacter quelques départements de psycho, de lettres, ou de socio des universités parisiennes…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Les universités parisiennes, chef&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Cette fois, j’avais dû m’exprimer tout haut. À moins que Kévin Junior n’ait suivi le même raisonnement que moi&amp;nbsp;? Cette hypothèse n’était pas moins absurde que la première. Je reportai à plus tard ce mystère et enchaînai.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Oui. Tu vas prendre une photo du monsieur et l’envoyer aux différentes facs du coin pour voir si ça leur dit quelque chose. Limite-toi aux sciences molles pour commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;&lt;em&gt;Molles&lt;/em&gt;, chef&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;C’est à ce moment-là que le lieutenant Ludovic Meunier débarqua dans mon bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Malik, le commissaire veut te voir. Tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Un moment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Tout de suite il a dit. Il a l’air furax.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ok ok. Oui&amp;nbsp;&lt;em&gt;molles&lt;/em&gt;, Kévin, le contraire des sciences &lt;em&gt;dures&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oh je savais bien pourquoi le commissaire m’avait convoqué. Nous avions des conceptions très différentes de mon travail. Plusieurs fois, nous en avions parlé sans vraiment parvenir à régler nos différends. Au fond, je crois que cela se ramenait à un désaccord politique et éthique sur la fonction de la police républicaine dans une démocratie. Pour faire court, j’estimais que le pouvoir extraordinaire qui nous avait été délégué par la société nous obligeait à une rigueur et à une exigence morale absolues –&amp;nbsp;et quand je dis «&amp;nbsp;absolues&amp;nbsp;», je pense vraiment «&amp;nbsp;absolues&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: aucune considération ne devait venir concurrencer ces objectifs. Le commissaire, quant à lui, estimait que je n’en foutais pas une.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;C’était faux bien entendu. J’ose même prétendre que je me tuais au travail. Seulement, je refusais de prendre le moindre raccourci qui mît en péril la rigueur et l’exigence susmentionnées&amp;nbsp;: tous les problèmes devaient être explorés à fond, considérés sous leurs multiples facettes et traités dans les moindres détails. Cela prenait du temps, surtout quand l’on considérait que chaque problème, dès lors qu’il était formulé (c’est-à-dire présenté, appréhendé, compris), avait une partie qui était exclue (rendue aveugle, informulable, insaisissable) par sa formulation même. Cela a l’air très abstrait mais je vous jure qu’au quotidien, c’est très concret. Prenez-le cas d’une petite vieille à qui l’on a volé son sac au marché. En gros, il y a une formulation juridique pour ça&amp;nbsp;: quelqu’un (le voleur) a opéré «&amp;nbsp;la soustraction d’une chose&amp;nbsp;appartenant à autrui » (la petite vieille) et c’est un délit. On peut y ajouter (ou non) des circonstances aggravantes –&amp;nbsp;vol avec violence, vol en réunion, vol facilité par l’état de vulnérabilité de la victime etc.&amp;nbsp;– qui sont susceptibles d’alourdir la peine encourue par le voleur. Si j’étais un flic sans trop de scrupules, je me contenterais de cette qualification juridique&amp;nbsp;: j’enregistre la plainte et je me mets à la poursuite du voleur avec toute la violence légitime qui m’est conférée par l’Etat. Mais un flic un peu scrupuleux devrait, en toute rigueur, poser les questions suivantes à la petite&amp;nbsp;vieille pour s’assurer que le délit est effectivement constitué&amp;nbsp;: êtes-vous bien certaine que le voleur n’a pas l’intention de vous rendre votre sac&amp;nbsp;? S’est-il &lt;em&gt;comporté en propriétaire&lt;/em&gt; du dit sac (arrêt du 19 février 1959 sur le vol d’usage&amp;nbsp;: c’est le fait que le voleur se soit comporté en propriétaire qui distingue le vol de l’emprunt)&amp;nbsp;? Pouvez-vous m’affirmer, sans nul doute, que le voleur n’est pas un de vos enfants, ni votre mari, ni aucun de vos aïeux (qui, en tant qu’ascendants, descendants, conjoints, bénéficient d’une immunité pour le vol, art. 311-12 du code pénal)&amp;nbsp;? Bien sûr, si vous posez ces questions à la petite vieille, vous la verrez se récrier avec énergie mais si, comme l’exigence morale vous l’impose, vous insistez et vous demandez des preuves ou, pour le moins, une démonstration valable, là, vous verrez, ça commencera à tanguer (car comment, en vérité, démontrer que le voleur s’est comporté en propriétaire&amp;nbsp;? Comment prouver que le mari de la petite vieille, appelons-le René, n’a pas eu un enfant hors mariage, un rejeton illégitime qui aurait mal tourné&amp;nbsp;?). Ajoutez là-dessus qu’il faudrait en toute justice faire place à la version du voleur et, croyez-moi, vous n’aurez plus grand-chose à vous mettre sous la dent pour justifier, raisonnablement, l’usage des pouvoirs extraordinaires de poursuite, d’emprisonnement et de mise à mort que la société vous a délégués.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Personne ne pose ces questions à ma petite vieille fictive et c’est bien normal. Non pas qu’elles soient absurdes ou inutiles –&amp;nbsp;elles seraient au contraire profondément nécessaires&amp;nbsp;– mais on imagine sans mal&amp;nbsp;la scène&amp;nbsp;: une petite vieille catatonique, fouillant sa mémoire à la recherche des infidélités de René, spéculant philosophiquement sur les marques extérieures du sentiment de propriété&amp;nbsp;; nul ne peut imposer ce type d’épreuve à une vieille dame à qui l’on vient de soustraire son sac. Ce serait redoubler l’atteinte et se condamner à ne jamais rien conclure. Ce que je veux dire ici, et ce que j’essayais parfois d’expliquer à mes crétins de collègues, c’est que l’événement du vol est tout à fait autre chose que sa formulation judiciaire&amp;nbsp;: c’était un événement dans le réel, une perturbation des choses et des êtres, et le seul moyen de l’attester, c’était de faire place à &lt;em&gt;son sentiment&lt;/em&gt;. Nul langage (et surtout pas le langage du droit qui est l’or des sophistes) ne sera jamais suffisant pour prouver qu’il y a eu crime ou, inversement, qu’il n’a pas eu lieu. D’ailleurs, tous les gens de la police judiciaire le savent, un alibi à toute épreuve, sans faille dans la démonstration, est le signe d'une concertation préalable en coulisse. Or accueillir le sentiment, c’est compliqué. Cela requiert une patience infinie, une disponibilité d’esprit totale et une sensibilité presque littéraire à la chose. Mais c’est, je crois, la condition &lt;em&gt;sine qua none&lt;/em&gt; pour exercer, en toute rigueur et avec une exigence morale absolue, le métier de flic. À cela, on m’opposait la politique du chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le bureau du commissaire se trouvait au premier étage du commissariat central du quartier des Pas Perdus. C’était une large pièce sans grâce qui aurait mérité, comme l’ensemble du bâtiment d’ailleurs, une remise à neuf&amp;nbsp;: les murs avaient encore cette couleur jaunâtre héritée des décennies de tabagisme aigu qui avaient précédé la loi Evin, les connexions informatiques trainaient à même un parquet centenaire et si le haut plafond avait quelque élégance, son lustre grandiose, ses moulures napoléoniennes, c’était sur fond d’une peinture qui par endroits s’écaillait. Le commissaire avait peu investi la pièce&amp;nbsp;: l’unique décoration visible, outre la photo réglementaire de François Hollande, était un buste de Maurice Grimaud. Il était à son bureau quand nous nous présentâmes. Il fit un petit signe de tête au lieutenant Meunier et m’invita à entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Asseyez-vous Malik. Comment vous&amp;nbsp;sentez-vous aujourd’hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Bien, et vous&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Tant mieux, tant mieux. Où en êtes-vous avec le vieux Noir&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ça avance, commissaire, ça avance. J’ai déjà, je pense, une appréhension acceptable de la scène et nous…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;De la scène du crime&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non, celle du traumatisme. Voyez-vous, il me semble que la victime, dont nous ne savons rien, a vécu, dans un passé proche, un événement qui l’a profondément bouleversée et qu’à partir de l’identification de cet…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Taisez-vous, Malik, taisez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le commissaire prit une profonde inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;J’ai promis de ne pas m’énerver aujourd’hui. Je l’ai promis à ma femme, à mon docteur. Mais avec vous… Je ne sais pas comment vous faites. Non, ne dites-rien, ce n’était pas une question. Vous réalisez tout de même que vous avez consacré la matinée à une affaire que tout autre policier, je dis bien tout autre, aurait réglé en 10 minutes&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Mais commissaire…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Taisez-vous. C’est un clochard qui ne sait plus qui il est&amp;nbsp;: il y a une procédure pour ça. Il y a des services spécialisés. Vous n’êtes pas psychiatre que je sache&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Commissaire, je…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Êtes-vous psychiatre, inspecteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non mais…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous vous rendez compte que ce monsieur a peut-être une famille qui l’attend&amp;nbsp;? Avez-vous seulement fait la déclaration auprès de l’OCDI&amp;nbsp;? Non, bien sûr. Alors, je vous le demande&amp;nbsp;: qu’avez-vous fait pendant ces trois heures, que dis-je, ces quatre longues heures payées par le contribuable&amp;nbsp;? Avez-vous découvert son identité&amp;nbsp;? Avez-vous identifié ses agresseurs&amp;nbsp;? Répondez-moi, Malik, mais, attendez, attendez, répondez-moi mais ne me parlez pas de sentiment…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Commissaire, c’est plus comp…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous allez me parler de sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;C’est que…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Je vous défends catégoriquement de me parler de sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— D'hétérogénéité des idiomes peut-être ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous vous foutez de ma gueule, Malik. Qu’est-ce que c’est encore que cette hétérogénéité des idiomes&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Le motif pour lequel il faut s’attacher au sent… au truc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous alliez dire «&amp;nbsp;sentiment&amp;nbsp;», n’est-ce pas&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;N-non mais…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Dites-le pour voir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non, non.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Si si, je vous autorise à le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous allez vous énerver.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;En tant que supérieur hiérarchique, je vous ordonne de le dire&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Eh bien, le sentiment…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Putain, il l’a dit&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;C’est vous qui…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Fermez votre gueule Malik&amp;nbsp;! Fermez votre petite gueule d’intellectuel de merde&amp;nbsp;! Il y a 20 officiers de la police judiciaire qui triment comme des chiens dans ce commissariat&amp;nbsp;! Nous traitons une centaine de plaintes par jour&amp;nbsp;! Vous m’entendez&amp;nbsp;: une centaine&amp;nbsp;! Nous avons 9973 vols et cambriolages par an, 487 agressions violentes&amp;nbsp;! Il y a le trafic de drogues qui explose&amp;nbsp;! La menace terroriste qui mobilise les deux tiers de mes effectifs&amp;nbsp;! Et vous venez m’emmerder avec vos putains de concepts foireux pour m’expliquer que vous avez passé quatre heures, &lt;em&gt;quatre heures&lt;/em&gt;, sur un putain de dossier qui aurait dû vous prendre 10 minutes&amp;nbsp;?!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Commissaire…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous savez, Malik, vous allez réussir à nous couler. À vous tout seul, vous allez faire sauter ce commissariat. Déjà, à la Préfecture, on me regarde d’un sale œil. Cela fait deux ans, depuis votre arrivée, que mes statistiques sont les plus nulles de Paris. Plus personne ne veut bosser ici parce qu’on a la réputation d’être des fumistes. Tous les mois, tous les mois vous m’entendez&amp;nbsp;!, le ministère m’appelle pour me faire part de son étonnement au sujet de notre taux d’élucidation par effectif…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et voilà, la politique du chiffre… Je connaissais ce discours. Je n’ignorais pas non plus son hypocrisie. La qualité de nos statistiques ne dépendait pas de la lenteur (toute relative) d’un seul inspecteur&amp;nbsp;; elle n’avait, à vrai dire, aucun lien avec l’efficacité ou non des fonctionnaires concernés. Le commissariat des Pas Perdus aurait pu être exclusivement composé de tire-au-flanc, d’anarchistes infiltrés et de philosophes contemplatifs, cela n’aurait rien modifié à notre évaluation par le ministère. Un comptable habile, par contre, aurait pu changer pas mal de choses. Car les statistiques étaient une pure fiction qui n’avait rien à voir avec le travail effectif du personnel et encore moins avec la réalité policière du terrain. Ah, le grand roman de la statistique policière&amp;nbsp;! Les belles histoires qu’on inventait à coups de taux de variations saisonnières, de variables quantitatives discrètes, de &lt;em&gt;treemap&lt;/em&gt;, d’inférence bayésienne et de micro-catégorisations des événements, cela valait, je vous jure, toutes les métaphores, toutes les audaces littéraires du romantisme deuxième manière. Non pas que la réalité soit tout à fait dédaignée&amp;nbsp;: c’était au contraire notre première source d’inspiration mais, comme les grands poètes sont capables d’apercevoir sous un médiocre volatile marin un roi de l’azur aux ailes de géant, le bon flic doit savoir faire passer dans le sujet le plus terne et le plus chaotique les grands vents du rêve et du sens. De ce point de vue, certains commissariats étaient de véritables Parnasses&amp;nbsp;: leurs taux d’élucidation dans certaines catégories dépassaient allégrement les 100% et atteignaient parfois les 300%. Je vous entends, pauvres esprits cartésiens&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Plus de 100% d’élucidation&amp;nbsp;? Mais c’est impossible&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Détrompez-vous. Voici le type de mathématiques auxquelles nous étions encouragés&amp;nbsp;: un carnet de chèque volé égale une infraction&amp;nbsp;; le carnet de chèque retrouvé, vingt élucidations. L’astuce&amp;nbsp;? considérer chaque chèque retrouvé de manière indépendante. Taux d’élucidation&amp;nbsp;? 2000%. Le délit de contrefaçon était l’occasion de nos plus belles créations.&amp;nbsp;Prenez un marchand de Lacoste&amp;nbsp;: sur un marché, il voit un vendeur qui refourgue des Lacoste contrefaits. Il se rend au commissariat pour signaler le délit. Une plainte donc. Les policiers débarquent sur le marché et saisissent la marchandise incriminée. Taux d’élucidation&amp;nbsp;? 10 000% au bas mot&amp;nbsp;; on intègre chaque vêtement contrefait découvert comme une infraction résolue. Vous en voulez davantage&amp;nbsp;? Comptez les chaussettes une par une plutôt que par paire. L’unique raison pour laquelle les statistiques nationales de la police n’étaient pas au final exagérément optimistes, voire tout à fait surréalistes, c’était qu’au moment de transmettre les chiffres au ministère d’autres considérations entraient en jeu&amp;nbsp;qui réclamaient&amp;nbsp;davantage de finesse&amp;nbsp;: comment en effet justifier les demandes de moyens supplémentaires si les statistiques faisaient du moindre fonctionnaire un superman multitâche&amp;nbsp;? Comment convaincre la population que le désordre régnait dès lors que chaque affaire trouvait quinze fois sa solution&amp;nbsp;? C’est là que les nombres s’apaisaient, entre le désir de valoriser nos résultats, le souci de soutenir nos revendications budgétaires et la nécessité d’appuyer les slogans politiques du moment. Un travail d’artiste. La politique du chiffre, c’était le dernier grand mouvement littéraire français.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le commissaire, qui poursuivait sa tirade face à moi, n’ignorait pas tout cela, simplement il n’osait en tirer toutes les conséquences. À sa décharge, il croyait à une sorte de juste milieu raisonnable&amp;nbsp;: certes on pouvait bidouiller les chiffres, et parfois certains les bidouillaient grave, mais la plupart des agents étaient honnêtes et, au final pensait-il, les statistiques reflétaient valablement la réalité, quoiqu’ajustée aux différentes urgences politiques et syndicales. C’était touchant de voir ainsi un homme en fin de carrière continuer à croire en la magie de l’équilibre raisonnable des choses, de le voir quémander, face aux preuves manifestes du caractère chimérique de son monde, quelques arguments, un quart d’espoir, n’importe quoi qui lui permette de continuer à soutenir son illusion. Si seulement il pouvait me foutre la paix et ne pas chercher à m’impliquer dans ses actes de foi absurdes. Moi, j’avais pris mon parti&amp;nbsp;: il fallait saisir le monde en assumant la fragilité radicale de nos efforts pour y faire sens. Raisonner, oui, accumuler les données, d’accord, mais sans illusion sur la maîtrise concrète que cela nous donnait. Je n’allais tout de même pas pour complaire aux croyances vacillantes d’un flic en bout de course me mettre moi-même à communier selon les rites fantastiques qui l’aidaient à vivre. Ce genre de solution de facilité, ce n’était pas pour moi. Et tant pis si ça foutait en rogne ce vieux con. Ses présupposés existentiels étaient vraiment, comme dirait l’autre, trop affligeants.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je remarquai alors que cela faisait un moment que le commissaire s’était tu. Assis au fond de son fauteuil, les bras croisés, il me regardait avec un mélange de curiosité et d’inquiétude. Je sentis soudain tous mes organes se figer. Je n’avais tout de même pas dit tout cela à voix haute&amp;nbsp;? Je vécus alors un immense effondrement intérieur&amp;nbsp;: sous la surface figée de mon visage, mes muscles, mes veines, mes poumons, mes reins, mon cœur, mon cerveau se liquéfièrent&amp;nbsp;; tout mon corps se mit à glisser et partit je ne sais où mais en bas, toujours plus bas, ne me laissant rien sinon une impression glacée née du souffle de son passage. Je savais que je n’étais plus rien, une coquille vide, une image inhabitée alors je ne sais pas qui, ou quoi, et d’où&amp;nbsp;?, cela (je&amp;nbsp;?) se mit à prier&amp;nbsp;le ciel de lui (me&amp;nbsp;?) avoir épargné cela. Le commissaire continuait à me regarder en silence alors que je glissais toujours plus bas, toujours plus froidement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Je vois, dit-il au bout d’un moment, je vois. Nous reparlerons de tout cela plus tard. Il faut que je consulte les RH et les syndicats pour déterminer ce que nous pouvons faire de vous. J’ai demandé au lieutenant Meunier de prendre en charge le dossier du vieil africain et de l’expédier au plus vite. Oui, Malik, le &lt;em&gt;vieux con&lt;/em&gt; a eu recours à un stratagème &lt;em&gt;affligeant &lt;/em&gt;pour vous faire sortir de votre bureau. En attendant que j’aie une vision plus claire des suites à donner à ce qui vient de se passer, vous pouvez retourner à vos méditations… &lt;em&gt;radicales&lt;/em&gt;. Ça sera tout, merci.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mais qu’est-ce qu’il m’arrivait&amp;nbsp;? Qu’est-ce qu’il m’arrivait&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Restons calme, le pire n’est jamais sûr. Peut-être quelques pensées, quelques pensées pas plus, m’avaient-elles échappé&amp;nbsp;? Cela arrive, ce n’est pas si grave, ce n’est rien même&amp;nbsp;: je m’étais un peu exalté, cette histoire de chiffre me tenait un peu trop à cœur voilà tout, et puis, sous l’excitation, c’était sorti malgré moi, le commissaire avait entendu, en avait pris ombrage, c’était son droit. Cela arrive, ce n’est pas si grave, ce n’est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mais comment avais-je pu ne pas m’en rendre compte&amp;nbsp;? C’est ça qui m’inquiétait. Car qu’est-ce qui me disait que je n’étais pas là maintenant, oui maintenant, en train de faire la même chose&amp;nbsp;? Cette question même, mes lèvres étaient-elles en train de l’articuler&amp;nbsp;? Et cette question encore, la question sur la question, quelqu’un pouvait-il l’entendre&amp;nbsp;? C’est comme si j’étais en deux endroits à la fois mais sans jamais pouvoir dire lequel, ici en train d’examiner la situation ou déjà là-bas, examinant mon examen&amp;nbsp;; deux endroits ou plutôt deux temps, celui de la vie et celui de son commentaire, le commentaire prenant parfois la place de la vie, sans m’en avertir, en douce, comme un salaud. En soi, ce recouvrement du commentaire et de la vie ne m’affolait pas&amp;nbsp;: cela arrive à tout le monde, n’est-ce pas&amp;nbsp;? Qui n’est pas porté, parfois, à anticiper le récit qu’il va pouvoir tirer de tel truc qu’il est en train de vivre&amp;nbsp;? L’histoire est toujours déjà présente dans l’expérience. Ce qui m’angoissait, c’était que je partageais par avance avec mes interlocuteurs les réflexions tirées de la conversation que nous étions en train d’avoir, faisant de ces réflexions, sans du tout m’en rendre compte, la conversation même&amp;nbsp;; l’histoire avait usurpé la place de l’expérience, elle était devenue l’expérience même, comme si je ne vivais plus qu’au second degré, coincé entre les lignes de mon propre livre sans la moindre idée du chemin qui me permette de regagner le réel.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ou alors ce n’était que quelques pensées qui m’avaient échappé, ce n’était pas grave, ce n’était rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’avais dû marcher comme un somnambule jusqu’à mon bureau car, quand je pris conscience que Kévin Junior était en train de me parler, je n’avais pas le moindre souvenir d’avoir quitté le commissaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Je sais, l’interrompis-je, le lieutenant Meunier a embarqué le vieil Africain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je ne parvenais pas à apaiser mon angoisse. Tous mes efforts pour repousser mon inquiétude étaient défaits par des questions indisciplinées et des raisonnements urgents qui ne cessaient de m’y ramener&amp;nbsp;; ils s’enchaînaient les uns aux autres sans que je n’y puisse rien contrôler, rien arrêter, ni rien vraiment comprendre sinon que cela réfléchissait malgré moi, à toute allure, de terreur en terreur&amp;nbsp;; j’aurais voulu passer à autre chose mais je n’étais plus maître de rien. Kévin Junior parlait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;C’est que, chef…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Qu’il me laisse tranquille, que le monde s’arrête, qu’on me laisse un peu de temps pour sortir de ce mauvais rêve&amp;nbsp;! Et soudain, nouvel effroi&amp;nbsp;: et si, et si de nouveau, de nouveau, le commentaire avait pris la place de la vie&amp;nbsp;? Et si tout cela était dit, prononcé, extériorisé dans le réel, au lieu même du réel&amp;nbsp;? Mais déjà, une autre question, une autre peur, s’avançait, taquine et souveraine, une manière ironique de boucler la boucle et de m’y enfermer…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;… il y a une dame, là, qui veut vous parler…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et je l’aperçus soudain au milieu de la pièce. Je la reconnus aussitôt et faillis éclater de rire. Elle tombait à pic&amp;nbsp;! C’était la folle que j’avais croisée il y a une semaine chez le psy. Ce jour-là, elle m’avait parlé de fleurs, un truc incompréhensible de roses (ou de tulipes&amp;nbsp;?) qui avaient poussé, quelle histoire&amp;nbsp;vraiment&amp;nbsp;!, sur son balcon (ou sa terrasse&amp;nbsp;?). Elle m’avait ostensiblement dédaigné&amp;nbsp;: chacune de mes questions, pourtant simples, avaient suscité des regards effarés comme si j’avais transgressé je ne sais quel rituel attaché au lieu. Mais cette fois, elle n’y couperait pas, elle répondrait à ma question car j’en avais une de question, une question parfaitement adaptée à une cinglée qui s’inquiète des fleurs qui poussent et de la pluie qui mouille. Je lui dirais que je parlais seul, je lui dirais tout de suite, pour la mettre à l’aise, qu’elle se sente en confiance, et puis je lui demanderais comme ça, très naturellement, de fou à folle&amp;nbsp;: mais puisqu’on ne parle jamais vraiment seul, qui est mon interlocuteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<content type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 3&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Un flic scrupuleux&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;11/03/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;On ne parle jamais vraiment tout seul. C’est même l’inverse&amp;nbsp;: les gens qui marmonnent dans la rue, sans interlocuteur apparent, si vous prêtez un peu l’oreille à ce qu’ils racontent, c’est flagrant qu’ils ne sont pas&amp;nbsp;seuls&amp;nbsp;: quelqu’un est là avec eux qui les écoute et les provoque, qui les encourage et ne les quitte jamais. C’est toute une foule parfois et ils sont obligés de grossir la voix, ils se laissent aller à des envolées majestueuses que seul autorise un public nombreux et attentif. Rien à voir avec les monologues au théâtre&amp;nbsp;: Rodrigue, on se demande bien à qui il parle dans ses stances&amp;nbsp;; c’est d’ailleurs peut-être son drame&amp;nbsp;: il n’a plus personne à qui s’adresser. Pour résoudre son fameux dilemme, venger son père ou filer avec Chimène, il ne peut solliciter ni son père, ni Chimène qui sont, en gros, les seules personnes auxquelles il aurait pu confier un tel problème. Le Comte, à la limite&amp;nbsp;? Homme d’honneur, grand guerrier et, en même temps, homme de chair et de passions… Oui, le Comte, peut-être bien que Rodrigue parle au Comte, l’unique personnage dans la pièce qui aurait pu le conseiller mais bon, comme il décide au final de le tuer, ce n’est pas très clair.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vos présupposés sont affligeants, tout à fait affligeants…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le vieil Africain de l’autre côté de mon bureau, par exemple, celui qui vient de dire la phrase qui précède, je ne sais pas à qui il parle mais, il n’est pas seul. Il y a quelqu’un, nous ne le voyons pas, je doute que lui-même l’aperçoive d’ailleurs, mais il a un interlocuteur, un individu dont, nous dit-il, les présupposés l’affligent. À en juger par son ton, et le tremblement de ses grandes mains ridées, c’est une personne difficile à convaincre, têtue même, provocante et un peu cruelle. Face à la confusion terrible de ce pauvre vieux, toute personne un peu humaine aurait abandonné la discussion il y a bien longtemps. &lt;em&gt;Contradicteur imaginaire, as-tu du cœur&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; Mais ce n’est pas la question que je suis censé me poser. Non, notre dilemme à nous, c’est&amp;nbsp;de savoir si l’individu auquel s’adresse apparemment le vieil homme a le moindre rapport avec les raisons de sa présence dans mon bureau. Est-ce que son interlocuteur chimérique est, d’une manière ou d’une autre, impliqué dans l’agression dont il a été victime ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vos présupposés, je le démontre facilement…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je le regarde s’agiter en face de moi et je me demande s’il me voit. Je soutiens qu’ils ne sont jamais tout à fait seuls, ces grands bavards visionnaires mais je n’irais pas jusqu’à prétendre qu’ils sont tout à fait parmi nous, ni (pour parler franchement) qu’ils ne soient autre chose que complètement barrés. Quand les patrouilleurs l’ont amené dans mon bureau, il était comme absent au monde. Oh, il parlait, parlait, toujours son histoire de présupposés affligeants, mais, justement, en dehors de ça, rien ne semblait avoir de réalité pour lui&amp;nbsp;: ni les deux policiers en uniformes, ni Kévin Junior, mon stagiaire, ni moi, ni, en fait, le commissariat, l’heure de la journée, l’espace ou le temps dans leur plus grande généralité. Son regard s’égarait un peu partout, vif et curieux, mais il ne s’attachait à rien, sa parole continuait, inaffectée, prisonnière de sa propre urgence et de son propre lieu. Voilà, il contemplait le monde sans quitter l’espace de son dialogue, comme un voyageur considérant depuis la fenêtre de son compartiment le paysage urbain de la ville dans laquelle, pour une très courte étape dans un long trajet, son train vient d’entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous voulez que j’ouvre la fenêtre, chef&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Avais-je parlé à haute voix&amp;nbsp;? Non, cela devait être l’odeur de clochard du vieux, un peu forte à vrai dire, qui avait poussé Kévin Junior à prendre cette initiative. Je n’aimais pas trop que Kévin Junior prenne des initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non, ça ira. Merci Kévin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Bon, qu’est-ce qu’on fait, chef&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il s’impatientait. Kévin Junior Steenvorde avait du mal à s’attacher à un problème plus de quelques minutes (quelques secondes, pensais-je parfois). Mais je n’étais pas loin de partager sa perplexité&amp;nbsp;: nous étions dans une impasse. Non seulement le vieil homme ne répondait pas à nos questions (les entendait-il seulement&amp;nbsp;?) mais il n’avait sur lui aucun document qui nous permette de l’identifier&amp;nbsp;; son portefeuille, s’il en avait un, avait probablement été volé par ses agresseurs&amp;nbsp;; pas de téléphone portable, rien. Le plus simple aurait été de le transférer aux services psychiatriques (rue Cabanis, dans le 13&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;) et d’envoyer un signalement à l’office central chargé des disparitions inquiétantes de personnes (101-103 rue des Trois-Fontanots, 92 000 Nanterre). Mais je connaissais les services psychiatriques de la préfecture. Le personnel, sous-payé et à bout de nerfs, évacuait sa fatigue et sa dépression par un sadisme permanent à l’encontre des patients (plusieurs plaintes avaient été déposées) et un obstructionnisme raffiné à l’égard des personnes, collectifs, ou institutions susceptibles de sortir une personne de là (une dame atteinte d’Alzheimer était ainsi restée un an rue Cabanis quoique sa famille se soit manifestée dès les premiers jours de sa prise en charge). Et puis, le vieil homme me touchait. Ses mains fébriles, cette détresse dans le regard, son visage maigre qui, malgré les plaies de la veille et les stigmates de la folie, conservait un air de dignité et d’élégance, tout cela avait quelque chose de vraiment poignant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous voulez que je lui foute des baffes, chef&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non, Kévin. On ne baffe pas les gens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ça pourrait aider, chef.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Arrête de m’appeler «&amp;nbsp;chef&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je n’avais rien contre Kévin Junior. Je n’avais rien pour non plus. Par là, je veux simplement indiquer que si on m’avait demandé de justifier son existence sur Terre, je n’aurais rien eu à dire. Je n’en voyais ni l’utilité, ni l’usage. En tant qu’être humain ou en tant que flic, Kévin Junior me paraissait tout à fait superflu. Son physique aussi était, d’une certaine manière, superflu, un grand corps maigre qui, malgré les postures martiales qu’il prenait, était comme constamment embarrassé de lui-même semblant se demander ce qu’il faisait là (sur cette terre, dans cette galaxie). Ce n’est que dans mes moments de désespoir les plus profonds que je le soupçonnais d’être tout à fait nuisible (au travail de la police, à mon équilibre psychique, à l’harmonie sociale, au salut de l’humanité)&amp;nbsp;; le reste du temps, qu’il existât aujourd’hui quelque chose comme Kévin Junior me semblait parfaitement neutre et indifférent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Par contre, sa présence locale dans mon bureau ne manquait pas de raisons. C’était d’abord le résultat d’une vengeance mesquine&amp;nbsp;: mes crétins de collègues me l’avaient mis dans les pattes pour me faire payer ma supériorité intellectuelle et mon mépris supposé à leur égard. Ils me refilaient tous les stagiaires parce qu’ils savaient très bien que je préférais travailler seul. La coalition contre moi devait être particulièrement large et impliquer jusqu’aux sommets de l’Etat car vous ne vous rendez pas compte des ressources administratives nécessaires pour court-circuiter ainsi l’affectation des élèves de l’ENSP. Je m’étais plaint au commissaire bien sûr mais celui-ci, par un mélange de flatteries fielleuses («&amp;nbsp;Vous êtes un intellectuel, Malik, et un être profondément responsable. Vous n’allez tout de même pas laisser à vos «&amp;nbsp;crétins de collègues&amp;nbsp;» comme vous les appelez le soin de former la police&amp;nbsp;de demain&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»), de considérations sans rapport («&amp;nbsp;de toutes manières, personne ne veut travailler avec vous&amp;nbsp;et je refuse de vous laisser seul à rien foutre&amp;nbsp;») et de menaces voilées («&amp;nbsp;Arrêtez de m’emmerder, Malik&amp;nbsp;! Ce n’est pas la demi-affaire que vous daignez traiter chaque année qui va m’empêcher de vous muter à la Courneuve si vous continuez à me faire chier&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»), m’avait encouragé à faire contre mauvaise fortune bon cœur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Une autre raison était liée aux errements de la politique industrielle dans le Nord à la fin des années 80. Kévin Junior venait de Sarguemine-Les-Dunes, une ville nouvelle de la banlieue de Dunkerque dont l’État avait souhaité faire l’emblème régional de la transition de l’industrie minière vers une économie fondée sur le tourisme balnéaire. Des sommes considérables avaient été engagées pour rendre possible l’ambition affichée de concurrencer les stations du Sud. Mais l’expérience, peu aidée par le faible taux d’ensoleillement annuel et des maximales estivales qui peinaient à dépasser les 18°&amp;nbsp;C, s’était soldée par un échec retentissant. Tout le tissu culturel qui préexistait ayant été supprimé pour faire place aux grands groupes hôteliers et à l’industrie de loisirs balnéaires (Club Mickey, yacht club, mini-golfs, loueurs de pédalos), quand ces derniers décidèrent de quitter Sarguemine-Les-Dunes pour des cieux plus rentables (et moins frisquets), la population locale se retrouva non seulement sans emploi, mais condamnée à vivre entre l’ombre des Novotel abandonnés et les baudruches mélancoliques de Picsou flottant dans le vent glacial, sans même une MJC ou un bar PMU pour occuper son oisiveté.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;C’est dans ce contexte que Kévin Junior avait grandi. Il était le fils unique d’une famille monoparentale. Son père, maître-nageur venu de Marseille, n’avait pas résisté au premier hiver et était reparti dans le Sud avant même que le grand rêve balnéaire de Sarguemine-Les-Dunes n’apparaisse voué à l’échec. Pour subvenir aux besoins du foyer ou de ce qu’il en restait, sa mère avait pris plusieurs petits boulots dispersés à travers la région qui l’occupaient jusqu’à tard le soir. Très vite, elle confia à la télévision la garde exclusive du petit Kévin Junior. Ce n’était pas seulement pour des raisons d’économie&amp;nbsp;; elle avait remarqué que le gamin avait noué un rapport singulier et en quelque sorte extrême à l’appareil&amp;nbsp;: dès son plus âge, il avait suffi de le mettre devant l’écran pour qu’aussitôt s’apaisent ses demandes les plus urgentes et qu’aux larmes et à la colère se substitue une curiosité intense et silencieuse à peine entrecoupée par quelques lallations heureuses dont on avait du mal à expliquer l’origine (les commentaires sur la politique internationale de Georges Bortoli le mettaient ainsi particulièrement en joie). En grandissant, il se prit d’une passion extravagante pour deux séries américaines, &lt;em&gt;Walker&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Texas Ranger&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Rebelle &lt;/em&gt;au point que les aphorismes lapidaires de ces deux héros constituèrent rapidement les uniques articles de son code moral («&amp;nbsp;La justice sans un Colt est impuissante&amp;nbsp;; un Colt sans justice est tyrannique&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;les femmes qui aiment pardonnent plus aisément les grosses baffes que les petites trahisons&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;le Glock 18 a ses raisons que la raison ne connaît pas&amp;nbsp;», etc.). Je suppose qu’en l’absence de toute figure paternelle, Kévin Junior avait fini par trouver dans Chuck Norris ou Lorenzo Lamas des figures de substitution possibles. Bref, leurs héros virils, représentants musclés de la loi combattant l’injustice dans les plaines verdoyantes du grand Ouest américain ou sous le ciel rieur de Californie, lui avaient fourni l’essentiel de ses valeurs. Or, pour un jeune en quête d’autorité et convaincu que la plupart des problèmes se règlent très bien à coup de tatanes, la police reste malheureusement un débouché assez naturel.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Reprenons. Que savons-nous au juste&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Cette question ne s’adressait à personne en particulier et Kévin Junior ne fit même pas semblant de croire qu’elle l’impliquait quelque part. Je voulais me donner un peu de temps. Les éléments à notre disposition étaient maigres mais ils n’étaient pas nuls. Il y avait (prééminente, fascinante et mystérieuse) cette phrase&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Vos présupposés sont affligeants&amp;nbsp;». Ce n’était pas une formule anodine. D’abord, elle témoignait d’un certain niveau d’éducation. Et puis, qui s’inquiète des présupposés&amp;nbsp;aujourd’hui ? Les philosophes, les intellectuels, les gauchistes&amp;nbsp;? Il y avait aussi ce vouvoiement qui, non seulement attestait d’un souci de politesse (on pouvait éliminer les gauchistes) mais laissait supposer l’existence d’un cadre collectif respectueux des formes d’adresse (pas les philosophes donc, ceux-ci étant en général taciturnes et solitaires). Bien sûr, on pouvait imaginer que ce «&amp;nbsp;vous&amp;nbsp;» concernait plusieurs personnes mais je n’y croyais pas&amp;nbsp;: la voix du vieux était sans emphase, la haine dans son regard avait quelque chose de profondément personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vos présupposés sont affligeants.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je sais, je sais. Restaient les intellectuels. Il fallait imaginer la scène, y pénétrer, se laisser gagner par son &lt;em&gt;sentiment&lt;/em&gt;. Quelqu’un, un être cruel et obstiné, avait bouleversé le vieil homme&amp;nbsp;; je pressentais que cela s’était passé en public (redoublant la vivacité de l’atteinte) et que les enjeux (professionnels&amp;nbsp;? sentimentaux&amp;nbsp;? politiques&amp;nbsp;?) avaient été suffisamment lourds pour faire basculer la vie de l’individu que j’avais en face de moi. Bref, je cherchais un endroit où des intellectuels se disputaient en public sur des questions qui, loin d’être simplement abstraites, engageaient passionnément les personnes et où l’on n’hésitait pas à abattre son adversaire tout en respectant les formes d’adresse. Évidemment, on pouvait objecter mille trucs à ces déductions mais, en gros, il me semblait que l’université serait un bon point de départ à mes investigations. Je privilégiais les sciences humaines plutôt que les sciences dures dans la mesure où la phrase était en français plutôt qu’en anglais (&lt;em&gt;Your assumptions are saddening&lt;/em&gt;) et que, malgré l’état de semi-clochardisation du vieil homme, on pouvait remarquer que ses habits étaient choisis avec un minimum de goût. Par ailleurs, l’événement devait être récent car, s’il était clair qu’il vivait aujourd’hui dans la rue, ni ses vêtements, ni son visage n’avaient les marques caractéristiques des personnes durablement marginalisées (les stigmates de la folie, oui&amp;nbsp;; ceux de la rue, non). Or, je ne voyais aucune raison pour qu’un universitaire décide d’aller soudain se clochardiser à Paris si ce n’était pas là qu’il y avait ses activités (et le lieu de son traumatisme). En somme, il suffisait de contacter quelques départements de psycho, de lettres, ou de socio des universités parisiennes…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Les universités parisiennes, chef&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Cette fois, j’avais dû m’exprimer tout haut. À moins que Kévin Junior n’ait suivi le même raisonnement que moi&amp;nbsp;? Cette hypothèse n’était pas moins absurde que la première. Je reportai à plus tard ce mystère et enchaînai.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Oui. Tu vas prendre une photo du monsieur et l’envoyer aux différentes facs du coin pour voir si ça leur dit quelque chose. Limite-toi aux sciences molles pour commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;&lt;em&gt;Molles&lt;/em&gt;, chef&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;C’est à ce moment-là que le lieutenant Ludovic Meunier débarqua dans mon bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Malik, le commissaire veut te voir. Tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Un moment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Tout de suite il a dit. Il a l’air furax.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ok ok. Oui&amp;nbsp;&lt;em&gt;molles&lt;/em&gt;, Kévin, le contraire des sciences &lt;em&gt;dures&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oh je savais bien pourquoi le commissaire m’avait convoqué. Nous avions des conceptions très différentes de mon travail. Plusieurs fois, nous en avions parlé sans vraiment parvenir à régler nos différends. Au fond, je crois que cela se ramenait à un désaccord politique et éthique sur la fonction de la police républicaine dans une démocratie. Pour faire court, j’estimais que le pouvoir extraordinaire qui nous avait été délégué par la société nous obligeait à une rigueur et à une exigence morale absolues –&amp;nbsp;et quand je dis «&amp;nbsp;absolues&amp;nbsp;», je pense vraiment «&amp;nbsp;absolues&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: aucune considération ne devait venir concurrencer ces objectifs. Le commissaire, quant à lui, estimait que je n’en foutais pas une.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;C’était faux bien entendu. J’ose même prétendre que je me tuais au travail. Seulement, je refusais de prendre le moindre raccourci qui mît en péril la rigueur et l’exigence susmentionnées&amp;nbsp;: tous les problèmes devaient être explorés à fond, considérés sous leurs multiples facettes et traités dans les moindres détails. Cela prenait du temps, surtout quand l’on considérait que chaque problème, dès lors qu’il était formulé (c’est-à-dire présenté, appréhendé, compris), avait une partie qui était exclue (rendue aveugle, informulable, insaisissable) par sa formulation même. Cela a l’air très abstrait mais je vous jure qu’au quotidien, c’est très concret. Prenez-le cas d’une petite vieille à qui l’on a volé son sac au marché. En gros, il y a une formulation juridique pour ça&amp;nbsp;: quelqu’un (le voleur) a opéré «&amp;nbsp;la soustraction d’une chose&amp;nbsp;appartenant à autrui » (la petite vieille) et c’est un délit. On peut y ajouter (ou non) des circonstances aggravantes –&amp;nbsp;vol avec violence, vol en réunion, vol facilité par l’état de vulnérabilité de la victime etc.&amp;nbsp;– qui sont susceptibles d’alourdir la peine encourue par le voleur. Si j’étais un flic sans trop de scrupules, je me contenterais de cette qualification juridique&amp;nbsp;: j’enregistre la plainte et je me mets à la poursuite du voleur avec toute la violence légitime qui m’est conférée par l’Etat. Mais un flic un peu scrupuleux devrait, en toute rigueur, poser les questions suivantes à la petite&amp;nbsp;vieille pour s’assurer que le délit est effectivement constitué&amp;nbsp;: êtes-vous bien certaine que le voleur n’a pas l’intention de vous rendre votre sac&amp;nbsp;? S’est-il &lt;em&gt;comporté en propriétaire&lt;/em&gt; du dit sac (arrêt du 19 février 1959 sur le vol d’usage&amp;nbsp;: c’est le fait que le voleur se soit comporté en propriétaire qui distingue le vol de l’emprunt)&amp;nbsp;? Pouvez-vous m’affirmer, sans nul doute, que le voleur n’est pas un de vos enfants, ni votre mari, ni aucun de vos aïeux (qui, en tant qu’ascendants, descendants, conjoints, bénéficient d’une immunité pour le vol, art. 311-12 du code pénal)&amp;nbsp;? Bien sûr, si vous posez ces questions à la petite vieille, vous la verrez se récrier avec énergie mais si, comme l’exigence morale vous l’impose, vous insistez et vous demandez des preuves ou, pour le moins, une démonstration valable, là, vous verrez, ça commencera à tanguer (car comment, en vérité, démontrer que le voleur s’est comporté en propriétaire&amp;nbsp;? Comment prouver que le mari de la petite vieille, appelons-le René, n’a pas eu un enfant hors mariage, un rejeton illégitime qui aurait mal tourné&amp;nbsp;?). Ajoutez là-dessus qu’il faudrait en toute justice faire place à la version du voleur et, croyez-moi, vous n’aurez plus grand-chose à vous mettre sous la dent pour justifier, raisonnablement, l’usage des pouvoirs extraordinaires de poursuite, d’emprisonnement et de mise à mort que la société vous a délégués.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Personne ne pose ces questions à ma petite vieille fictive et c’est bien normal. Non pas qu’elles soient absurdes ou inutiles –&amp;nbsp;elles seraient au contraire profondément nécessaires&amp;nbsp;– mais on imagine sans mal&amp;nbsp;la scène&amp;nbsp;: une petite vieille catatonique, fouillant sa mémoire à la recherche des infidélités de René, spéculant philosophiquement sur les marques extérieures du sentiment de propriété&amp;nbsp;; nul ne peut imposer ce type d’épreuve à une vieille dame à qui l’on vient de soustraire son sac. Ce serait redoubler l’atteinte et se condamner à ne jamais rien conclure. Ce que je veux dire ici, et ce que j’essayais parfois d’expliquer à mes crétins de collègues, c’est que l’événement du vol est tout à fait autre chose que sa formulation judiciaire&amp;nbsp;: c’était un événement dans le réel, une perturbation des choses et des êtres, et le seul moyen de l’attester, c’était de faire place à &lt;em&gt;son sentiment&lt;/em&gt;. Nul langage (et surtout pas le langage du droit qui est l’or des sophistes) ne sera jamais suffisant pour prouver qu’il y a eu crime ou, inversement, qu’il n’a pas eu lieu. D’ailleurs, tous les gens de la police judiciaire le savent, un alibi à toute épreuve, sans faille dans la démonstration, est le signe d'une concertation préalable en coulisse. Or accueillir le sentiment, c’est compliqué. Cela requiert une patience infinie, une disponibilité d’esprit totale et une sensibilité presque littéraire à la chose. Mais c’est, je crois, la condition &lt;em&gt;sine qua none&lt;/em&gt; pour exercer, en toute rigueur et avec une exigence morale absolue, le métier de flic. À cela, on m’opposait la politique du chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le bureau du commissaire se trouvait au premier étage du commissariat central du quartier des Pas Perdus. C’était une large pièce sans grâce qui aurait mérité, comme l’ensemble du bâtiment d’ailleurs, une remise à neuf&amp;nbsp;: les murs avaient encore cette couleur jaunâtre héritée des décennies de tabagisme aigu qui avaient précédé la loi Evin, les connexions informatiques trainaient à même un parquet centenaire et si le haut plafond avait quelque élégance, son lustre grandiose, ses moulures napoléoniennes, c’était sur fond d’une peinture qui par endroits s’écaillait. Le commissaire avait peu investi la pièce&amp;nbsp;: l’unique décoration visible, outre la photo réglementaire de François Hollande, était un buste de Maurice Grimaud. Il était à son bureau quand nous nous présentâmes. Il fit un petit signe de tête au lieutenant Meunier et m’invita à entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Asseyez-vous Malik. Comment vous&amp;nbsp;sentez-vous aujourd’hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Bien, et vous&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Tant mieux, tant mieux. Où en êtes-vous avec le vieux Noir&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ça avance, commissaire, ça avance. J’ai déjà, je pense, une appréhension acceptable de la scène et nous…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;De la scène du crime&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non, celle du traumatisme. Voyez-vous, il me semble que la victime, dont nous ne savons rien, a vécu, dans un passé proche, un événement qui l’a profondément bouleversée et qu’à partir de l’identification de cet…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Taisez-vous, Malik, taisez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le commissaire prit une profonde inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;J’ai promis de ne pas m’énerver aujourd’hui. Je l’ai promis à ma femme, à mon docteur. Mais avec vous… Je ne sais pas comment vous faites. Non, ne dites-rien, ce n’était pas une question. Vous réalisez tout de même que vous avez consacré la matinée à une affaire que tout autre policier, je dis bien tout autre, aurait réglé en 10 minutes&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Mais commissaire…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Taisez-vous. C’est un clochard qui ne sait plus qui il est&amp;nbsp;: il y a une procédure pour ça. Il y a des services spécialisés. Vous n’êtes pas psychiatre que je sache&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Commissaire, je…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Êtes-vous psychiatre, inspecteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non mais…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous vous rendez compte que ce monsieur a peut-être une famille qui l’attend&amp;nbsp;? Avez-vous seulement fait la déclaration auprès de l’OCDI&amp;nbsp;? Non, bien sûr. Alors, je vous le demande&amp;nbsp;: qu’avez-vous fait pendant ces trois heures, que dis-je, ces quatre longues heures payées par le contribuable&amp;nbsp;? Avez-vous découvert son identité&amp;nbsp;? Avez-vous identifié ses agresseurs&amp;nbsp;? Répondez-moi, Malik, mais, attendez, attendez, répondez-moi mais ne me parlez pas de sentiment…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Commissaire, c’est plus comp…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous allez me parler de sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;C’est que…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Je vous défends catégoriquement de me parler de sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— D'hétérogénéité des idiomes peut-être ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous vous foutez de ma gueule, Malik. Qu’est-ce que c’est encore que cette hétérogénéité des idiomes&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Le motif pour lequel il faut s’attacher au sent… au truc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous alliez dire «&amp;nbsp;sentiment&amp;nbsp;», n’est-ce pas&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;N-non mais…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Dites-le pour voir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non, non.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Si si, je vous autorise à le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous allez vous énerver.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;En tant que supérieur hiérarchique, je vous ordonne de le dire&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Eh bien, le sentiment…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Putain, il l’a dit&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;C’est vous qui…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Fermez votre gueule Malik&amp;nbsp;! Fermez votre petite gueule d’intellectuel de merde&amp;nbsp;! Il y a 20 officiers de la police judiciaire qui triment comme des chiens dans ce commissariat&amp;nbsp;! Nous traitons une centaine de plaintes par jour&amp;nbsp;! Vous m’entendez&amp;nbsp;: une centaine&amp;nbsp;! Nous avons 9973 vols et cambriolages par an, 487 agressions violentes&amp;nbsp;! Il y a le trafic de drogues qui explose&amp;nbsp;! La menace terroriste qui mobilise les deux tiers de mes effectifs&amp;nbsp;! Et vous venez m’emmerder avec vos putains de concepts foireux pour m’expliquer que vous avez passé quatre heures, &lt;em&gt;quatre heures&lt;/em&gt;, sur un putain de dossier qui aurait dû vous prendre 10 minutes&amp;nbsp;?!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Commissaire…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous savez, Malik, vous allez réussir à nous couler. À vous tout seul, vous allez faire sauter ce commissariat. Déjà, à la Préfecture, on me regarde d’un sale œil. Cela fait deux ans, depuis votre arrivée, que mes statistiques sont les plus nulles de Paris. Plus personne ne veut bosser ici parce qu’on a la réputation d’être des fumistes. Tous les mois, tous les mois vous m’entendez&amp;nbsp;!, le ministère m’appelle pour me faire part de son étonnement au sujet de notre taux d’élucidation par effectif…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et voilà, la politique du chiffre… Je connaissais ce discours. Je n’ignorais pas non plus son hypocrisie. La qualité de nos statistiques ne dépendait pas de la lenteur (toute relative) d’un seul inspecteur&amp;nbsp;; elle n’avait, à vrai dire, aucun lien avec l’efficacité ou non des fonctionnaires concernés. Le commissariat des Pas Perdus aurait pu être exclusivement composé de tire-au-flanc, d’anarchistes infiltrés et de philosophes contemplatifs, cela n’aurait rien modifié à notre évaluation par le ministère. Un comptable habile, par contre, aurait pu changer pas mal de choses. Car les statistiques étaient une pure fiction qui n’avait rien à voir avec le travail effectif du personnel et encore moins avec la réalité policière du terrain. Ah, le grand roman de la statistique policière&amp;nbsp;! Les belles histoires qu’on inventait à coups de taux de variations saisonnières, de variables quantitatives discrètes, de &lt;em&gt;treemap&lt;/em&gt;, d’inférence bayésienne et de micro-catégorisations des événements, cela valait, je vous jure, toutes les métaphores, toutes les audaces littéraires du romantisme deuxième manière. Non pas que la réalité soit tout à fait dédaignée&amp;nbsp;: c’était au contraire notre première source d’inspiration mais, comme les grands poètes sont capables d’apercevoir sous un médiocre volatile marin un roi de l’azur aux ailes de géant, le bon flic doit savoir faire passer dans le sujet le plus terne et le plus chaotique les grands vents du rêve et du sens. De ce point de vue, certains commissariats étaient de véritables Parnasses&amp;nbsp;: leurs taux d’élucidation dans certaines catégories dépassaient allégrement les 100% et atteignaient parfois les 300%. Je vous entends, pauvres esprits cartésiens&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Plus de 100% d’élucidation&amp;nbsp;? Mais c’est impossible&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Détrompez-vous. Voici le type de mathématiques auxquelles nous étions encouragés&amp;nbsp;: un carnet de chèque volé égale une infraction&amp;nbsp;; le carnet de chèque retrouvé, vingt élucidations. L’astuce&amp;nbsp;? considérer chaque chèque retrouvé de manière indépendante. Taux d’élucidation&amp;nbsp;? 2000%. Le délit de contrefaçon était l’occasion de nos plus belles créations.&amp;nbsp;Prenez un marchand de Lacoste&amp;nbsp;: sur un marché, il voit un vendeur qui refourgue des Lacoste contrefaits. Il se rend au commissariat pour signaler le délit. Une plainte donc. Les policiers débarquent sur le marché et saisissent la marchandise incriminée. Taux d’élucidation&amp;nbsp;? 10 000% au bas mot&amp;nbsp;; on intègre chaque vêtement contrefait découvert comme une infraction résolue. Vous en voulez davantage&amp;nbsp;? Comptez les chaussettes une par une plutôt que par paire. L’unique raison pour laquelle les statistiques nationales de la police n’étaient pas au final exagérément optimistes, voire tout à fait surréalistes, c’était qu’au moment de transmettre les chiffres au ministère d’autres considérations entraient en jeu&amp;nbsp;qui réclamaient&amp;nbsp;davantage de finesse&amp;nbsp;: comment en effet justifier les demandes de moyens supplémentaires si les statistiques faisaient du moindre fonctionnaire un superman multitâche&amp;nbsp;? Comment convaincre la population que le désordre régnait dès lors que chaque affaire trouvait quinze fois sa solution&amp;nbsp;? C’est là que les nombres s’apaisaient, entre le désir de valoriser nos résultats, le souci de soutenir nos revendications budgétaires et la nécessité d’appuyer les slogans politiques du moment. Un travail d’artiste. La politique du chiffre, c’était le dernier grand mouvement littéraire français.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le commissaire, qui poursuivait sa tirade face à moi, n’ignorait pas tout cela, simplement il n’osait en tirer toutes les conséquences. À sa décharge, il croyait à une sorte de juste milieu raisonnable&amp;nbsp;: certes on pouvait bidouiller les chiffres, et parfois certains les bidouillaient grave, mais la plupart des agents étaient honnêtes et, au final pensait-il, les statistiques reflétaient valablement la réalité, quoiqu’ajustée aux différentes urgences politiques et syndicales. C’était touchant de voir ainsi un homme en fin de carrière continuer à croire en la magie de l’équilibre raisonnable des choses, de le voir quémander, face aux preuves manifestes du caractère chimérique de son monde, quelques arguments, un quart d’espoir, n’importe quoi qui lui permette de continuer à soutenir son illusion. Si seulement il pouvait me foutre la paix et ne pas chercher à m’impliquer dans ses actes de foi absurdes. Moi, j’avais pris mon parti&amp;nbsp;: il fallait saisir le monde en assumant la fragilité radicale de nos efforts pour y faire sens. Raisonner, oui, accumuler les données, d’accord, mais sans illusion sur la maîtrise concrète que cela nous donnait. Je n’allais tout de même pas pour complaire aux croyances vacillantes d’un flic en bout de course me mettre moi-même à communier selon les rites fantastiques qui l’aidaient à vivre. Ce genre de solution de facilité, ce n’était pas pour moi. Et tant pis si ça foutait en rogne ce vieux con. Ses présupposés existentiels étaient vraiment, comme dirait l’autre, trop affligeants.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je remarquai alors que cela faisait un moment que le commissaire s’était tu. Assis au fond de son fauteuil, les bras croisés, il me regardait avec un mélange de curiosité et d’inquiétude. Je sentis soudain tous mes organes se figer. Je n’avais tout de même pas dit tout cela à voix haute&amp;nbsp;? Je vécus alors un immense effondrement intérieur&amp;nbsp;: sous la surface figée de mon visage, mes muscles, mes veines, mes poumons, mes reins, mon cœur, mon cerveau se liquéfièrent&amp;nbsp;; tout mon corps se mit à glisser et partit je ne sais où mais en bas, toujours plus bas, ne me laissant rien sinon une impression glacée née du souffle de son passage. Je savais que je n’étais plus rien, une coquille vide, une image inhabitée alors je ne sais pas qui, ou quoi, et d’où&amp;nbsp;?, cela (je&amp;nbsp;?) se mit à prier&amp;nbsp;le ciel de lui (me&amp;nbsp;?) avoir épargné cela. Le commissaire continuait à me regarder en silence alors que je glissais toujours plus bas, toujours plus froidement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Je vois, dit-il au bout d’un moment, je vois. Nous reparlerons de tout cela plus tard. Il faut que je consulte les RH et les syndicats pour déterminer ce que nous pouvons faire de vous. J’ai demandé au lieutenant Meunier de prendre en charge le dossier du vieil africain et de l’expédier au plus vite. Oui, Malik, le &lt;em&gt;vieux con&lt;/em&gt; a eu recours à un stratagème &lt;em&gt;affligeant &lt;/em&gt;pour vous faire sortir de votre bureau. En attendant que j’aie une vision plus claire des suites à donner à ce qui vient de se passer, vous pouvez retourner à vos méditations… &lt;em&gt;radicales&lt;/em&gt;. Ça sera tout, merci.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mais qu’est-ce qu’il m’arrivait&amp;nbsp;? Qu’est-ce qu’il m’arrivait&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Restons calme, le pire n’est jamais sûr. Peut-être quelques pensées, quelques pensées pas plus, m’avaient-elles échappé&amp;nbsp;? Cela arrive, ce n’est pas si grave, ce n’est rien même&amp;nbsp;: je m’étais un peu exalté, cette histoire de chiffre me tenait un peu trop à cœur voilà tout, et puis, sous l’excitation, c’était sorti malgré moi, le commissaire avait entendu, en avait pris ombrage, c’était son droit. Cela arrive, ce n’est pas si grave, ce n’est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mais comment avais-je pu ne pas m’en rendre compte&amp;nbsp;? C’est ça qui m’inquiétait. Car qu’est-ce qui me disait que je n’étais pas là maintenant, oui maintenant, en train de faire la même chose&amp;nbsp;? Cette question même, mes lèvres étaient-elles en train de l’articuler&amp;nbsp;? Et cette question encore, la question sur la question, quelqu’un pouvait-il l’entendre&amp;nbsp;? C’est comme si j’étais en deux endroits à la fois mais sans jamais pouvoir dire lequel, ici en train d’examiner la situation ou déjà là-bas, examinant mon examen&amp;nbsp;; deux endroits ou plutôt deux temps, celui de la vie et celui de son commentaire, le commentaire prenant parfois la place de la vie, sans m’en avertir, en douce, comme un salaud. En soi, ce recouvrement du commentaire et de la vie ne m’affolait pas&amp;nbsp;: cela arrive à tout le monde, n’est-ce pas&amp;nbsp;? Qui n’est pas porté, parfois, à anticiper le récit qu’il va pouvoir tirer de tel truc qu’il est en train de vivre&amp;nbsp;? L’histoire est toujours déjà présente dans l’expérience. Ce qui m’angoissait, c’était que je partageais par avance avec mes interlocuteurs les réflexions tirées de la conversation que nous étions en train d’avoir, faisant de ces réflexions, sans du tout m’en rendre compte, la conversation même&amp;nbsp;; l’histoire avait usurpé la place de l’expérience, elle était devenue l’expérience même, comme si je ne vivais plus qu’au second degré, coincé entre les lignes de mon propre livre sans la moindre idée du chemin qui me permette de regagner le réel.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ou alors ce n’était que quelques pensées qui m’avaient échappé, ce n’était pas grave, ce n’était rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’avais dû marcher comme un somnambule jusqu’à mon bureau car, quand je pris conscience que Kévin Junior était en train de me parler, je n’avais pas le moindre souvenir d’avoir quitté le commissaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Je sais, l’interrompis-je, le lieutenant Meunier a embarqué le vieil Africain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je ne parvenais pas à apaiser mon angoisse. Tous mes efforts pour repousser mon inquiétude étaient défaits par des questions indisciplinées et des raisonnements urgents qui ne cessaient de m’y ramener&amp;nbsp;; ils s’enchaînaient les uns aux autres sans que je n’y puisse rien contrôler, rien arrêter, ni rien vraiment comprendre sinon que cela réfléchissait malgré moi, à toute allure, de terreur en terreur&amp;nbsp;; j’aurais voulu passer à autre chose mais je n’étais plus maître de rien. Kévin Junior parlait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;C’est que, chef…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Qu’il me laisse tranquille, que le monde s’arrête, qu’on me laisse un peu de temps pour sortir de ce mauvais rêve&amp;nbsp;! Et soudain, nouvel effroi&amp;nbsp;: et si, et si de nouveau, de nouveau, le commentaire avait pris la place de la vie&amp;nbsp;? Et si tout cela était dit, prononcé, extériorisé dans le réel, au lieu même du réel&amp;nbsp;? Mais déjà, une autre question, une autre peur, s’avançait, taquine et souveraine, une manière ironique de boucler la boucle et de m’y enfermer…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;… il y a une dame, là, qui veut vous parler…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et je l’aperçus soudain au milieu de la pièce. Je la reconnus aussitôt et faillis éclater de rire. Elle tombait à pic&amp;nbsp;! C’était la folle que j’avais croisée il y a une semaine chez le psy. Ce jour-là, elle m’avait parlé de fleurs, un truc incompréhensible de roses (ou de tulipes&amp;nbsp;?) qui avaient poussé, quelle histoire&amp;nbsp;vraiment&amp;nbsp;!, sur son balcon (ou sa terrasse&amp;nbsp;?). Elle m’avait ostensiblement dédaigné&amp;nbsp;: chacune de mes questions, pourtant simples, avaient suscité des regards effarés comme si j’avais transgressé je ne sais quel rituel attaché au lieu. Mais cette fois, elle n’y couperait pas, elle répondrait à ma question car j’en avais une de question, une question parfaitement adaptée à une cinglée qui s’inquiète des fleurs qui poussent et de la pluie qui mouille. Je lui dirais que je parlais seul, je lui dirais tout de suite, pour la mettre à l’aise, qu’elle se sente en confiance, et puis je lui demanderais comme ça, très naturellement, de fou à folle&amp;nbsp;: mais puisqu’on ne parle jamais vraiment seul, qui est mon interlocuteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
		<category term="Le roman-feuilleton" />
	</entry>
	<entry>
		<title>Ch. 4 - Madame Mesrine</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.mouvement-transitions.fr/index.php/juste/le-roman-feuilleton/sommaire-general-des-chats-perdus/1377-ch-4-madame-mesrine"/>
		<published>2017-03-25T14:15:00+00:00</published>
		<updated>2017-03-25T14:15:00+00:00</updated>
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		<author>
			<name>B. Kadabra</name>
			<email>moulinesarah@gmail.com</email>
		</author>
		<summary type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 4&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Madame Mesrine&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;25/03/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Parfois je consulte mes fiches avant de recevoir un patient, mais c’est plutôt rare. Et pourtant, je les écris assez fidèlement. Chacun a la sienne. Le style en est irrégulier, il change avec sa parole, sa parole et la mienne, et selon qui il est, comment il devient. J’aime ça : c’est une sorte de mise au point avec moi-même, un ajustement de ma rêverie, ma rêverie à deux. Parce que si je ne rêve pas avec eux, mes patients, ça ne marche pas. La psy, c’est une affaire de plasticité intérieure, pas seulement de savoir. Il faut être un peu comme une pâte à modeler plutôt silencieuse qui change de forme en même temps qu’elle s’imprègne de ce qui vient du patient, comme une empreinte, et puis parfois s’arrêter sur un point et là, renvoyer un écho, si possible juste, pour qu’en l’autre ce qui est au contraire si rigide, si répétitif (et souffrant) se mette en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Avec Adélie Brancart, on a été trois tout de suite : elle, moi, et son père. Ce serait bien que je capture le père. Il est mort, mais pas très enterré. Avec elle, il faut que j’apprenne à mourir, et me fasse enterrer. Parce que cette voix harcelante, on peut parier sans grand risque de se tromper que c’est une manière de le maintenir en vie : pas la peine d’être grand psy pour le comprendre. Évidemment, je ne vais pas lui présenter un acte de décès. Il faudrait que j’arrive à capturer le père et le zigouille pour de bon, et simultanément, ça va de soi, offrir à Adélie une alternative, une vraie, une vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;C’est une drôle de personne, Adélie Brancart. Dès qu’elle entre, je me souviens de tout d’un coup, comme avec tous mes patients. Une minute avant, on m’interrogerait, j’aurais des lacunes dans ma mémoire : est-ce qu’il est célibataire, orphelin, exilé, maniaque, est-ce qu’il a des enfants et combien, où il est né, etc : tout ça revient, c’est pour ça que je n’ai pas besoin de consulter mes fiches. Et je connais leur façon de parler habituelle, par quoi ils commencent, silence, flot de parole, etc. Il y a des surprises bien sûr, et heureusement. Mais quand même, c’est la familiarité avec ce patient-là, qui vous serre la main (mais Adélie Brancart fait semblant de ne pas voir ma main tendue pour l’instant), qui s’assied en face de vous ou bien s’allonge (pour l’instant nous sommes en face à face, elle a commencé en décembre, c’est si récent), c’est la familiarité avec ce patient-là qui vous revient en bloc dès qu’il entre, dès qu’il est entré.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Sauf qu’Adélie Brancart, je ne sais jamais, mais vraiment jamais, comment elle va commencer ni ce qu’elle va raconter. À notre première séance, elle a démarré par ces mots : « Dans la rue, il y a un homme qui marmonne de long en large et en travers. Et ce matin, vous savez ce qu’il disait ? Il disait : “Vos présupposés sont affligeants”. C’est rare, non ? ». Oui, rare ! J’ai dit oui. « J’ai cherché ce que ça voulait dire sur internet. C’est compliqué. Vous connaissez ce mot-là, vous, “présupposé” ? » Prudemment, j’ai dit oui. Son visage s’est apaisé brusquement, elle a ri, et elle m’a dit : « Je préfère ça… ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Pas facile de lui faire parler d’elle vraiment. Cela vient peu à peu, mais ce n’est pas facile. Elle est venue me voir parce que la date anniversaire de la mort de sa mère approchait. « Depuis celle de mon père, huit mois auparavant, je revis la chute libre, tombée dans un puits, oui, dans un puits sans fond, que j’ai vécue au moment du suicide de ma mère, mais pire cette fois, parce que ça me hante moi aussi, l’idée du suicide » – pendant qu’elle parlait, je voyais bien le suicide tanguer dans ses yeux. J’ai laissé passer, laisser entrer dans ma tête, pour prendre la mesure. Pas de doute, oui, les spectres sont nombreux et pressants. Sa mère s’est suicidée après la mort de son propre père – le grand-père d’Adélie, donc -, un réfugié espagnol qui avait perdu un bras pendant la guerre civile. Adélie, qui aime ses enfants avec passion, est arrivée mue par la terreur de faire des orphelins.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Sur ce point-là, je sais qu’elle va vraiment mieux : elle le dit et je le sens. Mais à chaque séance, elle semble oublier la raison pour laquelle elle est là, sa dépression, ses impasses, la voix qui la harcèle, qui ne s’arrête jamais de lui parler.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle raconte le monde. Une fois, elle entre et me dit : « Les nouveaux locataires, au troisième, lui s’appelle Monsieur Dupont. Oui, oui, Dupont, avec un “t” : est-ce que ce n’est pas ça, ce qu’on appelle un présupposé affligeant ? Enfin, c’est comme ça que je le comprends. Mais sa femme, alors là, vous ne devinerez jamais : elle s’appelle Ophélie Mesrine, et elle est de la famille de Jacques Mesrine, le truand, vous vous souvenez ? Je suis née dans la nuit du jour où il a été tué, le 2 novembre 1979 ! Il y avait la radio dans la salle d’accouchement, la sage-femme et mon père écoutaient plus les infos que les gémissements de ma mère, qui s’est coltinée un faux travail de vingt-quatre heures, ça je crois que c’est vraiment l’enfer, non ? En tout cas, pour ma mère, les dix-huit balles dans le cadavre et le faux travail, ça l’avait plus marquée que la joie de ma naissance, même si elle m’a allaitée et qu’elle a aimée ça, enfin, c’est ce qu’elle disait, moi, je ne sais pas, je ne suis pas sûre. » J’apprends donc son âge au passage. « Mon frère, au moins, il est né le 24 décembre 1977, ça faisait rire mes parents qui n’étaient pas croyants ». J’apprends au passage qu’elle a un frère vivant. J’essaie de la faire enchaîner mais elle néglige ma parole. Ou bien : « Madame Mesrine est allée à Genève ce week-end. Vous ne devinerez jamais ce qu’elle m’a raconté. Dans les chiottes supermodernes du TGV, à l’aller il y avait une grosse étiquette collée à l’envers pour que les gens ne lisent pas ce qui était écrit dessus en rouge, “interdit”, et sur la partie blanche de l’étiquette – oui, c’était une étiquette autocollante en partie blanche – sur la partie blanche, au feutre, quelqu’un avait écrit : “pour tirer la chasse d’eau, appuyez sur le bouton rouge sous le rouleau de papier.” Et dans le train du retour, la même chose était écrite, mais au feutre directement sur la paroi des chiottes ! Parce que les gens qui ont construit ces trains-là, ils ne se sont pas aperçus qu’ils avaient mis un bouton jaune juste à portée de la main à côté des chiottes, et puis un peu plus loin un machin rond marqué “SOS” qui a l’air d’être un bouton mais qui n’en est pas un : tout le monde appuyait sur le bouton jaune, ou n’osait pas appuyer sur le bouton rouge, parce que quand même, en général, le rouge, c’est la couleur du “SOS” ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle m’annonce souvent qu’elle va me taire telle ou telle information sur sa vie, « débrouillez-vous » En général, à la séance suivante, elle me raconte ce qu’elle n’a pas dit la fois d’avant. Par exemple, maintenant je sais que ses trois enfants sont de trois pères différents. Les séparations d’avec ses amants n’ont pas l’air de la faire souffrir. Elle est restée en excellents termes avec deux des pères, Luc, le père de Martin qui a six ans, et Simon, le père de Jonas, qui l’a quittée juste après la naissance du bébé. Luc et Simon s’occupent bien de leur fils, chacun à sa manière. Par contre, Solférino – sic ! –, le père de Lydia, la fille aînée de 13 ans, est un marginal-type, drogue et alcool et petite délinquance, le poncif, quoi, qui refuse de voir sa fille mais par période harcèle Adélie au téléphone, comme c’est le cas en ce moment. Mais je n’en sais pas plus, elle le mentionne en passant…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle a une passion pour les détails et les anecdotes. « Vous ne devinerez jamais » : non, jamais je ne devinerais, mais ce n’est pas forcément sa première phrase, et parfois elle commence tout autrement : « Cet enfoiré… » J’attends. Je n’ai aucune idée de qui sera « cet enfoiré ». C’est le locataire du 9&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; étage, le voisin de Furio Rosso… « Cette gamine-là, dans l’autobus, trois ans à peu près, elle était jolie jolie, mais complètement folle déjà, j’en ai eu le cœur ravagé, me raconte-t-elle une autre fois. Sa mère ne s’occupait pas d’elle, elle allait et venait en tout sens dans le bus. Elle s’asseyait à une place libre, elle se relevait, elle changeait de place en s’accrochant aux accoudoirs ou aux bras ou aux jambes, sans faire aucune attention aux corps des passagers, elle se servait d’eux comme si c’étaient des objets, comme si elle ne voyait pas que c’étaient des personnes. Et puis, deux fois, le passager à côté d’elle était en train de manipuler son portable, soudain, elle se jette sur l’objet en s’étalant sur les genoux de l’autre et cherche à l’attraper. À chaque fois, une fois c’était un homme, une autre fois c’était une femme, le passager, surpris, a eu un mouvement de défense et lui a dit “non”. Elle n’a pas insisté, elle a regardé la personne mais sans avoir l’air de vraiment la voir, et elle s’est à nouveau à peu près calée à sa place. Une fois, elle était en face de moi à une de ces places en hauteur dans les nouveaux bus et elle se balançait, je lui ai dit : “attention, tiens-toi bien, tu risques de tomber”. Elle m’a regardée sans sourire, sans s’arrêter. Mais le plus bizarre, c’est que comme le bus se remplissait progressivement, à un arrêt, une femme est entrée et s’est avancée dans le couloir tout très de la place où la gamine était alors assise. Eh bien, vous ne devinerez jamais : elle s’est levée et lui a désigné la place pour qu’elle s’asseye. La dame l’a remerciée chaleureusement. Elle ne l’a pas regardée. Elle a interpellé sa mère à l’autre bout du bus et elle a baragouiné plusieurs fois : “Maman, la dame s’est assise”… La mère n’a pas répondu. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;En fait, chaque fois qu’elle commence à parler, je sens qu’avec elle entre comme un immense trou d’air. Un trou, ce n’est pas rare, avec les patients. Métaphore pour le trauma. Mais voilà. Le trou qui entre avec Adélie Brancart est particulier. Il m’arrive de penser que ce trou-là, ce n’est pas le réel, comme dirait l’autre, pas un traumatisme encore ignoré ou encore indicible – mais simplement la réalité, la sienne, la mienne, la nôtre. Le malheur du monde. Rien de spectaculaire, rien d’anodin non plus. Adélie a une manière toute particulière d’absorber et de raconter le malheur du monde. Elle a une intelligence exceptionnelle pour ça, sauf quand elle est en colère (il faut dire qu’elle est en colère souvent). C’est troublant. Il faudrait peut-être que je me pose des questions. Peut-être que je suis en train de changer de métier mine de rien, sans m’en apercevoir, de devenir, je ne sais pas, moi, journaliste, ou ethnologue, ou militante – ou écrivain ! Parfois, je prête l’oreille à un murmure qui n’est pas l’inconscient. Mais l’aventure plutôt. Et les mésaventures. Très très étrange.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il y a deux semaines, elle est entrée, elle était comme soulevée d’enthousiasme, et elle me dit : « D’abord, d’abord, ce type, vous savez, eh bien, c’était vraiment un flic, et même un inspecteur, comme il m’a dit. Il a dû demander à changer son heure de rendez-vous, parce qu’aujourd’hui, je ne l’ai pas croisé. » Et elle a continué comme ça une bonne partie de la séance sur « ce flic ». « Et comment je le sais, vous vous le demandez sûrement. (Je n’en avais pas encore eu le temps, j’écoutais d’ailleurs, mais elle capte ma curiosité aussi sec…) Mon père me disait toujours, si tu dois avoir affaire aux flics, faut te démerder pour dépasser direct le trouffion de base et aller direct au commissaire ou à son adjoint. Un type qui cogite un peu dans un vrai bureau, parce qu’ils ont les neurones moins bousillés que le reste, la racaille des flics. En tout cas en démocratie. Je ne te parle pas d’une dictature militaire, fais gaffe à ce que je te dis pour l’avenir, tu n’as qu’à demander à ton grand-père (oui, il vivait encore, on l’appelait Papito, et ma grand-mère, Abuelita, c’est pas logique mais c’est comme ça, il avait fait de la prison sous Franco, et je sais seulement que ce n’était pas gai, ce qui lui était arrivé). Donc, j’ai demandé direct à parler à un flic de bureau, pas un flic en uniforme qui patrouille ou qui fait la circulation ou qui coffre les gens. J’ai dit que c’était très important. Ne me demandez pas comment ça a marché, mais ça a marché. Je vous vois bien mariée à un flic d’ailleurs. Par exemple, au commissaire – je dis ça, parce que le commissaire était sorti de son bureau du premier étage, enfin je suppose que c’était le commissaire, et il parlait à je ne sais trop qui, il avait l’air fou de rage, et aussi le jeune type avec mon flic à moi lui parlait en agitant les mains, tout le monde parlait en long en large et en travers à des étages différents, le reste du commissariat était tétanisé en entendant cette rumeur. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;« Cette rumeur ? »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;(Parfois, j’essaie.)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;« Et c’est là que je l’ai reconnu. Il m’a vue, et vous ne devinerez jamais, mais alors jamais, ce qu’il m’a dit : “j’ai une question, une question parfaitement adaptée à une cinglée qui s’inquiète des fleurs qui poussent et de la pluie qui mouille. Est-ce que vous m’entendez ? Cette voix-là, la mienne, est-ce que vous l’entendez ? Et celle à qui je m’adresse, vous l’entendez aussi ?”. Moi, par principe, vous l’avez compris, je ne m’étonne de rien. Je lui ai répondu très poliment que je n’étais pas une cinglée, et que Monsieur Rosso en avait presque tous les jours de nouvelles sur sa terrasse, des fleurs. Je croyais qu’il était déjà venu porter plainte d’ailleurs, parce que moi, c’est ce que je lui avait conseillé, hein, plutôt que de m’emmerder avec ça, parce que qu’est-ce que j’y peux, moi ? Au moins, il y aurait une enquête, et si Monsieur Furio est cinglé, vaudrait mieux que ça se sache, à son âge, on peut avoir la maladie d’Alzheimer, ça peut très bien commencer comme ça. Mais que ce n’était évidemment pas pour ça que je venais, que ce n’était pas vraiment mon affaire à moi, des fleurs qui fleurissent magiquement la nuit sur une terrasse de sable et de pierre (ça a un nom, c’est japonais, un truc comme ça, Monsieur Rosso me l’a expliqué et c’est bien une preuve que c’est un cinglé). Non, moi, je venais demander si Solférino avait le droit de me harceler au téléphone comme il le fait depuis deux semaines. Cette nuit-là, il m’a envoyé dix sms, je les ai trouvés sur mon portable en me réveillant. Le flic me dit : “vous voulez porter plainte ?”. Alors ça non, ce n’est pas mon style, c’est pas dans mes gênes, voilà ce que je lui ai dit. Je voudrais seulement qu’on m’explique mon droit, connaître la loi. Mais porter plainte, sûrement pas, il faudrait vraiment qu’il menace de nous tuer pour que j’en arrive là, et que j’y croie, parce qu’une menace, c’est pas forcément très sérieux, vous ne pensez pas ? (J’ai hoché la tête, pas plus. Elle me sidère). Ben il a eu l’air stupéfait. (Comme moi !) »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui, et puis ça a pas mal duré. Il faudrait que je complète ma fiche en y ajoutant ce flic, en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’ai envie de lui poser des questions incongrues, du genre : « Et l’homme qui marmonne, qu’est-ce qu’il est devenu ? Est-ce que vous le rencontrez encore ? ». Ou bien : « Comment va Mme Mesrine ? »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il y a deux jours : « Et vous savez quoi ? À la crèche, on leur fait manger des fleurs. Des biberons aux fleurs, vous avez déjà vu ça, vous ? ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Fleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Oui, aux fleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— ... Votre mère, morte dans la fleur de l’âge ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;(J’essaie, sans conviction. Après tout, des biberons à la violette, pourquoi pas ?)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle ignore encore.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et aujourd’hui, c’était autre chose. « Vous savez, ce cinglé du dernier étage, Furio Rosso, eh bien autant l’autre était bien un flic, autant lui, je me suis complètement plantée, il n’est pas cinglé du tout, des fleurs qui surgissent le matin sur sa terrasse, ça fait déjà plusieurs fois que ça lui arrive, et je les ai vues, les fleurs, c’est vraiment flippant, les cinglés, c’est ceux qui se baladent sur les toits parce que comment vous voulez qu’ils arrivent sinon par les toits ? Il n’y a jamais de carreau cassé, jamais sa porte n’est forcée ! Ou alors, quelqu’un qui a un double de sa clé ? Une fleur à la fois : un jour c’est une rose, un jour une pivoine, un jour du lilas… Je lui ai dit : Monsieur Rosso, vous devriez aller voir Monsieur Malik Fall, c’est le nom de mon flic, parce que c’est vraiment un flic. Je ne sais pas s’il l’a fait ou non. Mais il a réfléchi, réfléchi, il a dit : “ça c’est bizarre, ce nom-là me dit quelque chose. Je me demande si c’est pas un des deux flics que je vois souvent à la fin de la journée au bistrot du coin de la rue”. Furio Rosso, non, il n’est pas cinglé du tout, si vous saviez comment c’est beau chez lui, il n’y a presque pas de meubles, des photos de sa famille, et puis, la terrasse ! Depuis que je l’ai vue, je rêve d’aller au Japon… Mon frère a voyagé partout, et je ne crois pas qu’il connaisse le Japon, faut que je lui demande la prochaine fois qu’il viendra.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Votre frère… ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Débrouillez-vous, m’a dit Adélie en me regardant droit dans les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je n’ai pas insisté. La prochaine fois sans doute…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;« Et Monsieur Furio, parce que maintenant, je l’appelle Monsieur Furio, c’est plus gentil, non ? Monsieur Furio connaît aussi Hassan, place de la République. Remarquez, tout le monde connaît Hassan, place de la République, tout le monde d’un peu humain je veux dire. J’espère que vous connaissez Hassan ? Il m’a donné un tableau que j’ai accroché dans la loge. C’est un tableau qui représente la mer. Je n’ai pas osé lui demander pourquoi la mer. Il représente la mer à perte de vue, une mer d’une couleur inconnue, comme dans certains cauchemars que je fais, quand la mer s’est gelée en position de déchaînement et qu’elle paraît vous voir et vous accuser… »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’écoute, j’entends en flottant, et puis je retiens ce nom-là, Hassan… Je n’ai pas osé lui dire que je ne connaissais pas Hassan ni personne du quartier des Pas perdus, que j’habitais tout à fait ailleurs. Et alors j’ai repensé au mystérieux clochard et à ses présupposés affligeants, en me demandant si ce n’était pas moi, ici, le présupposé affligeant…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ce qui est certain, c’est qu’en sortant, elle continue à me parler, me dit-elle. Et moi à l’écouter. Sa vie, ordinaire en un sens malgré ce qui la hante, malgré une histoire peu banale, me captive. Elle ne reverra sans doute pas celui qu’elle appelle ce flic, contrairement aux locataires de l’immeuble, que j’apprends à connaître. Monsieur Dupont et Madame Mesrine, par exemple, sont bien singuliers, et je ne sais pas si je résisterais longtemps à la curiosité qu’ils m’inspirent – je veux dire, qu’ils inspirent à Adélie –, si j’étais elle. Ils sont brocanteurs tous les deux, mais avec des passions opposées. Madame Mesrine vend des armes et sait jouer avec séduction de l’aura de son nom pour attirer des clients qu’elle aime décrire et présenter imaginairement à Adélie. Monsieur Dupont vend des œuvres d’art, essentiellement des natures mortes. Il y en a plein leur appartement : d’un côté, leurs murs sont couverts, me dit Adélie, de tableaux représentant des bouquets de fleurs, des coupes de fruits, des poissons écaillés aux grands yeux brillants et au ventre ouvert, des citrons à moitié épluchés et des verres et des carafes translucides ; et, de l’autre, d’armes aux formes diverses et même de casques militaires qui me donnent des frémissements d’inquiétude…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Un jour dernier, j’ai quand même dit doucement : « Adélie, faites attention quand même… ». Je ne savais pas bien ce que je redoutais à ce moment-là, ni de quelle nature cette fois était le gouffre que j’ai vu s’ouvrir à nos pieds…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<content type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 4&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Madame Mesrine&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;25/03/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Parfois je consulte mes fiches avant de recevoir un patient, mais c’est plutôt rare. Et pourtant, je les écris assez fidèlement. Chacun a la sienne. Le style en est irrégulier, il change avec sa parole, sa parole et la mienne, et selon qui il est, comment il devient. J’aime ça : c’est une sorte de mise au point avec moi-même, un ajustement de ma rêverie, ma rêverie à deux. Parce que si je ne rêve pas avec eux, mes patients, ça ne marche pas. La psy, c’est une affaire de plasticité intérieure, pas seulement de savoir. Il faut être un peu comme une pâte à modeler plutôt silencieuse qui change de forme en même temps qu’elle s’imprègne de ce qui vient du patient, comme une empreinte, et puis parfois s’arrêter sur un point et là, renvoyer un écho, si possible juste, pour qu’en l’autre ce qui est au contraire si rigide, si répétitif (et souffrant) se mette en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Avec Adélie Brancart, on a été trois tout de suite : elle, moi, et son père. Ce serait bien que je capture le père. Il est mort, mais pas très enterré. Avec elle, il faut que j’apprenne à mourir, et me fasse enterrer. Parce que cette voix harcelante, on peut parier sans grand risque de se tromper que c’est une manière de le maintenir en vie : pas la peine d’être grand psy pour le comprendre. Évidemment, je ne vais pas lui présenter un acte de décès. Il faudrait que j’arrive à capturer le père et le zigouille pour de bon, et simultanément, ça va de soi, offrir à Adélie une alternative, une vraie, une vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;C’est une drôle de personne, Adélie Brancart. Dès qu’elle entre, je me souviens de tout d’un coup, comme avec tous mes patients. Une minute avant, on m’interrogerait, j’aurais des lacunes dans ma mémoire : est-ce qu’il est célibataire, orphelin, exilé, maniaque, est-ce qu’il a des enfants et combien, où il est né, etc : tout ça revient, c’est pour ça que je n’ai pas besoin de consulter mes fiches. Et je connais leur façon de parler habituelle, par quoi ils commencent, silence, flot de parole, etc. Il y a des surprises bien sûr, et heureusement. Mais quand même, c’est la familiarité avec ce patient-là, qui vous serre la main (mais Adélie Brancart fait semblant de ne pas voir ma main tendue pour l’instant), qui s’assied en face de vous ou bien s’allonge (pour l’instant nous sommes en face à face, elle a commencé en décembre, c’est si récent), c’est la familiarité avec ce patient-là qui vous revient en bloc dès qu’il entre, dès qu’il est entré.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Sauf qu’Adélie Brancart, je ne sais jamais, mais vraiment jamais, comment elle va commencer ni ce qu’elle va raconter. À notre première séance, elle a démarré par ces mots : « Dans la rue, il y a un homme qui marmonne de long en large et en travers. Et ce matin, vous savez ce qu’il disait ? Il disait : “Vos présupposés sont affligeants”. C’est rare, non ? ». Oui, rare ! J’ai dit oui. « J’ai cherché ce que ça voulait dire sur internet. C’est compliqué. Vous connaissez ce mot-là, vous, “présupposé” ? » Prudemment, j’ai dit oui. Son visage s’est apaisé brusquement, elle a ri, et elle m’a dit : « Je préfère ça… ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Pas facile de lui faire parler d’elle vraiment. Cela vient peu à peu, mais ce n’est pas facile. Elle est venue me voir parce que la date anniversaire de la mort de sa mère approchait. « Depuis celle de mon père, huit mois auparavant, je revis la chute libre, tombée dans un puits, oui, dans un puits sans fond, que j’ai vécue au moment du suicide de ma mère, mais pire cette fois, parce que ça me hante moi aussi, l’idée du suicide » – pendant qu’elle parlait, je voyais bien le suicide tanguer dans ses yeux. J’ai laissé passer, laisser entrer dans ma tête, pour prendre la mesure. Pas de doute, oui, les spectres sont nombreux et pressants. Sa mère s’est suicidée après la mort de son propre père – le grand-père d’Adélie, donc -, un réfugié espagnol qui avait perdu un bras pendant la guerre civile. Adélie, qui aime ses enfants avec passion, est arrivée mue par la terreur de faire des orphelins.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Sur ce point-là, je sais qu’elle va vraiment mieux : elle le dit et je le sens. Mais à chaque séance, elle semble oublier la raison pour laquelle elle est là, sa dépression, ses impasses, la voix qui la harcèle, qui ne s’arrête jamais de lui parler.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle raconte le monde. Une fois, elle entre et me dit : « Les nouveaux locataires, au troisième, lui s’appelle Monsieur Dupont. Oui, oui, Dupont, avec un “t” : est-ce que ce n’est pas ça, ce qu’on appelle un présupposé affligeant ? Enfin, c’est comme ça que je le comprends. Mais sa femme, alors là, vous ne devinerez jamais : elle s’appelle Ophélie Mesrine, et elle est de la famille de Jacques Mesrine, le truand, vous vous souvenez ? Je suis née dans la nuit du jour où il a été tué, le 2 novembre 1979 ! Il y avait la radio dans la salle d’accouchement, la sage-femme et mon père écoutaient plus les infos que les gémissements de ma mère, qui s’est coltinée un faux travail de vingt-quatre heures, ça je crois que c’est vraiment l’enfer, non ? En tout cas, pour ma mère, les dix-huit balles dans le cadavre et le faux travail, ça l’avait plus marquée que la joie de ma naissance, même si elle m’a allaitée et qu’elle a aimée ça, enfin, c’est ce qu’elle disait, moi, je ne sais pas, je ne suis pas sûre. » J’apprends donc son âge au passage. « Mon frère, au moins, il est né le 24 décembre 1977, ça faisait rire mes parents qui n’étaient pas croyants ». J’apprends au passage qu’elle a un frère vivant. J’essaie de la faire enchaîner mais elle néglige ma parole. Ou bien : « Madame Mesrine est allée à Genève ce week-end. Vous ne devinerez jamais ce qu’elle m’a raconté. Dans les chiottes supermodernes du TGV, à l’aller il y avait une grosse étiquette collée à l’envers pour que les gens ne lisent pas ce qui était écrit dessus en rouge, “interdit”, et sur la partie blanche de l’étiquette – oui, c’était une étiquette autocollante en partie blanche – sur la partie blanche, au feutre, quelqu’un avait écrit : “pour tirer la chasse d’eau, appuyez sur le bouton rouge sous le rouleau de papier.” Et dans le train du retour, la même chose était écrite, mais au feutre directement sur la paroi des chiottes ! Parce que les gens qui ont construit ces trains-là, ils ne se sont pas aperçus qu’ils avaient mis un bouton jaune juste à portée de la main à côté des chiottes, et puis un peu plus loin un machin rond marqué “SOS” qui a l’air d’être un bouton mais qui n’en est pas un : tout le monde appuyait sur le bouton jaune, ou n’osait pas appuyer sur le bouton rouge, parce que quand même, en général, le rouge, c’est la couleur du “SOS” ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle m’annonce souvent qu’elle va me taire telle ou telle information sur sa vie, « débrouillez-vous » En général, à la séance suivante, elle me raconte ce qu’elle n’a pas dit la fois d’avant. Par exemple, maintenant je sais que ses trois enfants sont de trois pères différents. Les séparations d’avec ses amants n’ont pas l’air de la faire souffrir. Elle est restée en excellents termes avec deux des pères, Luc, le père de Martin qui a six ans, et Simon, le père de Jonas, qui l’a quittée juste après la naissance du bébé. Luc et Simon s’occupent bien de leur fils, chacun à sa manière. Par contre, Solférino – sic ! –, le père de Lydia, la fille aînée de 13 ans, est un marginal-type, drogue et alcool et petite délinquance, le poncif, quoi, qui refuse de voir sa fille mais par période harcèle Adélie au téléphone, comme c’est le cas en ce moment. Mais je n’en sais pas plus, elle le mentionne en passant…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle a une passion pour les détails et les anecdotes. « Vous ne devinerez jamais » : non, jamais je ne devinerais, mais ce n’est pas forcément sa première phrase, et parfois elle commence tout autrement : « Cet enfoiré… » J’attends. Je n’ai aucune idée de qui sera « cet enfoiré ». C’est le locataire du 9&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; étage, le voisin de Furio Rosso… « Cette gamine-là, dans l’autobus, trois ans à peu près, elle était jolie jolie, mais complètement folle déjà, j’en ai eu le cœur ravagé, me raconte-t-elle une autre fois. Sa mère ne s’occupait pas d’elle, elle allait et venait en tout sens dans le bus. Elle s’asseyait à une place libre, elle se relevait, elle changeait de place en s’accrochant aux accoudoirs ou aux bras ou aux jambes, sans faire aucune attention aux corps des passagers, elle se servait d’eux comme si c’étaient des objets, comme si elle ne voyait pas que c’étaient des personnes. Et puis, deux fois, le passager à côté d’elle était en train de manipuler son portable, soudain, elle se jette sur l’objet en s’étalant sur les genoux de l’autre et cherche à l’attraper. À chaque fois, une fois c’était un homme, une autre fois c’était une femme, le passager, surpris, a eu un mouvement de défense et lui a dit “non”. Elle n’a pas insisté, elle a regardé la personne mais sans avoir l’air de vraiment la voir, et elle s’est à nouveau à peu près calée à sa place. Une fois, elle était en face de moi à une de ces places en hauteur dans les nouveaux bus et elle se balançait, je lui ai dit : “attention, tiens-toi bien, tu risques de tomber”. Elle m’a regardée sans sourire, sans s’arrêter. Mais le plus bizarre, c’est que comme le bus se remplissait progressivement, à un arrêt, une femme est entrée et s’est avancée dans le couloir tout très de la place où la gamine était alors assise. Eh bien, vous ne devinerez jamais : elle s’est levée et lui a désigné la place pour qu’elle s’asseye. La dame l’a remerciée chaleureusement. Elle ne l’a pas regardée. Elle a interpellé sa mère à l’autre bout du bus et elle a baragouiné plusieurs fois : “Maman, la dame s’est assise”… La mère n’a pas répondu. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;En fait, chaque fois qu’elle commence à parler, je sens qu’avec elle entre comme un immense trou d’air. Un trou, ce n’est pas rare, avec les patients. Métaphore pour le trauma. Mais voilà. Le trou qui entre avec Adélie Brancart est particulier. Il m’arrive de penser que ce trou-là, ce n’est pas le réel, comme dirait l’autre, pas un traumatisme encore ignoré ou encore indicible – mais simplement la réalité, la sienne, la mienne, la nôtre. Le malheur du monde. Rien de spectaculaire, rien d’anodin non plus. Adélie a une manière toute particulière d’absorber et de raconter le malheur du monde. Elle a une intelligence exceptionnelle pour ça, sauf quand elle est en colère (il faut dire qu’elle est en colère souvent). C’est troublant. Il faudrait peut-être que je me pose des questions. Peut-être que je suis en train de changer de métier mine de rien, sans m’en apercevoir, de devenir, je ne sais pas, moi, journaliste, ou ethnologue, ou militante – ou écrivain ! Parfois, je prête l’oreille à un murmure qui n’est pas l’inconscient. Mais l’aventure plutôt. Et les mésaventures. Très très étrange.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il y a deux semaines, elle est entrée, elle était comme soulevée d’enthousiasme, et elle me dit : « D’abord, d’abord, ce type, vous savez, eh bien, c’était vraiment un flic, et même un inspecteur, comme il m’a dit. Il a dû demander à changer son heure de rendez-vous, parce qu’aujourd’hui, je ne l’ai pas croisé. » Et elle a continué comme ça une bonne partie de la séance sur « ce flic ». « Et comment je le sais, vous vous le demandez sûrement. (Je n’en avais pas encore eu le temps, j’écoutais d’ailleurs, mais elle capte ma curiosité aussi sec…) Mon père me disait toujours, si tu dois avoir affaire aux flics, faut te démerder pour dépasser direct le trouffion de base et aller direct au commissaire ou à son adjoint. Un type qui cogite un peu dans un vrai bureau, parce qu’ils ont les neurones moins bousillés que le reste, la racaille des flics. En tout cas en démocratie. Je ne te parle pas d’une dictature militaire, fais gaffe à ce que je te dis pour l’avenir, tu n’as qu’à demander à ton grand-père (oui, il vivait encore, on l’appelait Papito, et ma grand-mère, Abuelita, c’est pas logique mais c’est comme ça, il avait fait de la prison sous Franco, et je sais seulement que ce n’était pas gai, ce qui lui était arrivé). Donc, j’ai demandé direct à parler à un flic de bureau, pas un flic en uniforme qui patrouille ou qui fait la circulation ou qui coffre les gens. J’ai dit que c’était très important. Ne me demandez pas comment ça a marché, mais ça a marché. Je vous vois bien mariée à un flic d’ailleurs. Par exemple, au commissaire – je dis ça, parce que le commissaire était sorti de son bureau du premier étage, enfin je suppose que c’était le commissaire, et il parlait à je ne sais trop qui, il avait l’air fou de rage, et aussi le jeune type avec mon flic à moi lui parlait en agitant les mains, tout le monde parlait en long en large et en travers à des étages différents, le reste du commissariat était tétanisé en entendant cette rumeur. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;« Cette rumeur ? »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;(Parfois, j’essaie.)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;« Et c’est là que je l’ai reconnu. Il m’a vue, et vous ne devinerez jamais, mais alors jamais, ce qu’il m’a dit : “j’ai une question, une question parfaitement adaptée à une cinglée qui s’inquiète des fleurs qui poussent et de la pluie qui mouille. Est-ce que vous m’entendez ? Cette voix-là, la mienne, est-ce que vous l’entendez ? Et celle à qui je m’adresse, vous l’entendez aussi ?”. Moi, par principe, vous l’avez compris, je ne m’étonne de rien. Je lui ai répondu très poliment que je n’étais pas une cinglée, et que Monsieur Rosso en avait presque tous les jours de nouvelles sur sa terrasse, des fleurs. Je croyais qu’il était déjà venu porter plainte d’ailleurs, parce que moi, c’est ce que je lui avait conseillé, hein, plutôt que de m’emmerder avec ça, parce que qu’est-ce que j’y peux, moi ? Au moins, il y aurait une enquête, et si Monsieur Furio est cinglé, vaudrait mieux que ça se sache, à son âge, on peut avoir la maladie d’Alzheimer, ça peut très bien commencer comme ça. Mais que ce n’était évidemment pas pour ça que je venais, que ce n’était pas vraiment mon affaire à moi, des fleurs qui fleurissent magiquement la nuit sur une terrasse de sable et de pierre (ça a un nom, c’est japonais, un truc comme ça, Monsieur Rosso me l’a expliqué et c’est bien une preuve que c’est un cinglé). Non, moi, je venais demander si Solférino avait le droit de me harceler au téléphone comme il le fait depuis deux semaines. Cette nuit-là, il m’a envoyé dix sms, je les ai trouvés sur mon portable en me réveillant. Le flic me dit : “vous voulez porter plainte ?”. Alors ça non, ce n’est pas mon style, c’est pas dans mes gênes, voilà ce que je lui ai dit. Je voudrais seulement qu’on m’explique mon droit, connaître la loi. Mais porter plainte, sûrement pas, il faudrait vraiment qu’il menace de nous tuer pour que j’en arrive là, et que j’y croie, parce qu’une menace, c’est pas forcément très sérieux, vous ne pensez pas ? (J’ai hoché la tête, pas plus. Elle me sidère). Ben il a eu l’air stupéfait. (Comme moi !) »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui, et puis ça a pas mal duré. Il faudrait que je complète ma fiche en y ajoutant ce flic, en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’ai envie de lui poser des questions incongrues, du genre : « Et l’homme qui marmonne, qu’est-ce qu’il est devenu ? Est-ce que vous le rencontrez encore ? ». Ou bien : « Comment va Mme Mesrine ? »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il y a deux jours : « Et vous savez quoi ? À la crèche, on leur fait manger des fleurs. Des biberons aux fleurs, vous avez déjà vu ça, vous ? ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Fleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Oui, aux fleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— ... Votre mère, morte dans la fleur de l’âge ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;(J’essaie, sans conviction. Après tout, des biberons à la violette, pourquoi pas ?)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle ignore encore.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et aujourd’hui, c’était autre chose. « Vous savez, ce cinglé du dernier étage, Furio Rosso, eh bien autant l’autre était bien un flic, autant lui, je me suis complètement plantée, il n’est pas cinglé du tout, des fleurs qui surgissent le matin sur sa terrasse, ça fait déjà plusieurs fois que ça lui arrive, et je les ai vues, les fleurs, c’est vraiment flippant, les cinglés, c’est ceux qui se baladent sur les toits parce que comment vous voulez qu’ils arrivent sinon par les toits ? Il n’y a jamais de carreau cassé, jamais sa porte n’est forcée ! Ou alors, quelqu’un qui a un double de sa clé ? Une fleur à la fois : un jour c’est une rose, un jour une pivoine, un jour du lilas… Je lui ai dit : Monsieur Rosso, vous devriez aller voir Monsieur Malik Fall, c’est le nom de mon flic, parce que c’est vraiment un flic. Je ne sais pas s’il l’a fait ou non. Mais il a réfléchi, réfléchi, il a dit : “ça c’est bizarre, ce nom-là me dit quelque chose. Je me demande si c’est pas un des deux flics que je vois souvent à la fin de la journée au bistrot du coin de la rue”. Furio Rosso, non, il n’est pas cinglé du tout, si vous saviez comment c’est beau chez lui, il n’y a presque pas de meubles, des photos de sa famille, et puis, la terrasse ! Depuis que je l’ai vue, je rêve d’aller au Japon… Mon frère a voyagé partout, et je ne crois pas qu’il connaisse le Japon, faut que je lui demande la prochaine fois qu’il viendra.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Votre frère… ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Débrouillez-vous, m’a dit Adélie en me regardant droit dans les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je n’ai pas insisté. La prochaine fois sans doute…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;« Et Monsieur Furio, parce que maintenant, je l’appelle Monsieur Furio, c’est plus gentil, non ? Monsieur Furio connaît aussi Hassan, place de la République. Remarquez, tout le monde connaît Hassan, place de la République, tout le monde d’un peu humain je veux dire. J’espère que vous connaissez Hassan ? Il m’a donné un tableau que j’ai accroché dans la loge. C’est un tableau qui représente la mer. Je n’ai pas osé lui demander pourquoi la mer. Il représente la mer à perte de vue, une mer d’une couleur inconnue, comme dans certains cauchemars que je fais, quand la mer s’est gelée en position de déchaînement et qu’elle paraît vous voir et vous accuser… »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’écoute, j’entends en flottant, et puis je retiens ce nom-là, Hassan… Je n’ai pas osé lui dire que je ne connaissais pas Hassan ni personne du quartier des Pas perdus, que j’habitais tout à fait ailleurs. Et alors j’ai repensé au mystérieux clochard et à ses présupposés affligeants, en me demandant si ce n’était pas moi, ici, le présupposé affligeant…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ce qui est certain, c’est qu’en sortant, elle continue à me parler, me dit-elle. Et moi à l’écouter. Sa vie, ordinaire en un sens malgré ce qui la hante, malgré une histoire peu banale, me captive. Elle ne reverra sans doute pas celui qu’elle appelle ce flic, contrairement aux locataires de l’immeuble, que j’apprends à connaître. Monsieur Dupont et Madame Mesrine, par exemple, sont bien singuliers, et je ne sais pas si je résisterais longtemps à la curiosité qu’ils m’inspirent – je veux dire, qu’ils inspirent à Adélie –, si j’étais elle. Ils sont brocanteurs tous les deux, mais avec des passions opposées. Madame Mesrine vend des armes et sait jouer avec séduction de l’aura de son nom pour attirer des clients qu’elle aime décrire et présenter imaginairement à Adélie. Monsieur Dupont vend des œuvres d’art, essentiellement des natures mortes. Il y en a plein leur appartement : d’un côté, leurs murs sont couverts, me dit Adélie, de tableaux représentant des bouquets de fleurs, des coupes de fruits, des poissons écaillés aux grands yeux brillants et au ventre ouvert, des citrons à moitié épluchés et des verres et des carafes translucides ; et, de l’autre, d’armes aux formes diverses et même de casques militaires qui me donnent des frémissements d’inquiétude…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Un jour dernier, j’ai quand même dit doucement : « Adélie, faites attention quand même… ». Je ne savais pas bien ce que je redoutais à ce moment-là, ni de quelle nature cette fois était le gouffre que j’ai vu s’ouvrir à nos pieds…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
		<category term="Le roman-feuilleton" />
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		<title>Ch. 5 - Les rêves de fer</title>
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		<published>2017-04-08T12:15:00+00:00</published>
		<updated>2017-04-08T12:15:00+00:00</updated>
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		<author>
			<name>B. Kadabra</name>
			<email>moulinesarah@gmail.com</email>
		</author>
		<summary type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 5&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Les rêves de fer&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;08/04/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Cette bite de fer clignote de nouveau, au moins je sais qu’il est vingt-trois heures. Ça me fait rien, bite de fer, clignote autant que tu veux, troue ce ciel jamais tout noir, clignote et ris –&amp;nbsp;on dirait des paillettes&amp;nbsp;–, mais cette nuit je reste là, cette nuit je bouge pas, pas question de me faire encore avoir. Venez quand vous voulez, vous me trouverez ici. Entrez par où vous voulez, j’y suis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ici, dans le petit salon, c’est la meilleure position pour les attendre. S’ils viennent par la porte d’entrée, je les entendrai avant même qu’ils l’aient ouverte, et ce sera moi qui leur ferai peur. S’ils arrivent par le balcon, je les verrai à travers les vitres d’où ce matin j’ai tiré les rideaux, et je sortirai aussitôt les écraser de terreur. Il vaut mieux les fermer, en tout cas, ces vitres, le vent qui va et vient me gèle les jambes que –&amp;nbsp;oh, dis donc&amp;nbsp;!&amp;nbsp;– je garde serrées, genoux contre genoux, comme autrefois ma mère, sans un chapelet dans les mains pour compter, en priant, les heures des époques pas tranquilles. Moi, c’est bien la bite en fer d’Eiffel qui me dit que la nuit avance et que ça fait déjà trois heures que je regarde mon balcon et les balcons des autres bâtiments se confondre sans rage avec l’air qui se retire, et ils disparaissent et les lumières des foyers s’allument une par une.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ça fait longtemps, d’où est-ce que me vient cette image, ce souvenir de femme assise à côté de la fenêtre, les petites boules du chapelet enroulées autour de ses doigts comme de longs vers de terre à mes yeux d’enfant, d’adolescent, et moi je me retrouve dans la même position, attendant autre chose, vieux mais sans peur. Qu’ils le sachent, sans peur&amp;nbsp;! Les lumières éteintes, ils ne me verront pas, je les entendrai et après on verra.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’aurais dû prendre une petite couverture, quand même. Il commence à faire frisquet ici assis sans bouger, sans lâcher des yeux le balcon, les oreilles tendues vers la porte. Mais si maintenant je me lève, ils pourraient m’échapper, je le sais, ça se passe toujours comme ça.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ils pourraient venir, faire leur manœuvre, partir, et moi, sans me douter de rien, j’attendrais jusqu’à l’aube pour voir l’énième fleur apparaître dans un coin du balcon. Ou ils pourraient entrer, qui sait comment&amp;nbsp;?, pénétrer dans la maison que d’une façon ou d’une autre ils doivent désormais connaître, me trouver comme un vieux con en train de chercher ce qu’il a aussi oublié pendant le trajet du salon à sa chambre, désemparé, apeuré de les avoir comme ça devant moi, cagoulés, noirs, forts, et alors l’effet de surprise serait renversé, le combat perdu d’avance, moi la proie de leur audace de cirque. Je sais que ce genre de choses se joue en un clin d’œil. Mais mieux vaut congeler&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et en plus, il ne fait pas froid, &lt;em&gt;mannaggia&lt;/em&gt;. D’où est-ce que vient alors ce froid qui s’agrippe à moi depuis des jours et des jours, que je traîne avec plus de fatigue que mon ombre&amp;nbsp;? Non, non, laisse tomber (mais qui va tomber&amp;nbsp;?). Vieux et sans peur. Est-ce qu’ils le savent, ces fleuristes du dimanche, qui entrent chez les gens, qui viennent foutre le bordel sur mon balcon&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;L’inspecteur, l’autre jour, me regardait comme si c’était moi-même ce fleuriste abusif. Pourtant, je l’avais dit à la concierge que c’était inutile d’aller au commissariat porter plainte. Et après ? Mais bon, son conseil était amical, et au moins, maintenant, elle sait. J’ai dû la faire monter ici pour qu’elle s’en rende compte, pour que je ne passe pas pour un con sans cervelle. Elle a vu la fleur, les pierres pour qu’elle tienne et ne s’envole pas, elle a vu aussi que cette fleur n’avait rien à faire sur mon balcon, ensuite m’a regardé droit dans les yeux pendant un petit moment, j’ai pas eu peur mais, quand même, c’est pas moi le fou qui invente ces histoires, et son regard insistait. Des histoires idiotes, en plus&amp;nbsp;! Le lendemain de sa première visite, je l’ai rappelée en lui priant de remonter. C’est vrai qu’en bas il y a toujours des choses à faire, et puis trois enfants, mais elle est venue, a vu, m’a dit d’aller porter plainte, qu’il fallait aller le dire à quelqu’un, qu’elle n’avait rien vu, que le portail, la nuit, est toujours fermé, que c’est elle-même qui va, à la dernière heure, le fermer, qu’elle dort seule et qu’elle ne veut pas se retrouver avec quelqu’un qui rôde dans la cour et des choses comme ça. Adélie Brancart.&amp;nbsp;Sa mère je l’ai connue, j’arrive pas à me rappeler si elles se ressemblent. Bon, laissons tomber (qui tombe&amp;nbsp;?). Brancart, bah, bon.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;L’inspecteur c’était le même type très grand et sans uniforme qui vient au Thermomètre tous les soirs avec son collègue en uniforme. Il ne m’a pas reconnu, je crois, il me regardait de ses yeux distants et gentils (il doit être du type gentil-discret), mais quelle drôle de sensation. Déjà, les policiers, les militaires, les hommes en armes, en général, quand j’en croise, ils me mettent mal à l’aise. Et puis les postes de police ont un air d’hôpital, les murs anonymes, les couloirs, les rambardes à la peinture abîmée, les salles d’attente et les panneaux avec les indications, les autres gens qui semblent savoir où aller, quand tu arrives ils sont déjà là, cet air désolé de qui a passé beaucoup de temps dans ces lieux, mais tu ne sais ni où ni avec qui tu vas parler, tu sais que tu vas attendre et que tu n’y peux rien. En plus, ces drames concentrés dans un seul espace, j’aime pas. Et j’aime pas être fouillé, j’aime pas l’hypocrisie de la présomption d’innocence, j’aime pas, au fond, répondre aux questions. Qu’on me fiche la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Dans son bureau, rien qu’un trou, il m’a regardé tout le long bizarrement. Pour lui je n’étais pas à l’autre bout de la table encombrée de papiers et de classeurs foutus en vrac. Parfois il penchait sa tête, plissait ses yeux quasi bridés, se mordillait la lèvre. Pour lui j’étais à l’autre bout du monde et aussi accroché à son regard. Tout loin et drôlement proche. J’ai pas compris. Je comprends pas. J’ai eu un vertige. L’âge&amp;nbsp;? Il y avait comme on dit de la bienveillance, dans ses yeux, à côté d’une raideur, d’une fixité qui se mariaient mal avec ce que j’avais à dire et avec ses questions. Enfin, je me suis senti deux fois démuni, pas à ma place, en parlant de mon balcon, de ces fleurs, je pensais qu’il allait tilter, se dire que quelqu’un s’était introduit chez moi, que peut-être j’étais menacé, que c’est dangereux, il aurait pu avoir pitié ou s’impatienter, non, il m’a demandé si les fleurs avaient ou avaient eu une quelque importance dans ma vie, quel était mon ancien métier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;Comunque&lt;/em&gt; la plainte est portée. M. Fall s’est même pas levé, je l’ai laissé dans son trou, les yeux sur la chaise vide. Quel gâchis&amp;nbsp;! Juste après être sorti, ma voix perfide me répétait son refrain préféré&amp;nbsp;: tu t’attaches aux choses moins importantes, tu t’attaches aux choses moins importantes, tu... Auquel s’ajoutait la voix du flic me disant&amp;nbsp;: et elles viendraient d’où, ces fleurs&amp;nbsp;? Il est comment votre dossier médical&amp;nbsp;? Quel type de fleurs&amp;nbsp;? Vous dormez&amp;nbsp;? Quelle couleur&amp;nbsp;? La provenance&amp;nbsp;? La couleur change tous les jours&amp;nbsp;? La couleur, la couleur, bien sûr. Si une couleuvre l’avait mordu, il serait moins.... moins quoi&amp;nbsp;? Il reste avec sa feuille, moi avec mon temps perdu. Heureusement, le commissariat n’est pas loin d’ici, mes jambes... J’y retournerai plus là-bas, et s’il revient au café, je ferai comme si de rien. Il m’aura oublié. Et me voici, donc, couteau à la main, dans le noir attendant ce qui n’est pas certain qui se vérifiera, que dans la nuit s’opère ce qui appartient à la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ce qui est bizarre, c’est qu’il y a eu un trou dans la séquence. Le lendemain de la plainte, je n’ai rien trouvé. Mes collines de sable, mon désert, l’aube parisienne, mon café, mon intimité. Mais les fleurs sont revenues deux jours après. Trois au lieu de l’unique habituelle. Je les ai arrachées comme les autres, sans jeter la plus élaborée. Le lendemain, il n’y avait de nouveau rien. C’est comme s’ils comptaient les jours, et qu’ils savaient quand ils passeraient. Dernièrement, quand j’en trouve pas, je respire d’abord de soulagement, me rappelant tout de suite qu’ils rempliront le trou en en ajoutant une en plus, alors je m’agace et deviens, je sais pas vraiment pourquoi, inquiet, car chaque fois c’est comme une promesse, ils me parlent en me disant «&amp;nbsp;nous reviendrons, ce n’est pas un oubli, le printemps ne s’oublie pas».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mais tu ne les jettes pas toutes, tes fleurs. Non, pas toutes et, encore, ce n’est pas pour un but précis. La plus belle que j’avais trouvée, aux pétales si tendres qu’un enfant, pour la nouveauté, aurait passé des heures à les toucher, je l’ai balancée aussitôt dans la poubelle. &lt;em&gt;Addio&lt;/em&gt;, ma fleur abusive. D’autres, en revanche, après les avoir arrachées à leur cercle de cailloux –&amp;nbsp;de beaux cailloux, d’ailleurs, lisses, petits, presque des dragées (en les voyant, je pense sans penser, ces images surgissent&amp;nbsp;: la mer, la plage)&amp;nbsp;–, je les laisse sur la table de la cuisine, je me sers un autre café et ensuite, les retrouvant où je les avais oubliées, je les prends, les apporte avec moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;L’une d’elles je l’ai donnée à la petite à l’air très sage de la concierge. Mais comme ça&amp;nbsp;: on s’est croisés sous le portail, ma main, presque sans faire exprès, a mis la fleur qu’elle gardait dans la main de la petite, surprise, et je lui ai dit ciao, y mettant dedans tout mon italien. Comme si je voulais qu’elle sache que c’était le cadeau d’un étranger, sans que moi-même je sache pourquoi. Parfois, je pense que les enfants doivent apprendre beaucoup de choses. Quand je regarde ma petite Estelle, déjà avec son cartable minuscule et pourtant trop grand pour sa taille, que je lui prends à la sortie de l’école, je me dis, je lui dis qu’elle doit apprendre beaucoup de choses, apprendre que ce qu’il y a là ce n’est pas tout, que ce n’est jamais tout. Mais je lui souris seulement, après, ne voulant mêler mon amertume à sa poussée.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;L’autre fleur, en revanche, la fleur complexe que j’ai retrouvée avec les deux autres en plus, elle aussi je sais pas pourquoi je l’ai gardée, je l’ai mise dans la poche de ma veste et suis sorti. Les tours habituels, prétexte pour sortir un peu, surtout pour balader mes jambes, pour qu’elles ne s’endorment pas trop vite, même si elles font mal, marcher, marchez, cela fera du bien à votre cœur et à vos os, me dit chaque fois le médecin. Il y a quelqu’un qui parle de ça en politique aussi. À la télé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je marchais, donc, je m’étais dit qu’il est temps d’acheter un bracelet en or à la petite. Elle en a eu un lors de son baptême, mais, bon, on ne met pas ça comme ça et surtout elle ne sait pas que sa maman lui garde ça pour plus tard, elle n’était presque pas là quand on a fait la fête et on lui a offert ces cadeaux. Le bijoutier est un peu à l’écart du quartier, ça faisait un bon exercice. Pas loin du bijoutier, un fleuriste, la rue, Faubourg des Enfants, occupée par ce terrorisme vert, ces explosions de feuilles, cette atmosphère tropicale de chez les fleuristes, étrange métier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le vendeur, tablier vert tout bête, a des traits de sud-américain. Le doute m’est venu après qu’il est peut-être philippin. On s’en fiche. Tu t’attaches toujours aux choses moins importantes, le refrain des moments de prétendue lucidité. Ce n’est pas lui le propriétaire. En fait, il a vite disparu quand j’ai commencé à m’engueuler avec la propriétaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous l’avez pris d’où ça&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’avais la fleur violette aux taches noires et rouges dans la main. Je bougeais parmi les étagères. Il faut comprendre de temps en temps, quand même. D’autant plus que je suis sous attaque et la Loi s’en bat les couilles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mais de nulle part, je lui ai dit en me retournant pour continuer ces confrontations entre les plantes et les fleurs que je voyais devant moi et celles qui étaient dans ma mémoire. Ces fleurs, je me les rappelle toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Si vous prenez une fleur vous la payez.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Mais je n’ai rien pris.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Allons, Monsieur, vous me payez la fleur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ou j’appelle quelqu’un.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous payez, sinon j’appelle la police.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Qui&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;La police&amp;nbsp;! Vous ne pouvez pas venir ici arracher les fleurs, abîmer les plantes...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Quoi&amp;nbsp;? Mais ce sont les fleurs qui abîment mon jardin&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;De quoi parlez vous, Monsieur. Payez ou sortez.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Moi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Arrêtez, Monsieur. Tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ah, oui&amp;nbsp;? Bon, tenez, j’en veux une autre, alors. S’il vous plaît.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Arrêtez, je vous dis. Payez-moi cela et sortez.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Je vous paye, Madame, je vous paye. Je peux payer. Mais j’en veux une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Comment&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Je veux une autre fleur comme celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ah... bon. Vous en voulez une autre, maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Bon, voyons. Vous avez pris un... alors... C’est... vous voulez...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Bah, ça, une pareille. S’il vous plaît.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous ne l’aviez pas prise ici tout à l’heure, vous disiez.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;J’ai perdu un peu ma tête, Madame. Elle va, elle vient...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Et vous la payez&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Oui, je les achète, il m’en faut deux. J’ai une famille assez grande.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Alors, allons par ici... voyons...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle n’a pas terminé sa phrase, a regardé la fleur de plus près, a commencé à passer entre les étagères. Je l’ai suivie. À droite, à gauche. Une fleur attirait son attention, puis c’était une autre, on changeait de rayon, elle revenait sur ses pas et son visage, autour des joues, et son cou se sont coloriés de taches rouge, elle m’a regardé comme pour vérifier que j’étais encore là, m’a demandé comme si de rien n’était&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous vous rappelez où vous l’avez arrachée&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non, Madame. Vous savez, la tête.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Restez ici, je vais la chercher...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle est allée vers le fond du magasin, je suis sorti tout de suite. Voilà une autre fleur offerte, et l’accusation d’être un voleur. Je l’envoie encore se faire voir chez les Grecs, quand je repense à elle, à son magasin récent, devant lequel je ne passerai plus. Pour aller chez le bijoutier, je fais un autre chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Quel bordel causent ces fleurs, même chez une fleuriste de la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Qui sait si elle l’a jamais retrouvée, la jumelle de ma fleur complexe, peut-être exotique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Qui sait, si...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et puis...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Au fond...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Tu vois&amp;nbsp;? Je pense, je pense, ma tête est ma machination et la ville est toujours là, parfaitement ouverte devant moi, et aussi repliée sur son propre labyrinthe, ces rues qui de loin semblent suivre un dessein et qui, si je me concentre sur un bout précis, ne vont nulle part, s’entrecoupant sans cesse, et qui pourtant vont, mystère des ingénieurs. Rues et ruelles et boulevards, d’ici je ne vois qu’un Tetris de blocs se perdant vers l’horizon sans couleur et sans nuit, endormi, on dirait de gros animaux réduits à leurs carcasses, trop statiques, allumés&amp;nbsp;: tout est creux, les chemins de ce fourre-tout sont allumés mais sans pitié, seulement chez moi, de la cuisine à la salle de bain, je peux bouger sans rien allumer, reposer mes yeux de taupe fatiguée. Il faut rouvrir la porte vitrée. Bien que le ciel soit un fourneau où les lumières de la ville et sa chaleur restent prisonniers, mon balcon reste noir, s’il y avait quelqu’un maintenant en train de tacher mon sable, je ne le verrais pas, il ne me verrait pas non plus, mais le con ce serait moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Eh oui, putain, il fait frisquet. Le vent ici souffle fort, il a pris de loin son élan. On n’entend qu’un bruit étouffé, quand les rafales se calment, un bruit qui semble venir de partout autour, comme si la ville avait un ventre comme moi j’ai un ventre et qu’il travaille encore pendant la nuit, mais plus doucement, et à des rythmes irréguliers. Ou est-ce que ce sont les ventres de tous ceux qui ont un ventre à faire ce bruit sourd, diffus, et que ce que j’entends ce sont nos borborygmes à nous ? Je dois arrêter de lire mes bouquins de science-fiction. Qui sait si Christiane a jamais lu ce type de livres&amp;nbsp;? Qui sait qu’est-ce qu’elle en pense&amp;nbsp;? Christiane, ministre de mes sentiments, est-ce que t’as jamais lu ces romans pas importants, ces histoires d’ado, dont je n’entends personne en parler&amp;nbsp;? Le bouquin du poète dont elle a cité les vers l’autre jour à la télévision est sur la table pour changer un peu le peuplement de ma solitude, et pour apprendre ses goûts à elle, de Christiane Taubira, pour savoir quoi savoir, pour suivre ses mots jusqu’à leur source. Quand elle les cite, on dirait que sa voix aiguë les chante. Dans ce livre y a des bouts que je comprends pas (la voix perfide&amp;nbsp;: il n’y a pas grande chose que tu comprends, toi – je dois avouer&amp;nbsp;: ouais), ils me semblent pas trop loin de la science-fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Rue des Clartés est silencieuse. J’en vois les deux bouts. Sous les réverbères tous les commerces sont fermés. Je saurais, pourtant, où aller acheter du lait ou des clopes. C’est juste à la fin de la rue, à droite, rue Robespierre, où tu te trouves ce que les Clartés ne te donneraient pas. À cette heure-ci, pourtant, il n’y a presque jamais personne. On dort. Moi, je veille. On sent l’air du printemps dans cet air de nuit encore jeune. Des voitures passent un peu plus loin, je les connais sans les voir&amp;nbsp;: noires, lucides, quasi silencieuses. Il y a des gens qui conduisent tout le long de la nuit, la radio allumée pour se tenir réveillés. On prend ceux qui sont à pieds, et qui doivent aller à l’autre bout de leurs envies. Ah, un type en vélo, un gros sac dans le dos. Il ira livrer un dîner tardif. Qui sait s’il a fini son tour, s’il va bientôt rentrer chez lui. Je dis qu’on devrait pouvoir se reposer, enfin. Qu’il y a des choses à faire et d’autres qu’on ne doit pas faire. Mais ce ventre continue à travailler sourdement, comme le mien. Oh, j’ai faim. Un sandwich tout à l’heure, il m’en reste deux. Je m’étais préparé. J’ai passé un coup de fil plus tôt que d’habitude à Rosa pour savoir comment elles allaient, elle et la petite Estelle, et pour éviter d’être dérangé après, pendant ma nuit de garde. Préparés les trois sandwichs, j’ai mis une bouteille d’eau à côté de la chaise, le bouquin pour me tenir compagnie et avoir Christiane avec moi pendant le combat, même si je peux pas lire (le noir est fondamental pour l’effet de surprise), et mon couteau qui brille, ici, s’il capte un reste de lumière perdu sous l’écran sale du ciel. Je me suis préparé, ils savent pas que je les attends. J’espère seulement que ma vessie va tenir. Putain, l’âge, mais je suis pas si vieux&amp;nbsp;: mais oui, croyons à Rose, elle me le répète souvent, surtout quand je lui dis que j’ai mal aux jambes et qu’aller chercher Estelle c’est difficile. J’y vais volontiers, en vrai, je parle comme ça pour avoir de l’attention de sa part. Je m’en rends compte après et j’en ai un peu honte. Elle m’aime bien, mais parfois elle oublie que l’âge n’est pas que l’âge, que c’est un trompe-l’œil. Je lui en parlerai. Je lui écrirai un mail&amp;nbsp;: opération difficile, mais, bon, j’y arriverai. Peu importe. On verra.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Rentrons. Je laisserai la porte vitrée entrouverte. S’ils savent tomber je sais pas d’où sur mon balcon, il ne feront pas ça sans aucun bruit. Je les entendrai. Voilà, le sandwich est là, au bord de la table. Il m’en restera un pour après. À trois heures, manger me donnera quelque chose à faire, à penser.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Un moment&amp;nbsp;! Et s’ils sont rentrés par la porte pendant que j’étais dehors et maintenant ils se cachent dans un coin de l’appartement&amp;nbsp;? Allons voir la porte. Non, elle fermée, les clés dans la serrure. Aucun bruit depuis le palier, pas de visiteurs pour la dame d’à côté. Arrête les frissons, voyons&amp;nbsp;! Quoi&amp;nbsp;? Tu connais ton terrain, t’es chez toi. S’ils veulent continuer leur blague idiote, accéder au balcon, ils doivent passer par ici, ils peuvent pas t’échapper. Voilà, mettons la chaise contre le mur, comme ça je peux surveiller les trois côtés, entrée, balcon, intérieur, je les aurai pas dans le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;La bouteille, à côté du pied de la chaise, elle est facile à retrouver. Je résisterai. Pas question d’aller pisser maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Une cascade de paillettes au coin de l’œil. Elle clignote à nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Attendons.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Pourtant, c’est de la ferraille respectable. J’ose pas imaginer la taille des boulons, c’est surprenant, et le travail des camarades pour faire une tour de cette taille à cette époque-là. Énorme. Un travail énorme. Bien fait. Rien ne bouge depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oh, le dos comme ça, contre le mur, se repose mieux. Ouais, c’est confortable. Je pourrais presque les remercier, ces cons. Tout devient plus grand, dans le noir. Et je suis dans ce noir, cette grandeur. L’appartement, il a combien de pièces&amp;nbsp;? Comptons. Quelque chose bouge là-bas&amp;nbsp;? Non, ce sont les yeux. Comptons. La petite cuisine, le petit salon, la salle à manger... Non, &lt;em&gt;cazzo&lt;/em&gt;, non&amp;nbsp;! C’était quoi ça&amp;nbsp;? Ne t’endors pas, Furio, dors pas. Il est où ton courage&amp;nbsp;? Il faut que je me concentre sur quelque chose. L’appartement a disparu, le noir trop profond, mes yeux s’y s’étourdissent. Mieux vaut me concentrer sur ce qu’il y a à travers les vitres. Même le silence me rend plus sourd. Il vient de partout. Il vient de ma chambre, il vient du palier, il vient des murs, des cloisons qui me séparent aussi du ron-ron du frigo, il vient dans mes oreilles y faire des bouchons. Oh, réveille-toi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;La ferraille, elle s’est éteinte. Il y a quand même sa masse plus sombre dans l’air. Vraie bite de fer. Respectable. Tellement proche, je ne m’étais jamais rendu compte qu’elle était si proche, je pourrais presque voir les gens qui s’y promènent la tête en l’air et un petit frisson inavoué le long de leur échine. Heureusement qu’elle est là, comme ça je dors pas. En les attendant je me concentre sur sa construction, j’aurais pu y participer, j’ai construit d’autres choses, là-bas, j’ai vu d’autres choses, entendu d’autres voix. Je pourrais faire mettre une annonce sur internet, faire payer les gens qui veulent la voir de près sans se taper la queue là-bas. D’ici on voit tout et je ne m’en étais jamais rendu compte. C’est fou&amp;nbsp;! En même temps, non. Pas de gens chez moi. Pas d’annonce. Mais un jour, quand elle habitera ici, Rose, ou Estelle, pourra faire ce petit commerce à côté. Attends, je vais toucher ce fer, je ne sais plus si je l’ai jamais fait ça, dans ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oh oui, il est bien solide, hein, rien à dire. Dans le désert on travaillait bien nous aussi. Il n’y avait rien. Des étendues de rien, des manoirs de néant. La ville s’est éteinte d’un coup, se rallume. La ville à paillettes. Elle brille. Elle clignote. La tour dort, elle, finalement. Je dois veiller. Mais veiller à côté de toi, ferraille de bite, c’est presque sympathique, rien à dire, hein. Et toi, t’es qui&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Au bout de la tour, une perruque rose fait des pirouettes autour de l’antenne. Une longue robe noire, des gants. Elle pirouette, s’arrête, me regarde, me sourit, une fleur dans sa bouche. La peau claire des bras musclés. Christiane, je lui crie. Pas besoin de crier, je le sais, elle est au sommet de la tour, à côté. Christiane, qu’est-ce que tu fais ici&amp;nbsp;? T’es pas en train d’écrire un discours&amp;nbsp;? De penser aux droits, aux lois, aux poésies justes&amp;nbsp;? Tu danses à côté de chez moi&amp;nbsp;? Tu viens&amp;nbsp;? T’es vraiment Christiane&amp;nbsp;? Pourquoi t’as les cheveux roses&amp;nbsp;? Je peux pas trop me distraire, tu sais&amp;nbsp;?, j’attends des gens louches.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;T’attends qui&amp;nbsp;?, me demande-t-elle, une voix plus basse que celle que j’ai l’habitude d’entendre à la télé, au parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je les connais pas, ils viennent foutre le bordel ici.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Quel bordel&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Les fleurs bizarres et les fleurs normales, la concierge en a reconnu quelques-unes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Comme celle-ci&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;D’autres pirouettes, un petit bond gentil et elle est à côté de moi, sur le balcon. Je vois pas son visage, la ville s’est à nouveau éteinte. Tout est imbibé de nuit&amp;nbsp;: elle, ses cheveux, sa robe, ses gants, moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Comme celle-ci&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle sort la fleur de sa bouche, la pose par terre. La tour de fer clignote. Une fois, deux fois, et s’éteint. On aurait dit que sa bouche faisait partie de la fleur, que ses lèvres sont restées attachées à la couronne. Et que de sa bouche ses dents finissaient dans sa main, pendant qu’elle installait la fleur et lui faisait autour un petit monticule de dents, de dragées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Tu ne dirais pas qu’on sent la mer d’ici&amp;nbsp;? Que des plages de dunes ne sont pas loin&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui, la mer, me dit-elle en se redressant. Est-ce qu’ils sont dangereux&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je ne sais pas, Christiane.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Tu les attends&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Pourquoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ils viennent ici, ils savent rien, ne respectent pas mes collines de sable, mon travail.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ah, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Non.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Sont-ils méchants&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je ne sais pas. Tu les connais&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et comment, Christiane&amp;nbsp;? T’es amie de mes ennemis&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;T’es sûrs qu’ils sont méchants&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui. Non. Je sais plus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et s’ils te parlent à travers ces fleurs&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je sais pas, Christiane, je sais pas parler. Ça va&amp;nbsp;?...&amp;nbsp;Tu vas bien&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’ai soif&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Tu veux un verre d’eau&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui, s’il te plaît.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ah, il me faut un verre en plus. Ah, tu vas le prendre&amp;nbsp;dans la cuisine ? C’est bien, fais comme chez toi, Christiane. Tiens, bois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Merci. Danser toute la nuit c’est dur, parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle s’est retournée. Je sais pas pourquoi mais je crie&amp;nbsp;: tu vas où&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle monte sur le parapet d’un petit bond gentil. Fais gaffe, tu vas tomber&amp;nbsp;! Mais elle saute à nouveau, et fait des pirouettes en remontant jusqu’au sommet de la belle ferraille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oh putain de chiottes, je me suis endormi&amp;nbsp;! Oh quel con&amp;nbsp;! Je me sens pas bien, il faut que j’allume la lumière. Tout va bien, tout est intact. Seulement cinq minutes ont passé... me semble-t-il. Mais... c’est quoi ce verre en plus&amp;nbsp;? Et ce billet à côté&amp;nbsp;? Putain, ils ont été ici&amp;nbsp;! Ils m’ont écrit&amp;nbsp;: merci.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<content type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 5&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Les rêves de fer&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;08/04/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Cette bite de fer clignote de nouveau, au moins je sais qu’il est vingt-trois heures. Ça me fait rien, bite de fer, clignote autant que tu veux, troue ce ciel jamais tout noir, clignote et ris –&amp;nbsp;on dirait des paillettes&amp;nbsp;–, mais cette nuit je reste là, cette nuit je bouge pas, pas question de me faire encore avoir. Venez quand vous voulez, vous me trouverez ici. Entrez par où vous voulez, j’y suis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ici, dans le petit salon, c’est la meilleure position pour les attendre. S’ils viennent par la porte d’entrée, je les entendrai avant même qu’ils l’aient ouverte, et ce sera moi qui leur ferai peur. S’ils arrivent par le balcon, je les verrai à travers les vitres d’où ce matin j’ai tiré les rideaux, et je sortirai aussitôt les écraser de terreur. Il vaut mieux les fermer, en tout cas, ces vitres, le vent qui va et vient me gèle les jambes que –&amp;nbsp;oh, dis donc&amp;nbsp;!&amp;nbsp;– je garde serrées, genoux contre genoux, comme autrefois ma mère, sans un chapelet dans les mains pour compter, en priant, les heures des époques pas tranquilles. Moi, c’est bien la bite en fer d’Eiffel qui me dit que la nuit avance et que ça fait déjà trois heures que je regarde mon balcon et les balcons des autres bâtiments se confondre sans rage avec l’air qui se retire, et ils disparaissent et les lumières des foyers s’allument une par une.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ça fait longtemps, d’où est-ce que me vient cette image, ce souvenir de femme assise à côté de la fenêtre, les petites boules du chapelet enroulées autour de ses doigts comme de longs vers de terre à mes yeux d’enfant, d’adolescent, et moi je me retrouve dans la même position, attendant autre chose, vieux mais sans peur. Qu’ils le sachent, sans peur&amp;nbsp;! Les lumières éteintes, ils ne me verront pas, je les entendrai et après on verra.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’aurais dû prendre une petite couverture, quand même. Il commence à faire frisquet ici assis sans bouger, sans lâcher des yeux le balcon, les oreilles tendues vers la porte. Mais si maintenant je me lève, ils pourraient m’échapper, je le sais, ça se passe toujours comme ça.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ils pourraient venir, faire leur manœuvre, partir, et moi, sans me douter de rien, j’attendrais jusqu’à l’aube pour voir l’énième fleur apparaître dans un coin du balcon. Ou ils pourraient entrer, qui sait comment&amp;nbsp;?, pénétrer dans la maison que d’une façon ou d’une autre ils doivent désormais connaître, me trouver comme un vieux con en train de chercher ce qu’il a aussi oublié pendant le trajet du salon à sa chambre, désemparé, apeuré de les avoir comme ça devant moi, cagoulés, noirs, forts, et alors l’effet de surprise serait renversé, le combat perdu d’avance, moi la proie de leur audace de cirque. Je sais que ce genre de choses se joue en un clin d’œil. Mais mieux vaut congeler&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et en plus, il ne fait pas froid, &lt;em&gt;mannaggia&lt;/em&gt;. D’où est-ce que vient alors ce froid qui s’agrippe à moi depuis des jours et des jours, que je traîne avec plus de fatigue que mon ombre&amp;nbsp;? Non, non, laisse tomber (mais qui va tomber&amp;nbsp;?). Vieux et sans peur. Est-ce qu’ils le savent, ces fleuristes du dimanche, qui entrent chez les gens, qui viennent foutre le bordel sur mon balcon&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;L’inspecteur, l’autre jour, me regardait comme si c’était moi-même ce fleuriste abusif. Pourtant, je l’avais dit à la concierge que c’était inutile d’aller au commissariat porter plainte. Et après ? Mais bon, son conseil était amical, et au moins, maintenant, elle sait. J’ai dû la faire monter ici pour qu’elle s’en rende compte, pour que je ne passe pas pour un con sans cervelle. Elle a vu la fleur, les pierres pour qu’elle tienne et ne s’envole pas, elle a vu aussi que cette fleur n’avait rien à faire sur mon balcon, ensuite m’a regardé droit dans les yeux pendant un petit moment, j’ai pas eu peur mais, quand même, c’est pas moi le fou qui invente ces histoires, et son regard insistait. Des histoires idiotes, en plus&amp;nbsp;! Le lendemain de sa première visite, je l’ai rappelée en lui priant de remonter. C’est vrai qu’en bas il y a toujours des choses à faire, et puis trois enfants, mais elle est venue, a vu, m’a dit d’aller porter plainte, qu’il fallait aller le dire à quelqu’un, qu’elle n’avait rien vu, que le portail, la nuit, est toujours fermé, que c’est elle-même qui va, à la dernière heure, le fermer, qu’elle dort seule et qu’elle ne veut pas se retrouver avec quelqu’un qui rôde dans la cour et des choses comme ça. Adélie Brancart.&amp;nbsp;Sa mère je l’ai connue, j’arrive pas à me rappeler si elles se ressemblent. Bon, laissons tomber (qui tombe&amp;nbsp;?). Brancart, bah, bon.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;L’inspecteur c’était le même type très grand et sans uniforme qui vient au Thermomètre tous les soirs avec son collègue en uniforme. Il ne m’a pas reconnu, je crois, il me regardait de ses yeux distants et gentils (il doit être du type gentil-discret), mais quelle drôle de sensation. Déjà, les policiers, les militaires, les hommes en armes, en général, quand j’en croise, ils me mettent mal à l’aise. Et puis les postes de police ont un air d’hôpital, les murs anonymes, les couloirs, les rambardes à la peinture abîmée, les salles d’attente et les panneaux avec les indications, les autres gens qui semblent savoir où aller, quand tu arrives ils sont déjà là, cet air désolé de qui a passé beaucoup de temps dans ces lieux, mais tu ne sais ni où ni avec qui tu vas parler, tu sais que tu vas attendre et que tu n’y peux rien. En plus, ces drames concentrés dans un seul espace, j’aime pas. Et j’aime pas être fouillé, j’aime pas l’hypocrisie de la présomption d’innocence, j’aime pas, au fond, répondre aux questions. Qu’on me fiche la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Dans son bureau, rien qu’un trou, il m’a regardé tout le long bizarrement. Pour lui je n’étais pas à l’autre bout de la table encombrée de papiers et de classeurs foutus en vrac. Parfois il penchait sa tête, plissait ses yeux quasi bridés, se mordillait la lèvre. Pour lui j’étais à l’autre bout du monde et aussi accroché à son regard. Tout loin et drôlement proche. J’ai pas compris. Je comprends pas. J’ai eu un vertige. L’âge&amp;nbsp;? Il y avait comme on dit de la bienveillance, dans ses yeux, à côté d’une raideur, d’une fixité qui se mariaient mal avec ce que j’avais à dire et avec ses questions. Enfin, je me suis senti deux fois démuni, pas à ma place, en parlant de mon balcon, de ces fleurs, je pensais qu’il allait tilter, se dire que quelqu’un s’était introduit chez moi, que peut-être j’étais menacé, que c’est dangereux, il aurait pu avoir pitié ou s’impatienter, non, il m’a demandé si les fleurs avaient ou avaient eu une quelque importance dans ma vie, quel était mon ancien métier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;Comunque&lt;/em&gt; la plainte est portée. M. Fall s’est même pas levé, je l’ai laissé dans son trou, les yeux sur la chaise vide. Quel gâchis&amp;nbsp;! Juste après être sorti, ma voix perfide me répétait son refrain préféré&amp;nbsp;: tu t’attaches aux choses moins importantes, tu t’attaches aux choses moins importantes, tu... Auquel s’ajoutait la voix du flic me disant&amp;nbsp;: et elles viendraient d’où, ces fleurs&amp;nbsp;? Il est comment votre dossier médical&amp;nbsp;? Quel type de fleurs&amp;nbsp;? Vous dormez&amp;nbsp;? Quelle couleur&amp;nbsp;? La provenance&amp;nbsp;? La couleur change tous les jours&amp;nbsp;? La couleur, la couleur, bien sûr. Si une couleuvre l’avait mordu, il serait moins.... moins quoi&amp;nbsp;? Il reste avec sa feuille, moi avec mon temps perdu. Heureusement, le commissariat n’est pas loin d’ici, mes jambes... J’y retournerai plus là-bas, et s’il revient au café, je ferai comme si de rien. Il m’aura oublié. Et me voici, donc, couteau à la main, dans le noir attendant ce qui n’est pas certain qui se vérifiera, que dans la nuit s’opère ce qui appartient à la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ce qui est bizarre, c’est qu’il y a eu un trou dans la séquence. Le lendemain de la plainte, je n’ai rien trouvé. Mes collines de sable, mon désert, l’aube parisienne, mon café, mon intimité. Mais les fleurs sont revenues deux jours après. Trois au lieu de l’unique habituelle. Je les ai arrachées comme les autres, sans jeter la plus élaborée. Le lendemain, il n’y avait de nouveau rien. C’est comme s’ils comptaient les jours, et qu’ils savaient quand ils passeraient. Dernièrement, quand j’en trouve pas, je respire d’abord de soulagement, me rappelant tout de suite qu’ils rempliront le trou en en ajoutant une en plus, alors je m’agace et deviens, je sais pas vraiment pourquoi, inquiet, car chaque fois c’est comme une promesse, ils me parlent en me disant «&amp;nbsp;nous reviendrons, ce n’est pas un oubli, le printemps ne s’oublie pas».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mais tu ne les jettes pas toutes, tes fleurs. Non, pas toutes et, encore, ce n’est pas pour un but précis. La plus belle que j’avais trouvée, aux pétales si tendres qu’un enfant, pour la nouveauté, aurait passé des heures à les toucher, je l’ai balancée aussitôt dans la poubelle. &lt;em&gt;Addio&lt;/em&gt;, ma fleur abusive. D’autres, en revanche, après les avoir arrachées à leur cercle de cailloux –&amp;nbsp;de beaux cailloux, d’ailleurs, lisses, petits, presque des dragées (en les voyant, je pense sans penser, ces images surgissent&amp;nbsp;: la mer, la plage)&amp;nbsp;–, je les laisse sur la table de la cuisine, je me sers un autre café et ensuite, les retrouvant où je les avais oubliées, je les prends, les apporte avec moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;L’une d’elles je l’ai donnée à la petite à l’air très sage de la concierge. Mais comme ça&amp;nbsp;: on s’est croisés sous le portail, ma main, presque sans faire exprès, a mis la fleur qu’elle gardait dans la main de la petite, surprise, et je lui ai dit ciao, y mettant dedans tout mon italien. Comme si je voulais qu’elle sache que c’était le cadeau d’un étranger, sans que moi-même je sache pourquoi. Parfois, je pense que les enfants doivent apprendre beaucoup de choses. Quand je regarde ma petite Estelle, déjà avec son cartable minuscule et pourtant trop grand pour sa taille, que je lui prends à la sortie de l’école, je me dis, je lui dis qu’elle doit apprendre beaucoup de choses, apprendre que ce qu’il y a là ce n’est pas tout, que ce n’est jamais tout. Mais je lui souris seulement, après, ne voulant mêler mon amertume à sa poussée.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;L’autre fleur, en revanche, la fleur complexe que j’ai retrouvée avec les deux autres en plus, elle aussi je sais pas pourquoi je l’ai gardée, je l’ai mise dans la poche de ma veste et suis sorti. Les tours habituels, prétexte pour sortir un peu, surtout pour balader mes jambes, pour qu’elles ne s’endorment pas trop vite, même si elles font mal, marcher, marchez, cela fera du bien à votre cœur et à vos os, me dit chaque fois le médecin. Il y a quelqu’un qui parle de ça en politique aussi. À la télé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je marchais, donc, je m’étais dit qu’il est temps d’acheter un bracelet en or à la petite. Elle en a eu un lors de son baptême, mais, bon, on ne met pas ça comme ça et surtout elle ne sait pas que sa maman lui garde ça pour plus tard, elle n’était presque pas là quand on a fait la fête et on lui a offert ces cadeaux. Le bijoutier est un peu à l’écart du quartier, ça faisait un bon exercice. Pas loin du bijoutier, un fleuriste, la rue, Faubourg des Enfants, occupée par ce terrorisme vert, ces explosions de feuilles, cette atmosphère tropicale de chez les fleuristes, étrange métier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le vendeur, tablier vert tout bête, a des traits de sud-américain. Le doute m’est venu après qu’il est peut-être philippin. On s’en fiche. Tu t’attaches toujours aux choses moins importantes, le refrain des moments de prétendue lucidité. Ce n’est pas lui le propriétaire. En fait, il a vite disparu quand j’ai commencé à m’engueuler avec la propriétaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous l’avez pris d’où ça&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’avais la fleur violette aux taches noires et rouges dans la main. Je bougeais parmi les étagères. Il faut comprendre de temps en temps, quand même. D’autant plus que je suis sous attaque et la Loi s’en bat les couilles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mais de nulle part, je lui ai dit en me retournant pour continuer ces confrontations entre les plantes et les fleurs que je voyais devant moi et celles qui étaient dans ma mémoire. Ces fleurs, je me les rappelle toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Si vous prenez une fleur vous la payez.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Mais je n’ai rien pris.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Allons, Monsieur, vous me payez la fleur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ou j’appelle quelqu’un.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous payez, sinon j’appelle la police.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Qui&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;La police&amp;nbsp;! Vous ne pouvez pas venir ici arracher les fleurs, abîmer les plantes...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Quoi&amp;nbsp;? Mais ce sont les fleurs qui abîment mon jardin&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;De quoi parlez vous, Monsieur. Payez ou sortez.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Moi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Arrêtez, Monsieur. Tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ah, oui&amp;nbsp;? Bon, tenez, j’en veux une autre, alors. S’il vous plaît.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Arrêtez, je vous dis. Payez-moi cela et sortez.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Je vous paye, Madame, je vous paye. Je peux payer. Mais j’en veux une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Comment&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Je veux une autre fleur comme celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Ah... bon. Vous en voulez une autre, maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Bon, voyons. Vous avez pris un... alors... C’est... vous voulez...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Bah, ça, une pareille. S’il vous plaît.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous ne l’aviez pas prise ici tout à l’heure, vous disiez.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;J’ai perdu un peu ma tête, Madame. Elle va, elle vient...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Et vous la payez&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Oui, je les achète, il m’en faut deux. J’ai une famille assez grande.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Alors, allons par ici... voyons...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle n’a pas terminé sa phrase, a regardé la fleur de plus près, a commencé à passer entre les étagères. Je l’ai suivie. À droite, à gauche. Une fleur attirait son attention, puis c’était une autre, on changeait de rayon, elle revenait sur ses pas et son visage, autour des joues, et son cou se sont coloriés de taches rouge, elle m’a regardé comme pour vérifier que j’étais encore là, m’a demandé comme si de rien n’était&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Vous vous rappelez où vous l’avez arrachée&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Non, Madame. Vous savez, la tête.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;—&amp;nbsp;Restez ici, je vais la chercher...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle est allée vers le fond du magasin, je suis sorti tout de suite. Voilà une autre fleur offerte, et l’accusation d’être un voleur. Je l’envoie encore se faire voir chez les Grecs, quand je repense à elle, à son magasin récent, devant lequel je ne passerai plus. Pour aller chez le bijoutier, je fais un autre chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Quel bordel causent ces fleurs, même chez une fleuriste de la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Qui sait si elle l’a jamais retrouvée, la jumelle de ma fleur complexe, peut-être exotique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Qui sait, si...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et puis...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Au fond...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Tu vois&amp;nbsp;? Je pense, je pense, ma tête est ma machination et la ville est toujours là, parfaitement ouverte devant moi, et aussi repliée sur son propre labyrinthe, ces rues qui de loin semblent suivre un dessein et qui, si je me concentre sur un bout précis, ne vont nulle part, s’entrecoupant sans cesse, et qui pourtant vont, mystère des ingénieurs. Rues et ruelles et boulevards, d’ici je ne vois qu’un Tetris de blocs se perdant vers l’horizon sans couleur et sans nuit, endormi, on dirait de gros animaux réduits à leurs carcasses, trop statiques, allumés&amp;nbsp;: tout est creux, les chemins de ce fourre-tout sont allumés mais sans pitié, seulement chez moi, de la cuisine à la salle de bain, je peux bouger sans rien allumer, reposer mes yeux de taupe fatiguée. Il faut rouvrir la porte vitrée. Bien que le ciel soit un fourneau où les lumières de la ville et sa chaleur restent prisonniers, mon balcon reste noir, s’il y avait quelqu’un maintenant en train de tacher mon sable, je ne le verrais pas, il ne me verrait pas non plus, mais le con ce serait moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Eh oui, putain, il fait frisquet. Le vent ici souffle fort, il a pris de loin son élan. On n’entend qu’un bruit étouffé, quand les rafales se calment, un bruit qui semble venir de partout autour, comme si la ville avait un ventre comme moi j’ai un ventre et qu’il travaille encore pendant la nuit, mais plus doucement, et à des rythmes irréguliers. Ou est-ce que ce sont les ventres de tous ceux qui ont un ventre à faire ce bruit sourd, diffus, et que ce que j’entends ce sont nos borborygmes à nous ? Je dois arrêter de lire mes bouquins de science-fiction. Qui sait si Christiane a jamais lu ce type de livres&amp;nbsp;? Qui sait qu’est-ce qu’elle en pense&amp;nbsp;? Christiane, ministre de mes sentiments, est-ce que t’as jamais lu ces romans pas importants, ces histoires d’ado, dont je n’entends personne en parler&amp;nbsp;? Le bouquin du poète dont elle a cité les vers l’autre jour à la télévision est sur la table pour changer un peu le peuplement de ma solitude, et pour apprendre ses goûts à elle, de Christiane Taubira, pour savoir quoi savoir, pour suivre ses mots jusqu’à leur source. Quand elle les cite, on dirait que sa voix aiguë les chante. Dans ce livre y a des bouts que je comprends pas (la voix perfide&amp;nbsp;: il n’y a pas grande chose que tu comprends, toi – je dois avouer&amp;nbsp;: ouais), ils me semblent pas trop loin de la science-fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Rue des Clartés est silencieuse. J’en vois les deux bouts. Sous les réverbères tous les commerces sont fermés. Je saurais, pourtant, où aller acheter du lait ou des clopes. C’est juste à la fin de la rue, à droite, rue Robespierre, où tu te trouves ce que les Clartés ne te donneraient pas. À cette heure-ci, pourtant, il n’y a presque jamais personne. On dort. Moi, je veille. On sent l’air du printemps dans cet air de nuit encore jeune. Des voitures passent un peu plus loin, je les connais sans les voir&amp;nbsp;: noires, lucides, quasi silencieuses. Il y a des gens qui conduisent tout le long de la nuit, la radio allumée pour se tenir réveillés. On prend ceux qui sont à pieds, et qui doivent aller à l’autre bout de leurs envies. Ah, un type en vélo, un gros sac dans le dos. Il ira livrer un dîner tardif. Qui sait s’il a fini son tour, s’il va bientôt rentrer chez lui. Je dis qu’on devrait pouvoir se reposer, enfin. Qu’il y a des choses à faire et d’autres qu’on ne doit pas faire. Mais ce ventre continue à travailler sourdement, comme le mien. Oh, j’ai faim. Un sandwich tout à l’heure, il m’en reste deux. Je m’étais préparé. J’ai passé un coup de fil plus tôt que d’habitude à Rosa pour savoir comment elles allaient, elle et la petite Estelle, et pour éviter d’être dérangé après, pendant ma nuit de garde. Préparés les trois sandwichs, j’ai mis une bouteille d’eau à côté de la chaise, le bouquin pour me tenir compagnie et avoir Christiane avec moi pendant le combat, même si je peux pas lire (le noir est fondamental pour l’effet de surprise), et mon couteau qui brille, ici, s’il capte un reste de lumière perdu sous l’écran sale du ciel. Je me suis préparé, ils savent pas que je les attends. J’espère seulement que ma vessie va tenir. Putain, l’âge, mais je suis pas si vieux&amp;nbsp;: mais oui, croyons à Rose, elle me le répète souvent, surtout quand je lui dis que j’ai mal aux jambes et qu’aller chercher Estelle c’est difficile. J’y vais volontiers, en vrai, je parle comme ça pour avoir de l’attention de sa part. Je m’en rends compte après et j’en ai un peu honte. Elle m’aime bien, mais parfois elle oublie que l’âge n’est pas que l’âge, que c’est un trompe-l’œil. Je lui en parlerai. Je lui écrirai un mail&amp;nbsp;: opération difficile, mais, bon, j’y arriverai. Peu importe. On verra.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Rentrons. Je laisserai la porte vitrée entrouverte. S’ils savent tomber je sais pas d’où sur mon balcon, il ne feront pas ça sans aucun bruit. Je les entendrai. Voilà, le sandwich est là, au bord de la table. Il m’en restera un pour après. À trois heures, manger me donnera quelque chose à faire, à penser.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Un moment&amp;nbsp;! Et s’ils sont rentrés par la porte pendant que j’étais dehors et maintenant ils se cachent dans un coin de l’appartement&amp;nbsp;? Allons voir la porte. Non, elle fermée, les clés dans la serrure. Aucun bruit depuis le palier, pas de visiteurs pour la dame d’à côté. Arrête les frissons, voyons&amp;nbsp;! Quoi&amp;nbsp;? Tu connais ton terrain, t’es chez toi. S’ils veulent continuer leur blague idiote, accéder au balcon, ils doivent passer par ici, ils peuvent pas t’échapper. Voilà, mettons la chaise contre le mur, comme ça je peux surveiller les trois côtés, entrée, balcon, intérieur, je les aurai pas dans le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;La bouteille, à côté du pied de la chaise, elle est facile à retrouver. Je résisterai. Pas question d’aller pisser maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Une cascade de paillettes au coin de l’œil. Elle clignote à nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Attendons.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Pourtant, c’est de la ferraille respectable. J’ose pas imaginer la taille des boulons, c’est surprenant, et le travail des camarades pour faire une tour de cette taille à cette époque-là. Énorme. Un travail énorme. Bien fait. Rien ne bouge depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oh, le dos comme ça, contre le mur, se repose mieux. Ouais, c’est confortable. Je pourrais presque les remercier, ces cons. Tout devient plus grand, dans le noir. Et je suis dans ce noir, cette grandeur. L’appartement, il a combien de pièces&amp;nbsp;? Comptons. Quelque chose bouge là-bas&amp;nbsp;? Non, ce sont les yeux. Comptons. La petite cuisine, le petit salon, la salle à manger... Non, &lt;em&gt;cazzo&lt;/em&gt;, non&amp;nbsp;! C’était quoi ça&amp;nbsp;? Ne t’endors pas, Furio, dors pas. Il est où ton courage&amp;nbsp;? Il faut que je me concentre sur quelque chose. L’appartement a disparu, le noir trop profond, mes yeux s’y s’étourdissent. Mieux vaut me concentrer sur ce qu’il y a à travers les vitres. Même le silence me rend plus sourd. Il vient de partout. Il vient de ma chambre, il vient du palier, il vient des murs, des cloisons qui me séparent aussi du ron-ron du frigo, il vient dans mes oreilles y faire des bouchons. Oh, réveille-toi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;La ferraille, elle s’est éteinte. Il y a quand même sa masse plus sombre dans l’air. Vraie bite de fer. Respectable. Tellement proche, je ne m’étais jamais rendu compte qu’elle était si proche, je pourrais presque voir les gens qui s’y promènent la tête en l’air et un petit frisson inavoué le long de leur échine. Heureusement qu’elle est là, comme ça je dors pas. En les attendant je me concentre sur sa construction, j’aurais pu y participer, j’ai construit d’autres choses, là-bas, j’ai vu d’autres choses, entendu d’autres voix. Je pourrais faire mettre une annonce sur internet, faire payer les gens qui veulent la voir de près sans se taper la queue là-bas. D’ici on voit tout et je ne m’en étais jamais rendu compte. C’est fou&amp;nbsp;! En même temps, non. Pas de gens chez moi. Pas d’annonce. Mais un jour, quand elle habitera ici, Rose, ou Estelle, pourra faire ce petit commerce à côté. Attends, je vais toucher ce fer, je ne sais plus si je l’ai jamais fait ça, dans ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oh oui, il est bien solide, hein, rien à dire. Dans le désert on travaillait bien nous aussi. Il n’y avait rien. Des étendues de rien, des manoirs de néant. La ville s’est éteinte d’un coup, se rallume. La ville à paillettes. Elle brille. Elle clignote. La tour dort, elle, finalement. Je dois veiller. Mais veiller à côté de toi, ferraille de bite, c’est presque sympathique, rien à dire, hein. Et toi, t’es qui&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Au bout de la tour, une perruque rose fait des pirouettes autour de l’antenne. Une longue robe noire, des gants. Elle pirouette, s’arrête, me regarde, me sourit, une fleur dans sa bouche. La peau claire des bras musclés. Christiane, je lui crie. Pas besoin de crier, je le sais, elle est au sommet de la tour, à côté. Christiane, qu’est-ce que tu fais ici&amp;nbsp;? T’es pas en train d’écrire un discours&amp;nbsp;? De penser aux droits, aux lois, aux poésies justes&amp;nbsp;? Tu danses à côté de chez moi&amp;nbsp;? Tu viens&amp;nbsp;? T’es vraiment Christiane&amp;nbsp;? Pourquoi t’as les cheveux roses&amp;nbsp;? Je peux pas trop me distraire, tu sais&amp;nbsp;?, j’attends des gens louches.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;T’attends qui&amp;nbsp;?, me demande-t-elle, une voix plus basse que celle que j’ai l’habitude d’entendre à la télé, au parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je les connais pas, ils viennent foutre le bordel ici.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Quel bordel&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Les fleurs bizarres et les fleurs normales, la concierge en a reconnu quelques-unes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Comme celle-ci&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;D’autres pirouettes, un petit bond gentil et elle est à côté de moi, sur le balcon. Je vois pas son visage, la ville s’est à nouveau éteinte. Tout est imbibé de nuit&amp;nbsp;: elle, ses cheveux, sa robe, ses gants, moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Comme celle-ci&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle sort la fleur de sa bouche, la pose par terre. La tour de fer clignote. Une fois, deux fois, et s’éteint. On aurait dit que sa bouche faisait partie de la fleur, que ses lèvres sont restées attachées à la couronne. Et que de sa bouche ses dents finissaient dans sa main, pendant qu’elle installait la fleur et lui faisait autour un petit monticule de dents, de dragées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Tu ne dirais pas qu’on sent la mer d’ici&amp;nbsp;? Que des plages de dunes ne sont pas loin&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui, la mer, me dit-elle en se redressant. Est-ce qu’ils sont dangereux&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je ne sais pas, Christiane.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Tu les attends&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Pourquoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ils viennent ici, ils savent rien, ne respectent pas mes collines de sable, mon travail.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ah, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Non.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Sont-ils méchants&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je ne sais pas. Tu les connais&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et comment, Christiane&amp;nbsp;? T’es amie de mes ennemis&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;T’es sûrs qu’ils sont méchants&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui. Non. Je sais plus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Et s’ils te parlent à travers ces fleurs&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je sais pas, Christiane, je sais pas parler. Ça va&amp;nbsp;?...&amp;nbsp;Tu vas bien&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;J’ai soif&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Tu veux un verre d’eau&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oui, s’il te plaît.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ah, il me faut un verre en plus. Ah, tu vas le prendre&amp;nbsp;dans la cuisine ? C’est bien, fais comme chez toi, Christiane. Tiens, bois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Merci. Danser toute la nuit c’est dur, parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle s’est retournée. Je sais pas pourquoi mais je crie&amp;nbsp;: tu vas où&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Elle monte sur le parapet d’un petit bond gentil. Fais gaffe, tu vas tomber&amp;nbsp;! Mais elle saute à nouveau, et fait des pirouettes en remontant jusqu’au sommet de la belle ferraille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Oh putain de chiottes, je me suis endormi&amp;nbsp;! Oh quel con&amp;nbsp;! Je me sens pas bien, il faut que j’allume la lumière. Tout va bien, tout est intact. Seulement cinq minutes ont passé... me semble-t-il. Mais... c’est quoi ce verre en plus&amp;nbsp;? Et ce billet à côté&amp;nbsp;? Putain, ils ont été ici&amp;nbsp;! Ils m’ont écrit&amp;nbsp;: merci.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
		<category term="Le roman-feuilleton" />
	</entry>
	<entry>
		<title>Ch. 6 - Flore et Vulcain</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.mouvement-transitions.fr/index.php/juste/le-roman-feuilleton/sommaire-general-des-chats-perdus/1395-ch-6-flore-et-vulcain"/>
		<published>2017-04-22T12:15:00+00:00</published>
		<updated>2017-04-22T12:15:00+00:00</updated>
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		<author>
			<name>B. Kadabra</name>
			<email>moulinesarah@gmail.com</email>
		</author>
		<summary type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 6&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Flore et Vulcain&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;22/04/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 12 mars 2017 à 17:47&amp;nbsp;:56 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:lydiabrancart@free.fr&quot;&gt;lydiabrancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;utlpp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: demande d’inscription&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bonjour,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai l’honneur de vous demander des informations pour l’inscription à la conférence « Faune, Flore et éruptions volcaniques » de &lt;em&gt;l’Université du Temps Libre aux Pas Perdus&lt;/em&gt;, mercredi 15 de 17h à 18h.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je vous prie d’agréer mes sentiments honorables,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Lydia Brancart&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 12 mars 2017 à 17:48&amp;nbsp;:01 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;utlpp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:lydiabrancart@free.fr&quot;&gt;lydiabrancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: demande d’inscription&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Madame, Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ceci est une réponse automatique. L’inscription à l’&lt;em&gt;Université du Temps Libre aux Pas Perdus&lt;/em&gt; a lieu du 1er septembre au 31 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;La cotisation annuelle est de 20 euros, et de 15 euros pour les retraités,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bien à vous,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Université du Temps Libre aux Pas Perdus&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Maison des associations. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Annexe Site de l’Horloge&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;52 rue Robespierre, Paris&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Adresse électronique :&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;utlpp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 12 mars 2017 à 18&amp;nbsp;:02&amp;nbsp;:00 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:lydiabrancart@free.fr&quot;&gt;lydiabrancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;utlpp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: demande d’inscription&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bonjour,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je ne suis pas une retraitée, je suis en 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;5, comme mon amie qui veut venir aussi, est-ce qu’il y a des réductions quand on vient pour préparer un exposé de SVT ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Merci d’avance pour la gêne occasionnée,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Lydia Brancart&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;PS&amp;nbsp;: Ceci n’est pas une réponse automatique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 12 mars 2017 à 18&amp;nbsp;:02&amp;nbsp;:05 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;utlpp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:lydiabrancart@free.fr&quot;&gt;lydiabrancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: demande d’inscription&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Madame, Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ceci est une réponse automatique. L’inscription à l’&lt;em&gt;Université du Temps Libre aux Pas Perdus&lt;/em&gt; a lieu du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; septembre au 31 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;La cotisation annuelle est de 20 euros, et de 15 euros pour les retraités,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bien à vous,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Université du Temps Libre aux Pas Perdus&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Maison des associations. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Annexe Site de l’Horloge&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;52 rue Robespierre, Paris&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Adresse électronique : &lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;utlpp&lt;/strong&gt;@orange.fr&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 14 mars 2017 à 9&amp;nbsp;:15&amp;nbsp;:34 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:lydiabrancart@free.fr&quot;&gt;lydiabrancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Cycle de conférences-projections&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Airs et mystères volcaniques&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Chère Mademoiselle,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Monsieur Changar m’a fait part de vos difficultés informatiques et de votre démarche personnelle à son bureau hier. Il m’a rapporté votre grand désir d’écouter ma conférence sur les volcans mercredi prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je me réjouis bien sûr de compter de jeunes spectateurs dans le public, et vous félicite de vous intéresser aux volcans.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Vous et votre amie pourrez assister à la conférence comme auditrices libres, il suffira que vous présentiez ce courriel à l’entrée,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bien à vous,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Anselme Frey, de l’Institut de Physique du Globe&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 15 mars 2017 à 00:32&amp;nbsp;:08 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Dupond.dupont@gmail.com&quot;&gt;Dupont.dupond@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Treck à Java&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mon cher Anselme,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;C’est bien de toi&amp;nbsp;: tu disparais&amp;nbsp;six mois, et quand tu reviens c’est pour me proposer un voyage aux antipodes. Mais je ne suis plus célibataire, moi… Bien sûr que non, je ne vais pas t’accompagner à Java. En revanche je peux te prêter mon matériel photo argentique pour les nocturnes, et j’essaierai de te retrouver les adresses de notre périple de 2007 puisque tu ne les as plus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai pensé à toi il y a deux jours en achetant à Vanves une petite toile hors de mes sujets habituels, une bizarrerie mythologique comme tu les aimes, fin XVIe et sans doute un Napolitain, avec une déesse couverte de fleurs au premier plan (Flore&amp;nbsp;?), et Vulcain qui fabrique des bijoux devant un troisième personnage indistinct, et peut-être un animal. La toile est très sombre, il faut que je la fasse restaurer, il y a des guirlandes de fleurs abîmées, la signature est un rébus, et pour l’iconographie je donne ma langue au chat&amp;nbsp;: Vulcain, c’est ton registre, pas le mien&amp;nbsp;! Moi, en dehors des natures mortes…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À propos de tes (multiples) registres, l’obsidienne, c’est bien une pierre volcanique, non&amp;nbsp;? Ophélie a déniché un lot de couteaux en obsidienne noire, on ne sait plus trop d’où viennent les pièces anciennes ces temps-ci et tout le monde ferme les yeux sur le trafic, j’espère qu’elle sait ce qu’elle fait, ça va finir par ressembler à du recel – ou pire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Si tu venais chez nous mercredi prochain (le 22) tu pourrais y jeter un coup d’œil&amp;nbsp;: on pend la crémaillère, on a invité les voisins de l’immeuble. Ça a l’air d’une bande d’originaux, mieux vaut prendre les devants. Et ça nous ferait vraiment plaisir, à Ophélie et à moi, de voir la petite Aglaé,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je t’embrasse,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Dupont&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;P.S.&amp;nbsp;: Notre adresse&amp;nbsp;: 11 rue des Clartés, code 149B, code intérieur B941, 3e étage gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 15 mars 2017 à 00:59&amp;nbsp;:07 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Dupond.dupont@gmail.com&quot;&gt;Dupont.dupond@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Treck à Java&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Salut Pompon,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;D’ici le départ à Djakarta j’ai pas mal de travail, entre la boîte et l’Institut de Physique du Globe de Paris (où je suis quasiment traité comme un chercheur associé) – ce n’est pas facile de combiner les deux en ce moment. Officiellement à Java je fais la tournée des usines de traitement de l’hévéa, qui vont mal, mais j’en profite pour corriger des relevés du Merapi et du Kawah Ijen.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je crois que je vais expliquer toute l’histoire à Aglaé, elle est trop grande maintenant pour continuer d’imaginer que je passe ma vie à arpenter les cratères. Elle risque d’être un peu déçue de comprendre que son père est un grand spécialiste de la vulcanisation des élastomères chez Michelin, mais un simple autodidacte amélioré en volcanologie. Heureusement mon livre va paraître en septembre, pour asseoir ma réputation… j’hésite encore sur le titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Un volcanologue à la Renaissance&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; &lt;em&gt;La faille d’Hephaïstos&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Les tongs d’Empédocle &lt;/em&gt;? En tout cas je ne vais pas lésiner sur le chapitre lexicologique, à commencer par la différence entre «&amp;nbsp;vUlcanologue&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;vOlcanologue&amp;nbsp;», et sur le service inattendu, en ce qui me concerne, que les industriels du pneu doivent à l’Académie française, de faire prendre les spécialistes de la vulcanisation du caoutchouc pour des aventuriers du Pinatubo !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À mercredi en 8, alors, avec plaisir, je viens avec Aglaé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Anselme&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 23 mars 8&amp;nbsp;:15&amp;nbsp;:56 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De &lt;a href=&quot;mailto:hugette.charis@orange.fr&quot;&gt;huguette.charis@orange.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:ListingClart%8Es11@orange.fr&quot;&gt;&lt;em&gt;ListingClartés11@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: NOTIFICATION&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mesdames et messieurs les résidents du 11, rue des Clartés,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ma fonction de présidente élue du bureau des copropriétaires me conduit à rappeler à tous, habitants de longue date et nouveaux arrivants, les quelques règles élémentaires de savoir-vivre afférentes à la convention intérieure de notre immeuble, adoptée par voie de vote à l’Assemblée Générale de mai 1985 et reconduite depuis lors.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Madame Brancart a été dûment mandée, comme l’ont été ses prédécesseurs, pour prévenir systématiquement les habitants du 11 rue des Clartés des nuisances sonores liées aux déambulations dans l’escalier – la porte vitrée ayant été endommagée lors de la dernière «&amp;nbsp;soirée&amp;nbsp;», nous ne pouvons plus assurer la parfaite sécurité de l’immeuble, dans un quartier où la vie nocturne est rien moins que recommandable.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Nous vous prions également d’empêcher les enfants, ainsi que les chats, de vagabonder de nuit dans les parties communes, plusieurs incidents préoccupants ayant été rapportés au syndic.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Une main courante sera déposée au commissariat si de tels manquements au règlement venaient à se reproduire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Huguette Charis,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Professeur Agrégée de grammaire,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Présidente de l’Association Culturelle des Pas Perdus,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pour les membres du bureau de la copropriété, 11 rue des Clartés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 23 mars 9&amp;nbsp;:15&amp;nbsp;:34 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Dupond.dupont@gmail.com&quot;&gt;Dupont.dupond@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Fête&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mon cher Pompon,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je vous remercie tous les deux, les fêtes ça faisait longtemps&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Votre voisin du dernier étage est très sympathique et a plutôt l’air distingué, mais quand il a appris que je m’y connaissais en faune et flore volcaniques il m’a raconté une histoire rocambolesque de visiteurs nocturnes invisibles, qui plantent des fleurs extraterrestres sur sa terrasse. Je suppose que vous êtes au courant, tout l’immeuble semble en ébullition&amp;nbsp;: c’est dans l’air du temps, n’importe quelle blague est susceptible de devenir une forme de «&amp;nbsp;menées individuelles&amp;nbsp;». La dernière fleur en date était un Lupin, ce qui prouve que les inconnus ont de l’humour, ils ont même écrit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Merci&amp;nbsp;» – mais lui était très sérieux, il voulait comprendre, et quand je lui ai dit que les volcans avaient des liens complexes avec les mutations génétiques et avec les changements climatiques, il a embrayé sur les Cent Jours, la chute de Napoléon, et le traité de Vienne, qui ont coïncidé avec «&amp;nbsp;l’année sans été&amp;nbsp;» de l’éruption du Tambora en 1815. Je ne sais pas si c’était en rapport direct avec son goût (prononcé) pour ton whisky irlandais, mais il me semble assez porté sur la science-fiction&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai aussi eu une longue conversation avec la gardienne, Adélie (j’ai oublié son nom). Aglaé n’a pas quitté sa fille Lydia de la soirée, cette gamine était venue à une conférence que j’ai donnée près de chez vous pour le 3e âge&amp;nbsp;: ça fait pas mal de coïncidences, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;P.S.&amp;nbsp;: tu diras à Ophélie que l’origine des lames d’obsidienne s’avère plus difficile à déterminer que prévu. Théoriquement, la composition chimique de l’obsidienne permet de renvoyer à un matériau géologique circonscrit, voire à une coulée unique. Mais à ma connaissance, l’obsidienne calcoalcaline provenant de la coulée externe du Yarim Tepe (qui ressemble le plus à la pierre des poignards) n’a jamais été utilisée en contexte archéologique. En clair, la provenance de la pierre n’est peut-être pas syro-mésopotamienne finalement (Anatolie&amp;nbsp;? Caucase&amp;nbsp;?), mais je n’ai pas les moyens de la NASA pour l’identifier, et si je leur envoie les échantillons pour analyse ils risquent de me demander d’où je les tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 23 mars 21&amp;nbsp;:45&amp;nbsp;:00 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Dupond.dupont@gmail.com&quot;&gt;Dupont.dupond@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Fête&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mon cher Anselme,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai donné ton mail à Furio Rosso (l’homme aux fleurs), quand il m’a dit qu’il voulait t’indiquer une adresse à Naples (mais le mail va peut-être l’embarrasser plutôt qu’autre chose, à son âge). Cet homme m’intrigue, je suis incapable de deviner ce qu’il faisait dans la vie avant la retraite&amp;nbsp;: il t’en a parlé&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai plaisanté hier sur ta reconversion professionnelle paronomastique (et pyroclastique – tu vois que je fais des efforts de vocabulaire technique), mais au fond je t’envie, à huit ans tu savais déjà tout sur les volcans, ça n’est que justice. Plus personne ne peut te prendre pour un imposteur maintenant, même si Aglaé inonde le collège des exploits de son père.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;On prend un café avant ton départ&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pompon (il n’y a vraiment plus que toi pour m’appeler comme ça&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Journal des résolutions d’Anselme&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Encore pas résisté chez Pompon, un petit poignard ancien parmi les pièces en obsidienne qu’il m’a demandé d’expertiser. Il faut que je voie quelqu’un, ça ne peut plus durer. Ophélie n’avait pas eu le temps d’inventorier tout le stock, elle n’aura rien remarqué, mais j’ai recommencé à bégayer tout le reste de la soirée, ça ne rate pas, les deux sont liés je ne sais comment. Pourquoi un poignard, grand dieu&amp;nbsp;? En plus juste après Éric m’a montré un petit tableau qu’il a trouvé dans un lot de mise sous séquestre, qu’il a dit vouloir m’offrir sous prétexte que c’est un Vulcain – alors que j’avais dans la poche le poignard subtilisé.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Rendre le poignard, maintenant, voilà le mot d’ordre&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;Mademoiselle Rosalie Charis&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;11 rue des Clartés&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;4e étage droite&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Chère Rosalie,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je t’envoie une vraie lettre sous ton paillasson parce que maman dit qu’internet ce n’est pas sûr, il y a des gens qui savent tout ce qu’on écrit, et même tout ce qu’on REGARDE tu te rends compte&amp;nbsp;? Or ce que je veux te raconter est de la PLUS HAUTE IMPORTANCE. J’ai des timbres du courrier jamais réclamé de l’immeuble que maman garde dans la loge, et je t’écris sur le papier du CDI.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mercredi soir, pendant la fête chez les voisins du 3e étage (c’est trop pas de chance que ta mère n’ait pas voulu que tu viennes, il paraît qu’elle a râlé contre le bruit et qu’elle a affiché sur la porte du hall un mot à la police), j’ai découvert que le vieux monsieur du 9e, Monsieur Rosso, qui m’a fait peur l’autre jour en me glissant d’un drôle d’air une fleur dans la main, était le centre d’un ÉPAIS MYSTÈRE. Des inconnus invisibles qui entrent par un moyen non élucidé font pousser des fleurs mystérieuses avec des cailloux dans du sable, la nuit sur sa terrasse – il m’a montré la terrasse, on voit la Tour Eiffel qui scintille et même la cour du collège. Tu te souviens de l’histoire des mandragores et des détraqueurs dans Harry Potter&amp;nbsp;? Eh bien les adultes avaient l’air de ne pas être très au courant. Et pourtant tu sais quoi, maman m’a dit que la nouvelle dame du 3e étage, Madame Mesrine, la femme de Monsieur Dupont, c’est la nièce d’un terroriste d’avant sa naissance (je veux dire d’avant la naissance de maman, parce qu’il y en avait déjà en 1979&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Donc j’ai décidé de mener mon enquête, ça serait super si tu pouvais t’associer. J’ai caché la fleur au milieu des autres dans mon herbier, on y mettra tous les indices qu’on trouvera. Il nous faut un mot de passe, un code pour les sms, un groupe Whatsapp spécial, et aussi un local. Pour le local j’ai pensé à la petite pièce vide à côté du garage à poussettes à la crèche. On pourrait s’y retrouver après-demain, avant d’emmener Martin et les petits au square&amp;nbsp;: maman n’est jamais là, elle va voir une copine tous les mercredis de 5h à 6h.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pendant la fête j’ai aussi rencontré une fille de sixième, Aglaé, et le plus bizarre c’est qu’elle était avec son père, et que son père c’est celui qui a fait la conférence mercredi dernier pour l’exposé sur les volcans, tu te souviens&amp;nbsp;? Elle m’a dit qu’elle l’accompagnait à chaque fois qu’il y avait une éruption volcanique dans le monde, mais elle ne voulait pas en parler parce que c’est secret, et sa mère ne le sait pas, ils sont divorcés. Je suis sûre qu’elle aimerait faire partie du club de détectives. Bien sûr ce serait mieux d’avoir une grande. Elle est gentille, mais c’est une petite.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Réfléchis au code et à ton pseudonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;On pourrait dire qu’on ne prend que des lettres d’imprimerie qui s’écrivent pareil en majuscules et en minuscules, comme C O I S U V W X Z&amp;nbsp;? Comme ça on verra si quelqu’un vient et se trompe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Lydia, signée COSI&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;Mademoiselle Lydia Brancart&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;11 rue des Clartés&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;Rez-de-chaussée&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Chère Lydia,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;C’est trop bizarre ce que tu m’as dit, ma mère elle pense que la fleur ça vient du réchauffement climatique, il y a des nouvelles graines qui sortent des glaciers quand ils fondent, et aussi des champignons vénéneux géants, comme dans &lt;em&gt;L’Île mystérieuse&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pour le code, dommage que tu ne fasses pas latin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai déjà vu la dame du 3e étage, elle s’appelle Ophélie (comme l’actrice), moi je m’occuperai de leur chat quand ils partiront.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À mercredi dans le local secret&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Rosalie, Signée VOICI&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;PS&amp;nbsp;: à part l’enquête, quand est-ce qu’on se réunit pour l’exposé sur les volcans&amp;nbsp;? On peut s’envoyer des documents sur Whatsapp ou par mail, ça ne risque rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 24 mars 17&amp;nbsp;:30&amp;nbsp;:45 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De &lt;a href=&quot;mailto:Lydia.brancart@free.fr&quot;&gt;Lydia.brancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Rosalie.Charis@gmail.com&quot;&gt;Rosalie.Charis@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Urgent&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À propos de ce que tu sais, Rosalie le champignon géant c’est &lt;em&gt;l’Étoile mystérieuse&lt;/em&gt;, pas &lt;em&gt;l’Île Mystérieuse&lt;/em&gt;. Et tu peux pas prendre VOICI comme ps…do, comme ça veut déjà dire quelque chose en cas de danger je peux pas reconnaître que c’est toi&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Tu peux pas non plus t’appeler «&amp;nbsp;VOUS », ni «&amp;nbsp;VOIX », ni «&amp;nbsp;SIOUX&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Qu’est-ce que tu penses de XU-WO&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 24 mars 17&amp;nbsp;:33&amp;nbsp;:45 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Rosalie.Charis@gmail.com&quot;&gt;Rosalie.Charis@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Lydia.brancart@free.fr&quot;&gt;Lydia.brancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Urgent&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Non, pas Xu-Wo, je n’aime pas le U, ni le W, comme lettres !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;VICO alors&amp;nbsp;? (Vico ça veut rien dire, sauf la purée). Je te dirai au collège.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Journal des résolutions d’Anselme.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Préparer la suite de la comm d’hier sur la résistance des matériaux et la cristallisation du caoutchouc au séminaire Goodyear-France à Rueil.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Bizarre impression, pendant que je parlais, que mes deux métiers se contredisent dans le temps. L’un, résister au temps, durer, l’autre, le prévoir. L’un, à l’échelle d’années, l’autre, de millions d’années – ou de quelques heures. Mais tous les deux, affaire d’élasticité, de rupture, d’anticipation ; tout ce que je ne sais pas faire, moi. Prévoir, placer dans le temps, avant, pendant, le laps. Ce qui reste. Ce qu’on risque. Le vieux l’autre jour m’a dit un truc frappant à ce sujet.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Tumulte dans les priorités. Procrastination. Viscosité, lenteur.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Rien préparé pour le voyage. Il faut écrire à Lily. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;À l’idée d’y revenir depuis quelque temps je repense bizarrement au bloc de soufre rapporté de l’ascension du Kawah Ijen, c’était un crime de l’avoir jeté pendant le déménagement. Maintenant ça ne serait pas possible d’embarquer un gros bloc jaune comme ça dans un avion, on commencerait par me le découper en tranches. Je n’ai pas oublié le visage du porteur à qui on l’avait acheté, il me semble que je le reconnaîtrais. Mais il est peut-être mort, depuis. Ils ne survivent pas au delà de 40 ans. Je me souviens aussi exactement du sarong que j’avais échangé contre le soufre ; pourtant j’ai jeté le soufre, sans réfléchir. Si, je suppose que je me suis donné des excuses, à l’époque (jeter le soufre – souffrance, souvenirs, etc.) Ca ne marche pas comme ça, évidemment. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Maintenant le Kawah Ijen ça sera purement &lt;/em&gt;professionnel&lt;em&gt;. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Il faut aussi que je me remette à l’indonésien, j’ai l’impression d’avoir beaucoup perdu.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Je me demande si c’est la soirée chez Dupont et Ophélie qui m’a rendu mélancolique. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Se secouer. Être un escargot patient qui attend le retour de la pluie. Ou le caoutchouc naturel qui attend la cristallisation.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Mais avant tout, rendre le poignard – au milieu des échantillons d’obsidienne. Ni vu ni connu.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : 24 mars 9&amp;nbsp;:15&amp;nbsp;:34 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Furiorosso@ardoiz.fr&quot;&gt;Furiorosso@ardoiz.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Pour poursuivre notre entretien&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Cher Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je vous remercie d’avoir pensé à m’écrire cette adresse, je ne manquerai pas de rendre visite de votre part à votre cousine lors de mon prochain voyage à Naples l’été prochain. Entretemps j'ai retrouvé ce à quoi me faisait penser hier soir le récit de la fleur surgie du sable pendant votre endormissement : c’est un rêve de Gabriel Tarde, le sociologue, un rêve de novembre 1870, de fleurs étranges et de dunes de sable, ça se passe à Soulac-sur-mer (ville qui depuis l’été 2015 se trouve bizarrement de nouveau menacée par l’érosion du littoral)&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Dans la nuit, je ne manquais pas de rêver aux ruines de Soulac, cette ville retrouvée sous les sables à l’extrémité de la presqu’île du Médoc&amp;nbsp;; je les visitais avec leur inventeur, qui m’entretenait de ses futures découvertes. «&amp;nbsp;Je m’étonne, me disait-il, que certains indices, visibles à l’œil le plus indifférent, n’aient pas révélé plus tôt l’existence de ces villes englouties du littoral. Ici, voyez cette saillie visible sous la neige (le sable, en effet, était devenu de la neige et je ne remarquais point cette métamorphose)&amp;nbsp;; grattez un peu, vous trouverez un clocher&amp;nbsp;; Plus loin, voyez d’autres saillies plus nombreuses et d’une autre forme. C’est l’extrémité de grosses fleurs particulières à l’ancienne flore de ces lieux, et qui ne se retrouvent plus dans nos climats…&amp;nbsp;» J’eus la curiosité de déterrer l’une de ces fleurs, qui avait la forme et presque le volume d’une coupole musulmane. J’ouvre cette énorme fleur, et, à ma grande surprise, j’y trouve du coton, et je me dis à l’instant&amp;nbsp;: c’est du cotonnier.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ca vaut presque l’étrangeté des crocus et des papyrus de Santorin dont vous parliez, qui fleurissent partout sur les mosaïques du site antique d’Akrotiri alors qu’ils n’ont jamais poussé sur l’île elle-même !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;En espérant qu’il n’y a pas de ville engloutie dans le projet de vos visiteurs et que vous trouverez bien vite le moyen d’éclaircir le mystère.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bien cordialement,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Anselme Frey&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Laboratoire d’études volcanologiques&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;1, rue Jussieu&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;75005 Paris&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ipgp.fr&quot;&gt;www.ipgp.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;strong&gt;Whatsapp Groupe Rosalydia-5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;5&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;- &lt;strong&gt;De Lydia&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;: Coucou Rosalie,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pour l’exposé, le père d’Aglaé, celui qui avait fait la conférence sur les volcans, m’a conseillé d’emprunter à la bibliothèque un livre qui raconte une aventure sur l’Etna. C’est l’histoire d’un jeune homme, Georges Sand, qui a fait le voyage tout seul. On pourrait prendre ce passage pour l’introduction, ça raconte une ascension de l’Etna, je te photographie la page&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Si je parviens seul au terme de ce désert terrible et majestueux, je n’aurai pas à essuyer les éternels et fatigants avis d’un guide qui veut se rendre nécessaire et doubler son importance, en vous exagérant les dangers du chemin. Je n’aurai pas non plus l’importune distraction de ses explications plates et grossières, ni l’inquiétante contrariété de ses fatigues feintes ou réelles, ni l’embarras de ces mille ruses perfides par lesquelles ils cherchent à faire doubler leur salaire et manquer votre voyage.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pendant qu’on lira la suite, on pourrait projeter des photos d’éruption de nuit pour rendre le sentiment :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Il faut être seul pour sentir toute l’exaltation qu’une nuit sur l’Etna est capable d’inspirer : la présence d’un être de mon espèce me rappellerait que je suis un homme, et seul avec le vent et la neige, j’espère l’oublier. Je veux pouvoir enfin abandonner mon âme au désordre de ces éléments fougueux qui règnent en maîtres absolus sur une terre déchirée et bouleversée chaque jour au gré de leur caprice. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;br&gt; &lt;/em&gt;Mais je coupe la phrase suivante, tu vas voir&amp;nbsp;: il casse tout, Georges Sand, de dire que le volcan n’est pas périlleux&amp;nbsp;!!&lt;em&gt;&lt;br&gt; Le jeune homme, dans son enthousiasme, ne manqua pas de s’identifier avec Empédocle. Sa situation l’exigeait rigoureusement, quoiqu’il fît le plus beau temps du monde, et que rien ne rendît l’approche du volcan périlleuse. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;- &lt;strong&gt;De Rosalie&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;: George Sand ça s’écrit sans s, et c’est une femme, pas un homme&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;- &lt;strong&gt;De Lydia&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;: C pas une femme puisKil dit «&amp;nbsp;me rappellerait que je suis un homme&amp;nbsp;»&amp;nbsp;!!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;- &lt;strong&gt;De Rosalie&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;: Peut-être que c’est homme comme homme pas comme animal, c’est l’espèce, en tout cas George Sand c’est une femme, c’est ma mère qui me l’a dit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;- &lt;strong&gt;De Lydia&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;: Alors pourquoi «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le jeune homme, dans son enthousiasme, ne manqua pas de s’identifier avec Empédocle&lt;/em&gt;»&amp;nbsp;? tu crois qu’Empédocle c’est une femme&amp;nbsp;? Aglaé, elle a un escargot qui s’appelle Empédocle, je lui demanderai.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 25 mars 2017&amp;nbsp;: 09&amp;nbsp;:15&amp;nbsp;:56&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Alicia.Fray@free.fr&quot;&gt;Alicia.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Sororal&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ma chère Lily,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je pars à Java dans 15 jours, j’espère que tu es toujours libre pour Aglaé, qui ne s’est pas trop fait prier pour échanger un peu son père contre sa tante.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Aglaé s’est enfin intéressée à l’escargot Empédocle, elle a eu un cours sur la reproduction sexuelle, je lui ai expliqué ce que c’est qu’un hermaphrodite, elle a eu l’air déçu qu’il n’ait pas fabriqué absolument tout seul les trente petits apparus il y a quinze jours dans la terre de la plante verte&amp;nbsp;! Ils font maintenant un demi-centimètre, ils s’escaladent les uns les autres, jusqu’à ce que toute la colonne s’écroule, inlassablement. Depuis que je l’ai retrouvé vivant au retour de l’été, après un mois sans eau, en suivant ses traces sur le tapis que j’ai prises pour un rouleau de scotch, mais un rouleau de scotch qui ferait des allers et retours, je me suis pris d’affection pour ce patriarche (ou matriarche). J’avais peur que Pline le malmène mais il ne s’intéresse pas aux gastéropodes, le chat Pline ne s’intéresse décidément qu’aux pigeons.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je te laisserai les clés, Aglaé s’occupe du chat et toi d’elle, des escargots et… de ma procuration&amp;nbsp;? (le bureau de vote c’est l’école d’Aglaé)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je t’embrasse,&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ton grand frère affectionné, Anselme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<content type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 6&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Flore et Vulcain&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;22/04/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 12 mars 2017 à 17:47&amp;nbsp;:56 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:lydiabrancart@free.fr&quot;&gt;lydiabrancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;utlpp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: demande d’inscription&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bonjour,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai l’honneur de vous demander des informations pour l’inscription à la conférence « Faune, Flore et éruptions volcaniques » de &lt;em&gt;l’Université du Temps Libre aux Pas Perdus&lt;/em&gt;, mercredi 15 de 17h à 18h.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je vous prie d’agréer mes sentiments honorables,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Lydia Brancart&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 12 mars 2017 à 17:48&amp;nbsp;:01 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;utlpp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:lydiabrancart@free.fr&quot;&gt;lydiabrancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: demande d’inscription&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Madame, Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ceci est une réponse automatique. L’inscription à l’&lt;em&gt;Université du Temps Libre aux Pas Perdus&lt;/em&gt; a lieu du 1er septembre au 31 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;La cotisation annuelle est de 20 euros, et de 15 euros pour les retraités,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bien à vous,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Université du Temps Libre aux Pas Perdus&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Maison des associations. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Annexe Site de l’Horloge&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;52 rue Robespierre, Paris&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Adresse électronique :&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;utlpp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 12 mars 2017 à 18&amp;nbsp;:02&amp;nbsp;:00 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:lydiabrancart@free.fr&quot;&gt;lydiabrancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;utlpp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: demande d’inscription&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bonjour,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je ne suis pas une retraitée, je suis en 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;5, comme mon amie qui veut venir aussi, est-ce qu’il y a des réductions quand on vient pour préparer un exposé de SVT ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Merci d’avance pour la gêne occasionnée,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Lydia Brancart&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;PS&amp;nbsp;: Ceci n’est pas une réponse automatique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 12 mars 2017 à 18&amp;nbsp;:02&amp;nbsp;:05 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;utlpp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:lydiabrancart@free.fr&quot;&gt;lydiabrancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: demande d’inscription&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Madame, Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ceci est une réponse automatique. L’inscription à l’&lt;em&gt;Université du Temps Libre aux Pas Perdus&lt;/em&gt; a lieu du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; septembre au 31 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;La cotisation annuelle est de 20 euros, et de 15 euros pour les retraités,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bien à vous,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Université du Temps Libre aux Pas Perdus&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Maison des associations. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Annexe Site de l’Horloge&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;52 rue Robespierre, Paris&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Adresse électronique : &lt;a href=&quot;mailto:utlpp@orange.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;utlpp&lt;/strong&gt;@orange.fr&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 14 mars 2017 à 9&amp;nbsp;:15&amp;nbsp;:34 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:lydiabrancart@free.fr&quot;&gt;lydiabrancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Cycle de conférences-projections&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Airs et mystères volcaniques&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Chère Mademoiselle,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Monsieur Changar m’a fait part de vos difficultés informatiques et de votre démarche personnelle à son bureau hier. Il m’a rapporté votre grand désir d’écouter ma conférence sur les volcans mercredi prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je me réjouis bien sûr de compter de jeunes spectateurs dans le public, et vous félicite de vous intéresser aux volcans.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Vous et votre amie pourrez assister à la conférence comme auditrices libres, il suffira que vous présentiez ce courriel à l’entrée,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bien à vous,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Anselme Frey, de l’Institut de Physique du Globe&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 15 mars 2017 à 00:32&amp;nbsp;:08 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Dupond.dupont@gmail.com&quot;&gt;Dupont.dupond@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Treck à Java&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mon cher Anselme,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;C’est bien de toi&amp;nbsp;: tu disparais&amp;nbsp;six mois, et quand tu reviens c’est pour me proposer un voyage aux antipodes. Mais je ne suis plus célibataire, moi… Bien sûr que non, je ne vais pas t’accompagner à Java. En revanche je peux te prêter mon matériel photo argentique pour les nocturnes, et j’essaierai de te retrouver les adresses de notre périple de 2007 puisque tu ne les as plus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai pensé à toi il y a deux jours en achetant à Vanves une petite toile hors de mes sujets habituels, une bizarrerie mythologique comme tu les aimes, fin XVIe et sans doute un Napolitain, avec une déesse couverte de fleurs au premier plan (Flore&amp;nbsp;?), et Vulcain qui fabrique des bijoux devant un troisième personnage indistinct, et peut-être un animal. La toile est très sombre, il faut que je la fasse restaurer, il y a des guirlandes de fleurs abîmées, la signature est un rébus, et pour l’iconographie je donne ma langue au chat&amp;nbsp;: Vulcain, c’est ton registre, pas le mien&amp;nbsp;! Moi, en dehors des natures mortes…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À propos de tes (multiples) registres, l’obsidienne, c’est bien une pierre volcanique, non&amp;nbsp;? Ophélie a déniché un lot de couteaux en obsidienne noire, on ne sait plus trop d’où viennent les pièces anciennes ces temps-ci et tout le monde ferme les yeux sur le trafic, j’espère qu’elle sait ce qu’elle fait, ça va finir par ressembler à du recel – ou pire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Si tu venais chez nous mercredi prochain (le 22) tu pourrais y jeter un coup d’œil&amp;nbsp;: on pend la crémaillère, on a invité les voisins de l’immeuble. Ça a l’air d’une bande d’originaux, mieux vaut prendre les devants. Et ça nous ferait vraiment plaisir, à Ophélie et à moi, de voir la petite Aglaé,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je t’embrasse,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Dupont&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;P.S.&amp;nbsp;: Notre adresse&amp;nbsp;: 11 rue des Clartés, code 149B, code intérieur B941, 3e étage gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 15 mars 2017 à 00:59&amp;nbsp;:07 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Dupond.dupont@gmail.com&quot;&gt;Dupont.dupond@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Treck à Java&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Salut Pompon,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;D’ici le départ à Djakarta j’ai pas mal de travail, entre la boîte et l’Institut de Physique du Globe de Paris (où je suis quasiment traité comme un chercheur associé) – ce n’est pas facile de combiner les deux en ce moment. Officiellement à Java je fais la tournée des usines de traitement de l’hévéa, qui vont mal, mais j’en profite pour corriger des relevés du Merapi et du Kawah Ijen.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je crois que je vais expliquer toute l’histoire à Aglaé, elle est trop grande maintenant pour continuer d’imaginer que je passe ma vie à arpenter les cratères. Elle risque d’être un peu déçue de comprendre que son père est un grand spécialiste de la vulcanisation des élastomères chez Michelin, mais un simple autodidacte amélioré en volcanologie. Heureusement mon livre va paraître en septembre, pour asseoir ma réputation… j’hésite encore sur le titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Un volcanologue à la Renaissance&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; &lt;em&gt;La faille d’Hephaïstos&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Les tongs d’Empédocle &lt;/em&gt;? En tout cas je ne vais pas lésiner sur le chapitre lexicologique, à commencer par la différence entre «&amp;nbsp;vUlcanologue&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;vOlcanologue&amp;nbsp;», et sur le service inattendu, en ce qui me concerne, que les industriels du pneu doivent à l’Académie française, de faire prendre les spécialistes de la vulcanisation du caoutchouc pour des aventuriers du Pinatubo !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À mercredi en 8, alors, avec plaisir, je viens avec Aglaé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Anselme&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 23 mars 8&amp;nbsp;:15&amp;nbsp;:56 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De &lt;a href=&quot;mailto:hugette.charis@orange.fr&quot;&gt;huguette.charis@orange.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:ListingClart%8Es11@orange.fr&quot;&gt;&lt;em&gt;ListingClartés11@orange.fr&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: NOTIFICATION&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mesdames et messieurs les résidents du 11, rue des Clartés,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ma fonction de présidente élue du bureau des copropriétaires me conduit à rappeler à tous, habitants de longue date et nouveaux arrivants, les quelques règles élémentaires de savoir-vivre afférentes à la convention intérieure de notre immeuble, adoptée par voie de vote à l’Assemblée Générale de mai 1985 et reconduite depuis lors.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Madame Brancart a été dûment mandée, comme l’ont été ses prédécesseurs, pour prévenir systématiquement les habitants du 11 rue des Clartés des nuisances sonores liées aux déambulations dans l’escalier – la porte vitrée ayant été endommagée lors de la dernière «&amp;nbsp;soirée&amp;nbsp;», nous ne pouvons plus assurer la parfaite sécurité de l’immeuble, dans un quartier où la vie nocturne est rien moins que recommandable.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Nous vous prions également d’empêcher les enfants, ainsi que les chats, de vagabonder de nuit dans les parties communes, plusieurs incidents préoccupants ayant été rapportés au syndic.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Une main courante sera déposée au commissariat si de tels manquements au règlement venaient à se reproduire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Huguette Charis,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Professeur Agrégée de grammaire,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Présidente de l’Association Culturelle des Pas Perdus,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pour les membres du bureau de la copropriété, 11 rue des Clartés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 23 mars 9&amp;nbsp;:15&amp;nbsp;:34 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Dupond.dupont@gmail.com&quot;&gt;Dupont.dupond@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Fête&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mon cher Pompon,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je vous remercie tous les deux, les fêtes ça faisait longtemps&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Votre voisin du dernier étage est très sympathique et a plutôt l’air distingué, mais quand il a appris que je m’y connaissais en faune et flore volcaniques il m’a raconté une histoire rocambolesque de visiteurs nocturnes invisibles, qui plantent des fleurs extraterrestres sur sa terrasse. Je suppose que vous êtes au courant, tout l’immeuble semble en ébullition&amp;nbsp;: c’est dans l’air du temps, n’importe quelle blague est susceptible de devenir une forme de «&amp;nbsp;menées individuelles&amp;nbsp;». La dernière fleur en date était un Lupin, ce qui prouve que les inconnus ont de l’humour, ils ont même écrit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Merci&amp;nbsp;» – mais lui était très sérieux, il voulait comprendre, et quand je lui ai dit que les volcans avaient des liens complexes avec les mutations génétiques et avec les changements climatiques, il a embrayé sur les Cent Jours, la chute de Napoléon, et le traité de Vienne, qui ont coïncidé avec «&amp;nbsp;l’année sans été&amp;nbsp;» de l’éruption du Tambora en 1815. Je ne sais pas si c’était en rapport direct avec son goût (prononcé) pour ton whisky irlandais, mais il me semble assez porté sur la science-fiction&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai aussi eu une longue conversation avec la gardienne, Adélie (j’ai oublié son nom). Aglaé n’a pas quitté sa fille Lydia de la soirée, cette gamine était venue à une conférence que j’ai donnée près de chez vous pour le 3e âge&amp;nbsp;: ça fait pas mal de coïncidences, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;P.S.&amp;nbsp;: tu diras à Ophélie que l’origine des lames d’obsidienne s’avère plus difficile à déterminer que prévu. Théoriquement, la composition chimique de l’obsidienne permet de renvoyer à un matériau géologique circonscrit, voire à une coulée unique. Mais à ma connaissance, l’obsidienne calcoalcaline provenant de la coulée externe du Yarim Tepe (qui ressemble le plus à la pierre des poignards) n’a jamais été utilisée en contexte archéologique. En clair, la provenance de la pierre n’est peut-être pas syro-mésopotamienne finalement (Anatolie&amp;nbsp;? Caucase&amp;nbsp;?), mais je n’ai pas les moyens de la NASA pour l’identifier, et si je leur envoie les échantillons pour analyse ils risquent de me demander d’où je les tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 23 mars 21&amp;nbsp;:45&amp;nbsp;:00 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Dupond.dupont@gmail.com&quot;&gt;Dupont.dupond@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Fête&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mon cher Anselme,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai donné ton mail à Furio Rosso (l’homme aux fleurs), quand il m’a dit qu’il voulait t’indiquer une adresse à Naples (mais le mail va peut-être l’embarrasser plutôt qu’autre chose, à son âge). Cet homme m’intrigue, je suis incapable de deviner ce qu’il faisait dans la vie avant la retraite&amp;nbsp;: il t’en a parlé&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai plaisanté hier sur ta reconversion professionnelle paronomastique (et pyroclastique – tu vois que je fais des efforts de vocabulaire technique), mais au fond je t’envie, à huit ans tu savais déjà tout sur les volcans, ça n’est que justice. Plus personne ne peut te prendre pour un imposteur maintenant, même si Aglaé inonde le collège des exploits de son père.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;On prend un café avant ton départ&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pompon (il n’y a vraiment plus que toi pour m’appeler comme ça&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Journal des résolutions d’Anselme&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Encore pas résisté chez Pompon, un petit poignard ancien parmi les pièces en obsidienne qu’il m’a demandé d’expertiser. Il faut que je voie quelqu’un, ça ne peut plus durer. Ophélie n’avait pas eu le temps d’inventorier tout le stock, elle n’aura rien remarqué, mais j’ai recommencé à bégayer tout le reste de la soirée, ça ne rate pas, les deux sont liés je ne sais comment. Pourquoi un poignard, grand dieu&amp;nbsp;? En plus juste après Éric m’a montré un petit tableau qu’il a trouvé dans un lot de mise sous séquestre, qu’il a dit vouloir m’offrir sous prétexte que c’est un Vulcain – alors que j’avais dans la poche le poignard subtilisé.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Rendre le poignard, maintenant, voilà le mot d’ordre&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;Mademoiselle Rosalie Charis&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;11 rue des Clartés&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;4e étage droite&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Chère Rosalie,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je t’envoie une vraie lettre sous ton paillasson parce que maman dit qu’internet ce n’est pas sûr, il y a des gens qui savent tout ce qu’on écrit, et même tout ce qu’on REGARDE tu te rends compte&amp;nbsp;? Or ce que je veux te raconter est de la PLUS HAUTE IMPORTANCE. J’ai des timbres du courrier jamais réclamé de l’immeuble que maman garde dans la loge, et je t’écris sur le papier du CDI.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mercredi soir, pendant la fête chez les voisins du 3e étage (c’est trop pas de chance que ta mère n’ait pas voulu que tu viennes, il paraît qu’elle a râlé contre le bruit et qu’elle a affiché sur la porte du hall un mot à la police), j’ai découvert que le vieux monsieur du 9e, Monsieur Rosso, qui m’a fait peur l’autre jour en me glissant d’un drôle d’air une fleur dans la main, était le centre d’un ÉPAIS MYSTÈRE. Des inconnus invisibles qui entrent par un moyen non élucidé font pousser des fleurs mystérieuses avec des cailloux dans du sable, la nuit sur sa terrasse – il m’a montré la terrasse, on voit la Tour Eiffel qui scintille et même la cour du collège. Tu te souviens de l’histoire des mandragores et des détraqueurs dans Harry Potter&amp;nbsp;? Eh bien les adultes avaient l’air de ne pas être très au courant. Et pourtant tu sais quoi, maman m’a dit que la nouvelle dame du 3e étage, Madame Mesrine, la femme de Monsieur Dupont, c’est la nièce d’un terroriste d’avant sa naissance (je veux dire d’avant la naissance de maman, parce qu’il y en avait déjà en 1979&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Donc j’ai décidé de mener mon enquête, ça serait super si tu pouvais t’associer. J’ai caché la fleur au milieu des autres dans mon herbier, on y mettra tous les indices qu’on trouvera. Il nous faut un mot de passe, un code pour les sms, un groupe Whatsapp spécial, et aussi un local. Pour le local j’ai pensé à la petite pièce vide à côté du garage à poussettes à la crèche. On pourrait s’y retrouver après-demain, avant d’emmener Martin et les petits au square&amp;nbsp;: maman n’est jamais là, elle va voir une copine tous les mercredis de 5h à 6h.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pendant la fête j’ai aussi rencontré une fille de sixième, Aglaé, et le plus bizarre c’est qu’elle était avec son père, et que son père c’est celui qui a fait la conférence mercredi dernier pour l’exposé sur les volcans, tu te souviens&amp;nbsp;? Elle m’a dit qu’elle l’accompagnait à chaque fois qu’il y avait une éruption volcanique dans le monde, mais elle ne voulait pas en parler parce que c’est secret, et sa mère ne le sait pas, ils sont divorcés. Je suis sûre qu’elle aimerait faire partie du club de détectives. Bien sûr ce serait mieux d’avoir une grande. Elle est gentille, mais c’est une petite.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Réfléchis au code et à ton pseudonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;On pourrait dire qu’on ne prend que des lettres d’imprimerie qui s’écrivent pareil en majuscules et en minuscules, comme C O I S U V W X Z&amp;nbsp;? Comme ça on verra si quelqu’un vient et se trompe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Lydia, signée COSI&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;Mademoiselle Lydia Brancart&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;11 rue des Clartés&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable center&quot; style=&quot;padding-left: 210px;&quot;&gt;Rez-de-chaussée&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Chère Lydia,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;C’est trop bizarre ce que tu m’as dit, ma mère elle pense que la fleur ça vient du réchauffement climatique, il y a des nouvelles graines qui sortent des glaciers quand ils fondent, et aussi des champignons vénéneux géants, comme dans &lt;em&gt;L’Île mystérieuse&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pour le code, dommage que tu ne fasses pas latin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai déjà vu la dame du 3e étage, elle s’appelle Ophélie (comme l’actrice), moi je m’occuperai de leur chat quand ils partiront.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À mercredi dans le local secret&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Rosalie, Signée VOICI&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;PS&amp;nbsp;: à part l’enquête, quand est-ce qu’on se réunit pour l’exposé sur les volcans&amp;nbsp;? On peut s’envoyer des documents sur Whatsapp ou par mail, ça ne risque rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 24 mars 17&amp;nbsp;:30&amp;nbsp;:45 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De &lt;a href=&quot;mailto:Lydia.brancart@free.fr&quot;&gt;Lydia.brancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Rosalie.Charis@gmail.com&quot;&gt;Rosalie.Charis@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Urgent&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À propos de ce que tu sais, Rosalie le champignon géant c’est &lt;em&gt;l’Étoile mystérieuse&lt;/em&gt;, pas &lt;em&gt;l’Île Mystérieuse&lt;/em&gt;. Et tu peux pas prendre VOICI comme ps…do, comme ça veut déjà dire quelque chose en cas de danger je peux pas reconnaître que c’est toi&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Tu peux pas non plus t’appeler «&amp;nbsp;VOUS », ni «&amp;nbsp;VOIX », ni «&amp;nbsp;SIOUX&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Qu’est-ce que tu penses de XU-WO&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 24 mars 17&amp;nbsp;:33&amp;nbsp;:45 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Rosalie.Charis@gmail.com&quot;&gt;Rosalie.Charis@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Lydia.brancart@free.fr&quot;&gt;Lydia.brancart@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Urgent&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Non, pas Xu-Wo, je n’aime pas le U, ni le W, comme lettres !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;VICO alors&amp;nbsp;? (Vico ça veut rien dire, sauf la purée). Je te dirai au collège.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Journal des résolutions d’Anselme.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Préparer la suite de la comm d’hier sur la résistance des matériaux et la cristallisation du caoutchouc au séminaire Goodyear-France à Rueil.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Bizarre impression, pendant que je parlais, que mes deux métiers se contredisent dans le temps. L’un, résister au temps, durer, l’autre, le prévoir. L’un, à l’échelle d’années, l’autre, de millions d’années – ou de quelques heures. Mais tous les deux, affaire d’élasticité, de rupture, d’anticipation ; tout ce que je ne sais pas faire, moi. Prévoir, placer dans le temps, avant, pendant, le laps. Ce qui reste. Ce qu’on risque. Le vieux l’autre jour m’a dit un truc frappant à ce sujet.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Tumulte dans les priorités. Procrastination. Viscosité, lenteur.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Rien préparé pour le voyage. Il faut écrire à Lily. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;À l’idée d’y revenir depuis quelque temps je repense bizarrement au bloc de soufre rapporté de l’ascension du Kawah Ijen, c’était un crime de l’avoir jeté pendant le déménagement. Maintenant ça ne serait pas possible d’embarquer un gros bloc jaune comme ça dans un avion, on commencerait par me le découper en tranches. Je n’ai pas oublié le visage du porteur à qui on l’avait acheté, il me semble que je le reconnaîtrais. Mais il est peut-être mort, depuis. Ils ne survivent pas au delà de 40 ans. Je me souviens aussi exactement du sarong que j’avais échangé contre le soufre ; pourtant j’ai jeté le soufre, sans réfléchir. Si, je suppose que je me suis donné des excuses, à l’époque (jeter le soufre – souffrance, souvenirs, etc.) Ca ne marche pas comme ça, évidemment. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Maintenant le Kawah Ijen ça sera purement &lt;/em&gt;professionnel&lt;em&gt;. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Il faut aussi que je me remette à l’indonésien, j’ai l’impression d’avoir beaucoup perdu.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Je me demande si c’est la soirée chez Dupont et Ophélie qui m’a rendu mélancolique. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Se secouer. Être un escargot patient qui attend le retour de la pluie. Ou le caoutchouc naturel qui attend la cristallisation.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Mais avant tout, rendre le poignard – au milieu des échantillons d’obsidienne. Ni vu ni connu.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : 24 mars 9&amp;nbsp;:15&amp;nbsp;:34 UTC+2&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Furiorosso@ardoiz.fr&quot;&gt;Furiorosso@ardoiz.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Re&amp;nbsp;: Pour poursuivre notre entretien&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Cher Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je vous remercie d’avoir pensé à m’écrire cette adresse, je ne manquerai pas de rendre visite de votre part à votre cousine lors de mon prochain voyage à Naples l’été prochain. Entretemps j'ai retrouvé ce à quoi me faisait penser hier soir le récit de la fleur surgie du sable pendant votre endormissement : c’est un rêve de Gabriel Tarde, le sociologue, un rêve de novembre 1870, de fleurs étranges et de dunes de sable, ça se passe à Soulac-sur-mer (ville qui depuis l’été 2015 se trouve bizarrement de nouveau menacée par l’érosion du littoral)&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Dans la nuit, je ne manquais pas de rêver aux ruines de Soulac, cette ville retrouvée sous les sables à l’extrémité de la presqu’île du Médoc&amp;nbsp;; je les visitais avec leur inventeur, qui m’entretenait de ses futures découvertes. «&amp;nbsp;Je m’étonne, me disait-il, que certains indices, visibles à l’œil le plus indifférent, n’aient pas révélé plus tôt l’existence de ces villes englouties du littoral. Ici, voyez cette saillie visible sous la neige (le sable, en effet, était devenu de la neige et je ne remarquais point cette métamorphose)&amp;nbsp;; grattez un peu, vous trouverez un clocher&amp;nbsp;; Plus loin, voyez d’autres saillies plus nombreuses et d’une autre forme. C’est l’extrémité de grosses fleurs particulières à l’ancienne flore de ces lieux, et qui ne se retrouvent plus dans nos climats…&amp;nbsp;» J’eus la curiosité de déterrer l’une de ces fleurs, qui avait la forme et presque le volume d’une coupole musulmane. J’ouvre cette énorme fleur, et, à ma grande surprise, j’y trouve du coton, et je me dis à l’instant&amp;nbsp;: c’est du cotonnier.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ca vaut presque l’étrangeté des crocus et des papyrus de Santorin dont vous parliez, qui fleurissent partout sur les mosaïques du site antique d’Akrotiri alors qu’ils n’ont jamais poussé sur l’île elle-même !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;En espérant qu’il n’y a pas de ville engloutie dans le projet de vos visiteurs et que vous trouverez bien vite le moyen d’éclaircir le mystère.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bien cordialement,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Anselme Frey&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Laboratoire d’études volcanologiques&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;1, rue Jussieu&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;75005 Paris&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ipgp.fr&quot;&gt;www.ipgp.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;strong&gt;Whatsapp Groupe Rosalydia-5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;5&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;- &lt;strong&gt;De Lydia&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;: Coucou Rosalie,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pour l’exposé, le père d’Aglaé, celui qui avait fait la conférence sur les volcans, m’a conseillé d’emprunter à la bibliothèque un livre qui raconte une aventure sur l’Etna. C’est l’histoire d’un jeune homme, Georges Sand, qui a fait le voyage tout seul. On pourrait prendre ce passage pour l’introduction, ça raconte une ascension de l’Etna, je te photographie la page&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Si je parviens seul au terme de ce désert terrible et majestueux, je n’aurai pas à essuyer les éternels et fatigants avis d’un guide qui veut se rendre nécessaire et doubler son importance, en vous exagérant les dangers du chemin. Je n’aurai pas non plus l’importune distraction de ses explications plates et grossières, ni l’inquiétante contrariété de ses fatigues feintes ou réelles, ni l’embarras de ces mille ruses perfides par lesquelles ils cherchent à faire doubler leur salaire et manquer votre voyage.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Pendant qu’on lira la suite, on pourrait projeter des photos d’éruption de nuit pour rendre le sentiment :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;Il faut être seul pour sentir toute l’exaltation qu’une nuit sur l’Etna est capable d’inspirer : la présence d’un être de mon espèce me rappellerait que je suis un homme, et seul avec le vent et la neige, j’espère l’oublier. Je veux pouvoir enfin abandonner mon âme au désordre de ces éléments fougueux qui règnent en maîtres absolus sur une terre déchirée et bouleversée chaque jour au gré de leur caprice. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;br&gt; &lt;/em&gt;Mais je coupe la phrase suivante, tu vas voir&amp;nbsp;: il casse tout, Georges Sand, de dire que le volcan n’est pas périlleux&amp;nbsp;!!&lt;em&gt;&lt;br&gt; Le jeune homme, dans son enthousiasme, ne manqua pas de s’identifier avec Empédocle. Sa situation l’exigeait rigoureusement, quoiqu’il fît le plus beau temps du monde, et que rien ne rendît l’approche du volcan périlleuse. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;- &lt;strong&gt;De Rosalie&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;: George Sand ça s’écrit sans s, et c’est une femme, pas un homme&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;- &lt;strong&gt;De Lydia&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;: C pas une femme puisKil dit «&amp;nbsp;me rappellerait que je suis un homme&amp;nbsp;»&amp;nbsp;!!&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;- &lt;strong&gt;De Rosalie&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;: Peut-être que c’est homme comme homme pas comme animal, c’est l’espèce, en tout cas George Sand c’est une femme, c’est ma mère qui me l’a dit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;- &lt;strong&gt;De Lydia&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;: Alors pourquoi «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le jeune homme, dans son enthousiasme, ne manqua pas de s’identifier avec Empédocle&lt;/em&gt;»&amp;nbsp;? tu crois qu’Empédocle c’est une femme&amp;nbsp;? Aglaé, elle a un escargot qui s’appelle Empédocle, je lui demanderai.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: 25 mars 2017&amp;nbsp;: 09&amp;nbsp;:15&amp;nbsp;:56&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Anselme.Frey@free.fr&quot;&gt;Anselme.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:Alicia.Fray@free.fr&quot;&gt;Alicia.Frey@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Sororal&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ma chère Lily,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je pars à Java dans 15 jours, j’espère que tu es toujours libre pour Aglaé, qui ne s’est pas trop fait prier pour échanger un peu son père contre sa tante.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Aglaé s’est enfin intéressée à l’escargot Empédocle, elle a eu un cours sur la reproduction sexuelle, je lui ai expliqué ce que c’est qu’un hermaphrodite, elle a eu l’air déçu qu’il n’ait pas fabriqué absolument tout seul les trente petits apparus il y a quinze jours dans la terre de la plante verte&amp;nbsp;! Ils font maintenant un demi-centimètre, ils s’escaladent les uns les autres, jusqu’à ce que toute la colonne s’écroule, inlassablement. Depuis que je l’ai retrouvé vivant au retour de l’été, après un mois sans eau, en suivant ses traces sur le tapis que j’ai prises pour un rouleau de scotch, mais un rouleau de scotch qui ferait des allers et retours, je me suis pris d’affection pour ce patriarche (ou matriarche). J’avais peur que Pline le malmène mais il ne s’intéresse pas aux gastéropodes, le chat Pline ne s’intéresse décidément qu’aux pigeons.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je te laisserai les clés, Aglaé s’occupe du chat et toi d’elle, des escargots et… de ma procuration&amp;nbsp;? (le bureau de vote c’est l’école d’Aglaé)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je t’embrasse,&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ton grand frère affectionné, Anselme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
		<category term="Le roman-feuilleton" />
	</entry>
	<entry>
		<title>Ch. 7 - Nora Barlow</title>
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		<published>2017-05-06T12:15:00+00:00</published>
		<updated>2017-05-06T12:15:00+00:00</updated>
		<id>https://www.mouvement-transitions.fr/index.php/juste/le-roman-feuilleton/sommaire-general-des-chats-perdus/1407-ch-7-nora-barlow</id>
		<author>
			<name>B. Kadabra</name>
			<email>moulinesarah@gmail.com</email>
		</author>
		<summary type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 7&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Nora Barlow&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;06/05/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 20/03/2017 – 02:32&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Tourments&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp; Je me suis encore coupée aujourd’hui. Bruno m’assure que ce sont les risques du métier, que ce n’est pas une faute de débutante. À manier quotidiennement ciseaux et cutter, serpette et sécateur, je ne dois pas m’attendre (et lui, alors ?) à moins d’une blessure par semaine, sans parler des gerçures, des piqûres de rose, du froid obligatoire, ni de l’effet du transport des bacs sur mes lombaires. Mon dos avait la maladie des assis, préparation parfaite à ce qui l’accable maintenant que je passe mes journées debout et penchée, ou pliée en deux : ma hernie discale se réveille, et une sciatique s’annonce, digne héritière de celle qui m’a gâché les trois premières années de la vie de Louise. Mon ostéo ne m’a pas encore vue en fleuriste, mais je le vois déjà se frotter, en esprit, les mains démesurées qu’il abat sur mon corps. Mes mains à moi sont rouges, avec des ongles cassés ou ras, et de phalange en phalange une ribambelle d’urgos sales et détrempés. Mais pour l’insomnie, pas de pansement qui vaille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 20/03/2017 – 02:45&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Cesse de me prendre pour ton journal intime ! Tu sais que j’ai horreur de ça. A fortiori si c’est pour m’assommer de telles jérémiades, avec crescendo et arrêt sur image. Tes mains, ton dos – je suis au courant, figure-toi. Quant à ta terreur d’être prise en flagrant délit d’incompétence… Bruno et son CAP t’ont jugée dès le premier jour ; et ce n’est pas une question d’entailles ni de sang versé, même si lui ne se fait jamais mal, avec cette adresse souveraine qu’il a, que tu jalouses, qui te décourage. Mais Bruno est gentil avec toi, comme il l’est avec ces clients de bonne ou mauvaise volonté qui voient en lui un clandestin en tablier vert, réchappé d’une jungle quelconque. Il n’en profite pas pour leur expliquer qu’il s’appelle Barbier, qu’on l’a adopté nouveau-né dans une clinique de Tegucigalpa, et qu’il a grandi, avec tous les honneurs dus à son exotique apparence, à deux pas de la gare de Sèvres. Mais toi, dès qu’il a le dos tourné, tu t’étends sur le sujet, pour l’édification des chalands que tu prétends « fidéliser », horrible mot. Son contrat de travail ne prévoit pourtant pas de confidences romanesques, chargées de faire mousser l’employé pour le compte du produit. Il est vrai que tu racontes bien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 20/03/2017 – 20:47&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Séducteurs&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Fermé. Bruno vient de partir. Rendez-vous demain, 4h30, direction Rungis : la nuit sera blanche. Je n’en peux plus. Assise on change de douleur, mais il faut du temps pour s’en aviser. Les comptes attendront, comme de juste ; de l’écran, dans ce court intervalle de confort, ce sont d’abord des mots qui sortent. J’aime bien écrire au vol, entre chien et loup, dans l’odeur à nouveau perçue des fleurs qui m’entourent – délivrées pour un moment du besoin de vendre. Des passants, jeunes ou vieux mais toujours masculins, trompés par la demi-lumière, poussent la porte en vain, scrutent le clair-obscur à travers leur reflet, frappent pour que je les remarque. Ils ont cette mine équivoque qui m’est déjà familière, posée comme un seul masque sur des visages différents : remords, souci, calcul. Retard sempiternel, que l’emplette stratégique aggrave pour le faire pardonner ; oubli révélateur, que camoufle une orchidée de dernière minute ; décision meurtrière, qu’on se fait fort d’avouer armé d’une brassée de lys ou d’un géranium en pot. Le tout résumé d’un sourire mi-penaud, mi-roublard, dont on m’offre à titre gracieux une première esquisse : un peu de pratique le rendra convaincant (pour son créateur). L’art du fleuriste assemble des bouquets au service d’expressions et d’explications non moins composées. Pour ne pas être en reste, je souris à mon tour – en secouant la tête. J’ai le temps de voir tomber le masque avant qu’ils ne s’enfuient.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 20/03/2017 – 21:00&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Après le lamento strident, l’observation subtile ; le coup de la finesse, de la lucidité piquante, du pessimisme compréhensif. C’est ton rythme, n’est-ce pas ? Mais nous ne sommes pas dans les &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Rêveries du promeneur&lt;/span&gt; (soi-disant) &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;solitaire&lt;/span&gt; ; tu me fatigues avec tes vignettes autant qu’avec tes plaintes. Les unes comme les autres valent bien, dans le style faux-cul, ces sourires contraints que tu t’évertues à décrypter. Tu sais aussi bien que moi ce qui te tracasse ; ce dont est censé te distraire, ce soir, ton guignol post-fermeture, le diorama que se projette ta courte expérience. C’est d’un tout autre client manqué qu’il s’agit. Celui-là, tu ne le prévoyais pas. Il est bel et bien entré, en plein jour ; et c’est à cause de toi – brutale et grossière par vanité plus encore que par impéritie – qu’il est reparti comme un voleur. Bruno n’a rien dit, mais n’en pense pas moins : l’arrière-boutique lui a épargné l’embarras de t’embarrasser doublement. En fait de finesse et de lucidité, tu t’es joué la scène de l’écriteau, tu te souviens ? Version petit commerce : IL EST DÉFENDU D’ENTRER DANS LA BOUTIQUE AVEC UNE FLEUR À LA MAIN. Beau tableau de sottise revêche ! Il ne te manquait plus qu’un sifflet à roulette et la casquette ad hoc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mar 21/03/2017 – 3:06&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;:&amp;nbsp;Artifices&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Rien à faire. Lu d’un trait le dernier Chevillard ; revu deux épisodes de &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Downton Abbey&lt;/span&gt; ; épuisé les derniers titres du &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Monde&lt;/span&gt; sur la catastrophe en cours ; pensé (rancune et désarroi) à Louise qui ne me téléphone plus, et ne manquera pas de marmonner, la prochaine fois qu’elle le fera, une excuse à base de surmenage et de fuseaux horaires ; prêté l’oreille aux rares bruits qui montent de la rue Maintenance – déclamations d’ivrognes, hurlements de cyclomoteurs, batailles de chats ; refait la série de mes exercices pour le dos ; vérifié, dans une torpeur prometteuse, les factures de la semaine ; sursauté en constatant que j’en ai perdu trois ; effacé onze courriels sollicitant des sous pour des causes allant du tragique au grotesque, puis onze autres m’offrant la moitié d’un colossal héritage, ivoirien ou nigérian ; envisagé un arrangement plus soft pour le magasin, un peu moins de vert émeraude et carnivore se refermant sur l’éventuelle mouche acheteuse ; imaginé que je flanquais, de mes petites mains nues, la fessée à mon ostéo, tout en l’abreuvant d’injures vengeresses ; pratiqué, sur la foi de cette vision, une masturbation plutôt réussie. Mais pas fermé l’œil une seconde. Et dans la dernière heure, c’est ce vieux à l’air (plus que l’accent) italien (mais qu’est-ce que j’en sais ? peut-être est-il corse, ou suisse, ou slovène) qui m’est revenu à l’esprit, pour me punir de ma vengeance. Ce vieux, l’air indécis, sa fleur à la main, comme sorti du dernier bouquin dont j’ai piloté l’édition : un essai terroriste et touffu sur Jean Paulhan, auquel je n’ai pas compris grand-chose (Laurent non plus d’ailleurs, me confiait-il en décidant de le publier). Moi qui n’avais pas lu &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Les Fleurs de Tarbes&lt;/span&gt;, la fameuse pancarte — reproduite en épigraphe du manuscrit — m’a fascinée, celle qui (Paulhan &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;dixit&lt;/span&gt;) « interdit toutes les fleurs, s’il en est une de dérobée ». Au point que l’idée m’est venue, un an plus tard, parce que j’étais moi-même terrorisée, de reprendre ce titre en guise d’enseigne. À supposer que les ayants droit m’aient laissée faire, cette tentative d’allusion aurait-elle survécu au veto du formateur maigre, agressif, moustachu (le parfait cliché du gardien de square) qui supervisait ma reconversion ? La question ne s’est pas posée. La honte de jouer les lettrées – comme pour désavouer ma métamorphose – aura suffi à enterrer Tarbes : ce fut &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Dites-le avec…&lt;/span&gt;, avec trois points de néon mauve dont le clignotement ne me quitte plus. Et voilà que ce vieux guépard, avec sa fleur bizarre… Mais non : ce n’est pas lui, ni le souvenir de mon erreur, qui m’empêche de dormir ; c’est plutôt qu’à force de ne pas dormir je ne peux m’empêcher d’y repenser.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mar 21/03/2017 – 03:19&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;:&amp;nbsp;néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ben voyons. Mais après tout ça te regarde. Au final nous sommes bien d’accord : ce bonhomme, sa fleur incongrue, ta réaction débile te tarabustent, dansent en rond dans ta migraine, jusqu’à la nausée – là, maintenant, devant ton bol de café. Je dois dire qu’à t’entendre, hier, je n’en croyais pas mes oreilles. Tu aboyais littéralement : la fonction crée l’organe. La théorie n’est pas mon fort, mais je pense qu’il y a eu court-circuit. Déjà entre &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Fleurs&lt;/span&gt; et fleurs ; entre ta récente et livresque découverte, scellée dans ta mémoire par le licenciement qui a suivi (que l’Horrible soit monté dans la même charrette console un peu), et ton apprentissage express, le tricot neuf des profits et pertes habillant soudain, de probité rien moins que candide, le pur amour des pétales et des parfums qui t’a jetée dans cette aventure. Sans parler des vols (ce somptueux bac d’hortensias disparu le matin même, cinq minutes après sa dépose sur le trottoir). Ni de l’épuisement physique. Le tout, suite au rachat du Portique par Interpollen ! D’un éditeur intello par un cyber-horticulteur ! Ça ne s’invente pas. Rien d’étonnant, en revanche, à ce que l’Horrible ait bondi sur l’occasion de rentrer au bercail de la banque familiale, directeur des engagements après l’avoir été de collection. Ce salopard a même eu le front de te proposer, dans la foulée, un prêt complémentaire : « Tu vas avoir besoin de fonds, ma belle ; tu n’as qu’un mot à dire ». Et Louise qui encensait la magnanimité de son géniteur. Ça fait beaucoup, j’admets.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mar 21/03/2017 – 20:39&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Inventaire&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Une journée commencée avant l’aube. Je me disais : occupée comme je vais l’être, mon humiliante saynète va me laisser tranquille. Bien vu. Chaque mot au fer rouge, et (plus brûlant encore) ce qui me les dictait, implacablement revécu – comme dans mes prises de bec avec Louise, mes prises de tête avec Laurent. Le diagnostic immédiat, la conviction bétonnée. Le naturel avec lequel la menace m’est venue à la bouche : jamais encore je ne m’étais sentie à ce point dans mon rôle, si nettement professionnelle. Cristallisée. J’étais &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;reconnaissante&lt;/span&gt; à mon voleur putatif de me révéler – à ma surprise, à ma fierté – prête à lâcher la police à ses trousses. Du beau travail. Si vous prenez une fleur vous la payez. Imparable. Et Laurent qui ricanait sur mon illogisme… Dans mon ancien bureau rien ne pouvait m’être pris – sauf le bureau lui-même&amp;nbsp;; mon nom sur sa porte. Ici, tout : des sacs d’engrais aux rouleaux de rubans, comme l’attestent, sur mon disque dur, les chiffres plus ou moins correspondants. Alors que je tiens mal mes comptes, je suis prête à me battre pour le plus mince de ces chiffres, décimales comprises. Pour une soucoupe en plastique, un bouton mal ouvert. Cela, c’est le réflexe ; mais le cristal n’en retombe que plus vite en poussière. Lorsque ce type, changeant de tactique, m’a déclaré qu’il en voulait une autre, j’ai d’abord cru à ma victoire, à un triomphe économique et moral. Pas de fauche, double bénéfice. Je m’empare de l’objet du litige, allons-y. Nous disions donc, il a pris un… Effondrement. Je ne sais pas ce qu’il a pris ; je ne sais plus ce qui m’a pris. Le reste, c’est du théâtre. Le fait est que je connais mes fleurs, acquises autant qu’exquises, choisies et disposées avec ma passion toute fraîche, encore pédante. Si je n’ai pas reconnu celle-là, c’est qu’elle ne m’appartient ni en fait, ni même en pensée : mon fichier intérieur ne répond pas. D’ailleurs elle est non seulement chiffonnée, mais fanée. Des heures dans sa poche&amp;nbsp;! À l’exaltante évidence du larcin succède celle, foudroyante, de mon aveuglement. Lui ne m’a rien pris ; et moi je n’y connais rien, ou pas grand-chose – sortie des roses, du mimosa, des marguerites lambda, des iris de service. Je fais semblant. Il n’est pas dupe, il me voit rougir sur fond d’œillets, ton sur ton. Je balbutie, je disparais, je rentre sous terre ; et lui file à son tour, charitablement. La fleur agonisante finit dans le sac « VIGILANCE – PROPRETÉ » de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mar 21/03/2017 – 20:52&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Si tu t’étais vue. Moi je ne voyais pas Rungis, les 22 000 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; du pavillon des fleurs coupées et feuillages, en décor de quête hollywoodienne, genre Graal ou Arche perdue. À la rigueur en diagramme d’une errance sentimentale, mélancolique et gauloise, à la Klapisch – avec dialogue champagnisé ponctué d’effeuillages ironiques. Ou bien en labyrinthe pour thriller, méchant à feutre et flingue sur tes talons, échelles, rambardes, Hitchcock au marché-gare : c’est lui ou toi, on ne sait plus pourquoi, on s’en fout. Mais là, non. Tu nous le fais, en cinémascope et technicolor, pour le symbole pur ; John Williams à la baguette, l’apothéose du bien, à tout prix, au bluff si nécessaire. Six heures, froid de canard, ballet de gros chariots et de rutilantes fourches à palettes, la concurrence ébaubie s’écarte, tu fonces. Une folle. Indiana Jane des entrepôts. Hors d’haleine, tu galopes, les lèvres bleues, dans les allées gigantesques ; ton regard éperdu zoome (violoncelles) sur une fleur après l’autre. Pas n’importe laquelle : violette, ou rouge sombre, jusqu’au noirâtre. Et double : avec pétales nombreux, ombreux, en buisson ou pompon. Bruno te suit sans un mot, l’air perplexe, effaré même. La camionnette est pleine à craquer de tous tes achats coutumiers. Quelle mouche te pique ? Il a vu assez de la scène d’hier pour s’en douter, mais pas d’assez près la fleur fatidique pour te venir en aide. Tu sautes des dahlias aux zinnias, des anémones aux camélias, en t’accusant de mélanger le genre, l’espèce, la couleur et la forme, à mesure que cette dernière, sous l’action de l’angoisse, devient plus floue dans ta cervelle ; image deux fois fanée. Quant aux deux ou trois feuilles dont s’ornait l’original, tu ne t’en souviens plus du tout. John Williams a beau faire donner les cuivres : dans l’état où tu es, tu ne distinguerais plus un glaïeul d’un chrysanthème.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mer 22/03/2017 – 02:16&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Trouvaille&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Endormie sitôt rentrée, tout habillée ; me voici cinq heures plus tard, les tempes battantes, recrue comme jamais. Mais j’ai vu la fleur en rêve, derrière ma vitrine, assez longtemps pour décider ce qu’elle est : ce qu’elle était dans le réel, ce qu’elle sera dans mon histoire. Ancolie, gracieuse fleur de tristesse, légère fleur de folie. Réputée aphrodisiaque ; adorée des escargots. Sous sa forme simple, à cinq éperons, on la compare aux serres d’un aigle ; ou (pour conjurer la griffure et le rapt) aux gants de Notre Dame, laquelle n’est pas connue pour bénir gantée… De fait ce gant, souvent bleu pâle, ne s’enlève pas : il s’ouvre et laisse vibrer la lumière des doigts, &lt;a href=&quot;http://www.highcountrygardens.com/perennial-plants/aquilegia/aquilegia-caerulea&quot;&gt;http://www.highcountrygardens.com/perennial-plants/aquilegia/aquilegia-caerulea&lt;/a&gt;. La version qui m’occupe n’a pas cette modestie ; ciel pour ciel, elle se souvient plutôt du rapace. D’abord elle est double, bien sûr. Multipliée, comme tant de fleurs d’aujourd’hui, elle appartient au type « Nora Barlow ». Je présume que la teinte exacte – moirure de carmin, de noir et de violet – n’existe pas encore, pas tout à fait ; nul catalogue ne la représente. La variété « Black Barlow » (&lt;a href=&quot;http://www.botanus.com/aquilegia-vulgaris-black-barlow.html&quot;&gt;http://www.botanus.com/aquilegia-vulgaris-black-barlow.html&lt;/a&gt;) donne une idée, imparfaite car monochrome, de son langage obscur : pompon funèbre, incliné, méditant un requiem. L’otage de mon malentendu avait le deuil plus hirsute, la douleur moins ostentatoire ; capable aussi, je crois, de laisser transparaître, en plein soleil, des taches de vie, des feux de joie. En magasin, dans ce genre-là, je n’ai jamais eu que de charmantes (quoique déjà sanglantes) « Nora Barlow » tout court : rose vif, à molles pointes blanches, &lt;a href=&quot;http://www.jparkers.co.uk/6-aquilegia-nora-barlow-1004345c&quot;&gt;http://www.jparkers.co.uk/6-aquilegia-nora-barlow-1004345c&lt;/a&gt;. Je l’avais oublié, je n’ai pas fait le lien. Maintenant je me documente sur Nora elle-même : petite-fille de Darwin, éditrice des œuvres et papiers de son grand-père, pionnière de l’étude génétique des fleurs ; morte à 103 ans après une vie mieux que remplie. Nous voici loin de Notre Dame, de ses gants d’innocence et de son éthérée féminité ; mais je trouve inutile d’en rajouter, douteux le jeu de « Black Barlow » sur « Black Widow », voire « Black Dahlia ». Nora s’intéressait surtout aux primevères.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mer 22/03/2017 – 02:29&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;:&amp;nbsp;néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bravo ! Un emblème d’inquiétude assagie, d’amertume adoucie, pour fermer le cercle à coups de &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;links&lt;/span&gt;. Ta fleur – &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;aquilegia madametii&lt;/span&gt; – n’existe pas : raison de plus pour lui bâtir une oui-qui-pédie, le web n’est pas fait pour les chiens. Oh le joli faisceau de significations ! Je vais te dire : ta symbolique me semble désuète, médiévale même, variations funéraires et freudiennes comprises. ND, NB, c’est tout un. Arrête un peu ! On le sait depuis (au moins) &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;La tulipe noire&lt;/span&gt; et le dahlia bleu, l’enjeu n’est pas de signifier l’origine du monde, mais de fabriquer son avenir ; avec en prime du rare (et cher) – pour rien, pour couronner la série, comme en philatélie. La raison pour laquelle tu n’as pas fait le « lien », malgré tous ces liens qui se bousculent sous tes doigts comme dans ta tête, ce n’est pas que cette fleur est unique, ni magique. C’est que trop de fleurs se ressemblent désormais, de la marguerite à la rose : doubles, triples, quadruples, joufflues d’avance, quels que soient l’espèce, le genre, la famille, renonculacées comme astéracées. L’art amortit la science, la science améliore l’art. Les fleurs ont entrepris d’enfler. Elles visent le gigantisme, comme les poumons de nos egos, mais sans risque d'éclatement&amp;nbsp;; comme les tortues de nos Galapagos, mais sur dix ans au lieu de dix mille. Les y voilà : c’est une question de savoir-faire. Tu n’en manques pas. Je te vois bien marcher sur les traces de ta Nora, d’abord éditrice de textes, puis d’étamines. Le produit est obèse et stérile. On peut toujours essayer de ralentir : elle à coup sûr, avec ses primevères, n’en demandait pas tant ; toi non plus. Mais vous y êtes, nous y sommes, à programmer l’exceptionnel ; à guetter, par surenchère, la perfection d’un &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;unicum&lt;/span&gt; industriel, d’un miracle de pure apparence. Que faire, face à mille fleurs promises au même destin de lampions – rouges, pourpres, orange, et rondes, rondes, comme dessinées au spirographe ? En choisir une ; lui inventer un drame.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 27/03/2017 – 20:31&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Arithmétique&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je viens de me pincer en verrouillant. Ongle noir. Trop de hâte, le bilan n’attend pas, la coïncidence est exclue. Une visite ce matin, une autre en fin d’après-midi. D’abord cet inspecteur immense (la suspension en sait quelque chose, qu’il a envoyée valdinguer deux fois) entre me demander si on m’a volé récemment des fleurs. Choc, qui ne lui échappe pas, et dont me sauve le providentiel bac : mes beaux hortensias bleus, irréprochables victimes que l’affaire de l’ancolie, par une sorte de contagion, m’avait retenue de déclarer. Je me rattrape, n’épargne aucun détail, du nombre de têtes au montant de la perte. Il note scrupuleusement, puis : « Non, je veux dire, des fleurs individuelles : une tige, cassée peut-être, juste la fleur elle-même, vous voyez ? » Nouveau choc, je pâlis, je rougis comme moi seule sais le faire ; dans cette boutique frigorifiée, je me mets à transpirer du front. Il prend note derechef, mentalement cette fois : un délicat. J’explique : de tels vols seraient « difficiles à repérer, sauf fraglant délit ». Si la métathèse l’amuse, il n’en laisse rien paraître. « Et je n’ai pas de caméra. » J’inspire, expire, inspire. « Même lorsque la fleur est vendue à l’unité, j’avoue que je ne recompte pas tous les soirs. » (Je devrais.) « À la rigueur les arums, les cannas. Sur une botte, par contre, même tenue par son élastique, un prélèvement un peu adroit est indécelable ». Indécelable ! Je sais encore faire des phrases. Il me regarde, sans animosité ; je sens se remplir une fiche à mon nom, et je tente de reprendre la main : « Quel genre de fleurs ? » Et lui, sans un coup d’œil à son carnet : rose, pivoine, lilas, lupin… « Plus une, compliquée, violacée, qui n’a pas été identifiée. » La sueur me tombe dans les yeux – mascara-free, heureusement. « Mais comment savez-vous qu’elles ont pu être volées ? » Pas de réponse. « Je vous remercie. » Il s’en va en saluant la suspension. Je passe l’après-midi à calmer non la peur, mais la démangeaison que j’ai eue de tout dire ; jusqu’à l’arrivée d’une gamine, dans les treize ans, traînant après elle un monstre miniature à classer dans l’espèce « petit frère », de moitié plus jeune. La solennité de cette petite m’aurait fait sourire – un autre jour. « Madame Madamet ? », s’enquiert-elle gravement ; sa voix, son intonation étudiée me rendent la redondance moins déplaisante, presque euphonique. Comme elle a besoin de ses deux mains pour sortir un cahier de son cartable, le petit frère s’échappe. Lui n’a rien de solennel, et le prouve en renversant trois vases de freesias. De l’eau partout, un des bouquets bon pour la poubelle ; Bruno à la rescousse. Pour finir c’est moi qui retiens le vandale (par le poignet, à sa fureur et à celle de mon dos), tandis que son impassible sœur m’ouvre sous le nez ce qui se révèle être un herbier. De l’index (ongle rose, à paillettes, avec émoticône songeur) elle désigne (longs pétales aplatis, encore tendres) un &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;crocus flavus&lt;/span&gt; de bonne taille, du jaune d’or attendu, resplendissant. Ma science est au rendez-vous ; cette fois j’ai une réplique d’avance. « Reconnaissez-vous cette fleur ? », chuchote la visiteuse, qui se prend pour le Club des Cinq et le Clan des Sept réunis. Il me reste assez de présence d’esprit pour amorcer une contre-enquête : « C’est un magnifique crocus. J’en ai rarement vu d’aussi grands, peux-tu me dire d’où il vient ? ». Le sérieux la raidit encore un peu plus : « C’est un secret. Mais c’est aussi un mystère, et je vous promets que vous saurez tout lorsque je l’aurai éclairci ». Dernière question, pour masquer ma déroute : « Où habites-tu ? » Apparemment ce n’est ni un mystère, ni un secret. Puis, généreuse : « Je m’appelle Lydia. Nous nous reverrons. » Voilà. Dans la pénombre, oublieuse (une fois de plus) de ma comptabilité en partie double, j’additionne avec rage d’élémentaires clartés. Une, deux, trois visites, au moins six fleurs, toutes différentes… au lieu d’une, que je prenais littéralement dans tous les sens. Nora Barlow, tu parles. Pour la chasse aux indices et dans le genre sérieux, je ne crains personne. Je me suis fait du cinéma, mais je n’ai rien compris au film.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 27/03/2017 – 20:38&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;:&amp;nbsp;zéro&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je ne te le fais pas dire. Moralité : il n’est &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;pas&lt;/span&gt; défendu d’entrer dans la boutique avec une ou des fleurs à la main. Quant à savoir d’où elles sortent…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<content type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 7&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Nora Barlow&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;06/05/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 20/03/2017 – 02:32&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Tourments&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp; Je me suis encore coupée aujourd’hui. Bruno m’assure que ce sont les risques du métier, que ce n’est pas une faute de débutante. À manier quotidiennement ciseaux et cutter, serpette et sécateur, je ne dois pas m’attendre (et lui, alors ?) à moins d’une blessure par semaine, sans parler des gerçures, des piqûres de rose, du froid obligatoire, ni de l’effet du transport des bacs sur mes lombaires. Mon dos avait la maladie des assis, préparation parfaite à ce qui l’accable maintenant que je passe mes journées debout et penchée, ou pliée en deux : ma hernie discale se réveille, et une sciatique s’annonce, digne héritière de celle qui m’a gâché les trois premières années de la vie de Louise. Mon ostéo ne m’a pas encore vue en fleuriste, mais je le vois déjà se frotter, en esprit, les mains démesurées qu’il abat sur mon corps. Mes mains à moi sont rouges, avec des ongles cassés ou ras, et de phalange en phalange une ribambelle d’urgos sales et détrempés. Mais pour l’insomnie, pas de pansement qui vaille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 20/03/2017 – 02:45&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Cesse de me prendre pour ton journal intime ! Tu sais que j’ai horreur de ça. A fortiori si c’est pour m’assommer de telles jérémiades, avec crescendo et arrêt sur image. Tes mains, ton dos – je suis au courant, figure-toi. Quant à ta terreur d’être prise en flagrant délit d’incompétence… Bruno et son CAP t’ont jugée dès le premier jour ; et ce n’est pas une question d’entailles ni de sang versé, même si lui ne se fait jamais mal, avec cette adresse souveraine qu’il a, que tu jalouses, qui te décourage. Mais Bruno est gentil avec toi, comme il l’est avec ces clients de bonne ou mauvaise volonté qui voient en lui un clandestin en tablier vert, réchappé d’une jungle quelconque. Il n’en profite pas pour leur expliquer qu’il s’appelle Barbier, qu’on l’a adopté nouveau-né dans une clinique de Tegucigalpa, et qu’il a grandi, avec tous les honneurs dus à son exotique apparence, à deux pas de la gare de Sèvres. Mais toi, dès qu’il a le dos tourné, tu t’étends sur le sujet, pour l’édification des chalands que tu prétends « fidéliser », horrible mot. Son contrat de travail ne prévoit pourtant pas de confidences romanesques, chargées de faire mousser l’employé pour le compte du produit. Il est vrai que tu racontes bien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 20/03/2017 – 20:47&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Séducteurs&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Fermé. Bruno vient de partir. Rendez-vous demain, 4h30, direction Rungis : la nuit sera blanche. Je n’en peux plus. Assise on change de douleur, mais il faut du temps pour s’en aviser. Les comptes attendront, comme de juste ; de l’écran, dans ce court intervalle de confort, ce sont d’abord des mots qui sortent. J’aime bien écrire au vol, entre chien et loup, dans l’odeur à nouveau perçue des fleurs qui m’entourent – délivrées pour un moment du besoin de vendre. Des passants, jeunes ou vieux mais toujours masculins, trompés par la demi-lumière, poussent la porte en vain, scrutent le clair-obscur à travers leur reflet, frappent pour que je les remarque. Ils ont cette mine équivoque qui m’est déjà familière, posée comme un seul masque sur des visages différents : remords, souci, calcul. Retard sempiternel, que l’emplette stratégique aggrave pour le faire pardonner ; oubli révélateur, que camoufle une orchidée de dernière minute ; décision meurtrière, qu’on se fait fort d’avouer armé d’une brassée de lys ou d’un géranium en pot. Le tout résumé d’un sourire mi-penaud, mi-roublard, dont on m’offre à titre gracieux une première esquisse : un peu de pratique le rendra convaincant (pour son créateur). L’art du fleuriste assemble des bouquets au service d’expressions et d’explications non moins composées. Pour ne pas être en reste, je souris à mon tour – en secouant la tête. J’ai le temps de voir tomber le masque avant qu’ils ne s’enfuient.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 20/03/2017 – 21:00&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Après le lamento strident, l’observation subtile ; le coup de la finesse, de la lucidité piquante, du pessimisme compréhensif. C’est ton rythme, n’est-ce pas ? Mais nous ne sommes pas dans les &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Rêveries du promeneur&lt;/span&gt; (soi-disant) &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;solitaire&lt;/span&gt; ; tu me fatigues avec tes vignettes autant qu’avec tes plaintes. Les unes comme les autres valent bien, dans le style faux-cul, ces sourires contraints que tu t’évertues à décrypter. Tu sais aussi bien que moi ce qui te tracasse ; ce dont est censé te distraire, ce soir, ton guignol post-fermeture, le diorama que se projette ta courte expérience. C’est d’un tout autre client manqué qu’il s’agit. Celui-là, tu ne le prévoyais pas. Il est bel et bien entré, en plein jour ; et c’est à cause de toi – brutale et grossière par vanité plus encore que par impéritie – qu’il est reparti comme un voleur. Bruno n’a rien dit, mais n’en pense pas moins : l’arrière-boutique lui a épargné l’embarras de t’embarrasser doublement. En fait de finesse et de lucidité, tu t’es joué la scène de l’écriteau, tu te souviens ? Version petit commerce : IL EST DÉFENDU D’ENTRER DANS LA BOUTIQUE AVEC UNE FLEUR À LA MAIN. Beau tableau de sottise revêche ! Il ne te manquait plus qu’un sifflet à roulette et la casquette ad hoc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mar 21/03/2017 – 3:06&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;:&amp;nbsp;Artifices&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Rien à faire. Lu d’un trait le dernier Chevillard ; revu deux épisodes de &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Downton Abbey&lt;/span&gt; ; épuisé les derniers titres du &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Monde&lt;/span&gt; sur la catastrophe en cours ; pensé (rancune et désarroi) à Louise qui ne me téléphone plus, et ne manquera pas de marmonner, la prochaine fois qu’elle le fera, une excuse à base de surmenage et de fuseaux horaires ; prêté l’oreille aux rares bruits qui montent de la rue Maintenance – déclamations d’ivrognes, hurlements de cyclomoteurs, batailles de chats ; refait la série de mes exercices pour le dos ; vérifié, dans une torpeur prometteuse, les factures de la semaine ; sursauté en constatant que j’en ai perdu trois ; effacé onze courriels sollicitant des sous pour des causes allant du tragique au grotesque, puis onze autres m’offrant la moitié d’un colossal héritage, ivoirien ou nigérian ; envisagé un arrangement plus soft pour le magasin, un peu moins de vert émeraude et carnivore se refermant sur l’éventuelle mouche acheteuse ; imaginé que je flanquais, de mes petites mains nues, la fessée à mon ostéo, tout en l’abreuvant d’injures vengeresses ; pratiqué, sur la foi de cette vision, une masturbation plutôt réussie. Mais pas fermé l’œil une seconde. Et dans la dernière heure, c’est ce vieux à l’air (plus que l’accent) italien (mais qu’est-ce que j’en sais ? peut-être est-il corse, ou suisse, ou slovène) qui m’est revenu à l’esprit, pour me punir de ma vengeance. Ce vieux, l’air indécis, sa fleur à la main, comme sorti du dernier bouquin dont j’ai piloté l’édition : un essai terroriste et touffu sur Jean Paulhan, auquel je n’ai pas compris grand-chose (Laurent non plus d’ailleurs, me confiait-il en décidant de le publier). Moi qui n’avais pas lu &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Les Fleurs de Tarbes&lt;/span&gt;, la fameuse pancarte — reproduite en épigraphe du manuscrit — m’a fascinée, celle qui (Paulhan &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;dixit&lt;/span&gt;) « interdit toutes les fleurs, s’il en est une de dérobée ». Au point que l’idée m’est venue, un an plus tard, parce que j’étais moi-même terrorisée, de reprendre ce titre en guise d’enseigne. À supposer que les ayants droit m’aient laissée faire, cette tentative d’allusion aurait-elle survécu au veto du formateur maigre, agressif, moustachu (le parfait cliché du gardien de square) qui supervisait ma reconversion ? La question ne s’est pas posée. La honte de jouer les lettrées – comme pour désavouer ma métamorphose – aura suffi à enterrer Tarbes : ce fut &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Dites-le avec…&lt;/span&gt;, avec trois points de néon mauve dont le clignotement ne me quitte plus. Et voilà que ce vieux guépard, avec sa fleur bizarre… Mais non : ce n’est pas lui, ni le souvenir de mon erreur, qui m’empêche de dormir ; c’est plutôt qu’à force de ne pas dormir je ne peux m’empêcher d’y repenser.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mar 21/03/2017 – 03:19&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;:&amp;nbsp;néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ben voyons. Mais après tout ça te regarde. Au final nous sommes bien d’accord : ce bonhomme, sa fleur incongrue, ta réaction débile te tarabustent, dansent en rond dans ta migraine, jusqu’à la nausée – là, maintenant, devant ton bol de café. Je dois dire qu’à t’entendre, hier, je n’en croyais pas mes oreilles. Tu aboyais littéralement : la fonction crée l’organe. La théorie n’est pas mon fort, mais je pense qu’il y a eu court-circuit. Déjà entre &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;Fleurs&lt;/span&gt; et fleurs ; entre ta récente et livresque découverte, scellée dans ta mémoire par le licenciement qui a suivi (que l’Horrible soit monté dans la même charrette console un peu), et ton apprentissage express, le tricot neuf des profits et pertes habillant soudain, de probité rien moins que candide, le pur amour des pétales et des parfums qui t’a jetée dans cette aventure. Sans parler des vols (ce somptueux bac d’hortensias disparu le matin même, cinq minutes après sa dépose sur le trottoir). Ni de l’épuisement physique. Le tout, suite au rachat du Portique par Interpollen ! D’un éditeur intello par un cyber-horticulteur ! Ça ne s’invente pas. Rien d’étonnant, en revanche, à ce que l’Horrible ait bondi sur l’occasion de rentrer au bercail de la banque familiale, directeur des engagements après l’avoir été de collection. Ce salopard a même eu le front de te proposer, dans la foulée, un prêt complémentaire : « Tu vas avoir besoin de fonds, ma belle ; tu n’as qu’un mot à dire ». Et Louise qui encensait la magnanimité de son géniteur. Ça fait beaucoup, j’admets.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mar 21/03/2017 – 20:39&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Inventaire&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Une journée commencée avant l’aube. Je me disais : occupée comme je vais l’être, mon humiliante saynète va me laisser tranquille. Bien vu. Chaque mot au fer rouge, et (plus brûlant encore) ce qui me les dictait, implacablement revécu – comme dans mes prises de bec avec Louise, mes prises de tête avec Laurent. Le diagnostic immédiat, la conviction bétonnée. Le naturel avec lequel la menace m’est venue à la bouche : jamais encore je ne m’étais sentie à ce point dans mon rôle, si nettement professionnelle. Cristallisée. J’étais &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;reconnaissante&lt;/span&gt; à mon voleur putatif de me révéler – à ma surprise, à ma fierté – prête à lâcher la police à ses trousses. Du beau travail. Si vous prenez une fleur vous la payez. Imparable. Et Laurent qui ricanait sur mon illogisme… Dans mon ancien bureau rien ne pouvait m’être pris – sauf le bureau lui-même&amp;nbsp;; mon nom sur sa porte. Ici, tout : des sacs d’engrais aux rouleaux de rubans, comme l’attestent, sur mon disque dur, les chiffres plus ou moins correspondants. Alors que je tiens mal mes comptes, je suis prête à me battre pour le plus mince de ces chiffres, décimales comprises. Pour une soucoupe en plastique, un bouton mal ouvert. Cela, c’est le réflexe ; mais le cristal n’en retombe que plus vite en poussière. Lorsque ce type, changeant de tactique, m’a déclaré qu’il en voulait une autre, j’ai d’abord cru à ma victoire, à un triomphe économique et moral. Pas de fauche, double bénéfice. Je m’empare de l’objet du litige, allons-y. Nous disions donc, il a pris un… Effondrement. Je ne sais pas ce qu’il a pris ; je ne sais plus ce qui m’a pris. Le reste, c’est du théâtre. Le fait est que je connais mes fleurs, acquises autant qu’exquises, choisies et disposées avec ma passion toute fraîche, encore pédante. Si je n’ai pas reconnu celle-là, c’est qu’elle ne m’appartient ni en fait, ni même en pensée : mon fichier intérieur ne répond pas. D’ailleurs elle est non seulement chiffonnée, mais fanée. Des heures dans sa poche&amp;nbsp;! À l’exaltante évidence du larcin succède celle, foudroyante, de mon aveuglement. Lui ne m’a rien pris ; et moi je n’y connais rien, ou pas grand-chose – sortie des roses, du mimosa, des marguerites lambda, des iris de service. Je fais semblant. Il n’est pas dupe, il me voit rougir sur fond d’œillets, ton sur ton. Je balbutie, je disparais, je rentre sous terre ; et lui file à son tour, charitablement. La fleur agonisante finit dans le sac « VIGILANCE – PROPRETÉ » de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mar 21/03/2017 – 20:52&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Si tu t’étais vue. Moi je ne voyais pas Rungis, les 22 000 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; du pavillon des fleurs coupées et feuillages, en décor de quête hollywoodienne, genre Graal ou Arche perdue. À la rigueur en diagramme d’une errance sentimentale, mélancolique et gauloise, à la Klapisch – avec dialogue champagnisé ponctué d’effeuillages ironiques. Ou bien en labyrinthe pour thriller, méchant à feutre et flingue sur tes talons, échelles, rambardes, Hitchcock au marché-gare : c’est lui ou toi, on ne sait plus pourquoi, on s’en fout. Mais là, non. Tu nous le fais, en cinémascope et technicolor, pour le symbole pur ; John Williams à la baguette, l’apothéose du bien, à tout prix, au bluff si nécessaire. Six heures, froid de canard, ballet de gros chariots et de rutilantes fourches à palettes, la concurrence ébaubie s’écarte, tu fonces. Une folle. Indiana Jane des entrepôts. Hors d’haleine, tu galopes, les lèvres bleues, dans les allées gigantesques ; ton regard éperdu zoome (violoncelles) sur une fleur après l’autre. Pas n’importe laquelle : violette, ou rouge sombre, jusqu’au noirâtre. Et double : avec pétales nombreux, ombreux, en buisson ou pompon. Bruno te suit sans un mot, l’air perplexe, effaré même. La camionnette est pleine à craquer de tous tes achats coutumiers. Quelle mouche te pique ? Il a vu assez de la scène d’hier pour s’en douter, mais pas d’assez près la fleur fatidique pour te venir en aide. Tu sautes des dahlias aux zinnias, des anémones aux camélias, en t’accusant de mélanger le genre, l’espèce, la couleur et la forme, à mesure que cette dernière, sous l’action de l’angoisse, devient plus floue dans ta cervelle ; image deux fois fanée. Quant aux deux ou trois feuilles dont s’ornait l’original, tu ne t’en souviens plus du tout. John Williams a beau faire donner les cuivres : dans l’état où tu es, tu ne distinguerais plus un glaïeul d’un chrysanthème.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mer 22/03/2017 – 02:16&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Trouvaille&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Endormie sitôt rentrée, tout habillée ; me voici cinq heures plus tard, les tempes battantes, recrue comme jamais. Mais j’ai vu la fleur en rêve, derrière ma vitrine, assez longtemps pour décider ce qu’elle est : ce qu’elle était dans le réel, ce qu’elle sera dans mon histoire. Ancolie, gracieuse fleur de tristesse, légère fleur de folie. Réputée aphrodisiaque ; adorée des escargots. Sous sa forme simple, à cinq éperons, on la compare aux serres d’un aigle ; ou (pour conjurer la griffure et le rapt) aux gants de Notre Dame, laquelle n’est pas connue pour bénir gantée… De fait ce gant, souvent bleu pâle, ne s’enlève pas : il s’ouvre et laisse vibrer la lumière des doigts, &lt;a href=&quot;http://www.highcountrygardens.com/perennial-plants/aquilegia/aquilegia-caerulea&quot;&gt;http://www.highcountrygardens.com/perennial-plants/aquilegia/aquilegia-caerulea&lt;/a&gt;. La version qui m’occupe n’a pas cette modestie ; ciel pour ciel, elle se souvient plutôt du rapace. D’abord elle est double, bien sûr. Multipliée, comme tant de fleurs d’aujourd’hui, elle appartient au type « Nora Barlow ». Je présume que la teinte exacte – moirure de carmin, de noir et de violet – n’existe pas encore, pas tout à fait ; nul catalogue ne la représente. La variété « Black Barlow » (&lt;a href=&quot;http://www.botanus.com/aquilegia-vulgaris-black-barlow.html&quot;&gt;http://www.botanus.com/aquilegia-vulgaris-black-barlow.html&lt;/a&gt;) donne une idée, imparfaite car monochrome, de son langage obscur : pompon funèbre, incliné, méditant un requiem. L’otage de mon malentendu avait le deuil plus hirsute, la douleur moins ostentatoire ; capable aussi, je crois, de laisser transparaître, en plein soleil, des taches de vie, des feux de joie. En magasin, dans ce genre-là, je n’ai jamais eu que de charmantes (quoique déjà sanglantes) « Nora Barlow » tout court : rose vif, à molles pointes blanches, &lt;a href=&quot;http://www.jparkers.co.uk/6-aquilegia-nora-barlow-1004345c&quot;&gt;http://www.jparkers.co.uk/6-aquilegia-nora-barlow-1004345c&lt;/a&gt;. Je l’avais oublié, je n’ai pas fait le lien. Maintenant je me documente sur Nora elle-même : petite-fille de Darwin, éditrice des œuvres et papiers de son grand-père, pionnière de l’étude génétique des fleurs ; morte à 103 ans après une vie mieux que remplie. Nous voici loin de Notre Dame, de ses gants d’innocence et de son éthérée féminité ; mais je trouve inutile d’en rajouter, douteux le jeu de « Black Barlow » sur « Black Widow », voire « Black Dahlia ». Nora s’intéressait surtout aux primevères.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Mer 22/03/2017 – 02:29&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;:&amp;nbsp;néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Bravo ! Un emblème d’inquiétude assagie, d’amertume adoucie, pour fermer le cercle à coups de &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;links&lt;/span&gt;. Ta fleur – &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;aquilegia madametii&lt;/span&gt; – n’existe pas : raison de plus pour lui bâtir une oui-qui-pédie, le web n’est pas fait pour les chiens. Oh le joli faisceau de significations ! Je vais te dire : ta symbolique me semble désuète, médiévale même, variations funéraires et freudiennes comprises. ND, NB, c’est tout un. Arrête un peu ! On le sait depuis (au moins) &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;La tulipe noire&lt;/span&gt; et le dahlia bleu, l’enjeu n’est pas de signifier l’origine du monde, mais de fabriquer son avenir ; avec en prime du rare (et cher) – pour rien, pour couronner la série, comme en philatélie. La raison pour laquelle tu n’as pas fait le « lien », malgré tous ces liens qui se bousculent sous tes doigts comme dans ta tête, ce n’est pas que cette fleur est unique, ni magique. C’est que trop de fleurs se ressemblent désormais, de la marguerite à la rose : doubles, triples, quadruples, joufflues d’avance, quels que soient l’espèce, le genre, la famille, renonculacées comme astéracées. L’art amortit la science, la science améliore l’art. Les fleurs ont entrepris d’enfler. Elles visent le gigantisme, comme les poumons de nos egos, mais sans risque d'éclatement&amp;nbsp;; comme les tortues de nos Galapagos, mais sur dix ans au lieu de dix mille. Les y voilà : c’est une question de savoir-faire. Tu n’en manques pas. Je te vois bien marcher sur les traces de ta Nora, d’abord éditrice de textes, puis d’étamines. Le produit est obèse et stérile. On peut toujours essayer de ralentir : elle à coup sûr, avec ses primevères, n’en demandait pas tant ; toi non plus. Mais vous y êtes, nous y sommes, à programmer l’exceptionnel ; à guetter, par surenchère, la perfection d’un &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;unicum&lt;/span&gt; industriel, d’un miracle de pure apparence. Que faire, face à mille fleurs promises au même destin de lampions – rouges, pourpres, orange, et rondes, rondes, comme dessinées au spirographe ? En choisir une ; lui inventer un drame.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 27/03/2017 – 20:31&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;: Arithmétique&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je viens de me pincer en verrouillant. Ongle noir. Trop de hâte, le bilan n’attend pas, la coïncidence est exclue. Une visite ce matin, une autre en fin d’après-midi. D’abord cet inspecteur immense (la suspension en sait quelque chose, qu’il a envoyée valdinguer deux fois) entre me demander si on m’a volé récemment des fleurs. Choc, qui ne lui échappe pas, et dont me sauve le providentiel bac : mes beaux hortensias bleus, irréprochables victimes que l’affaire de l’ancolie, par une sorte de contagion, m’avait retenue de déclarer. Je me rattrape, n’épargne aucun détail, du nombre de têtes au montant de la perte. Il note scrupuleusement, puis : « Non, je veux dire, des fleurs individuelles : une tige, cassée peut-être, juste la fleur elle-même, vous voyez ? » Nouveau choc, je pâlis, je rougis comme moi seule sais le faire ; dans cette boutique frigorifiée, je me mets à transpirer du front. Il prend note derechef, mentalement cette fois : un délicat. J’explique : de tels vols seraient « difficiles à repérer, sauf fraglant délit ». Si la métathèse l’amuse, il n’en laisse rien paraître. « Et je n’ai pas de caméra. » J’inspire, expire, inspire. « Même lorsque la fleur est vendue à l’unité, j’avoue que je ne recompte pas tous les soirs. » (Je devrais.) « À la rigueur les arums, les cannas. Sur une botte, par contre, même tenue par son élastique, un prélèvement un peu adroit est indécelable ». Indécelable ! Je sais encore faire des phrases. Il me regarde, sans animosité ; je sens se remplir une fiche à mon nom, et je tente de reprendre la main : « Quel genre de fleurs ? » Et lui, sans un coup d’œil à son carnet : rose, pivoine, lilas, lupin… « Plus une, compliquée, violacée, qui n’a pas été identifiée. » La sueur me tombe dans les yeux – mascara-free, heureusement. « Mais comment savez-vous qu’elles ont pu être volées ? » Pas de réponse. « Je vous remercie. » Il s’en va en saluant la suspension. Je passe l’après-midi à calmer non la peur, mais la démangeaison que j’ai eue de tout dire ; jusqu’à l’arrivée d’une gamine, dans les treize ans, traînant après elle un monstre miniature à classer dans l’espèce « petit frère », de moitié plus jeune. La solennité de cette petite m’aurait fait sourire – un autre jour. « Madame Madamet ? », s’enquiert-elle gravement ; sa voix, son intonation étudiée me rendent la redondance moins déplaisante, presque euphonique. Comme elle a besoin de ses deux mains pour sortir un cahier de son cartable, le petit frère s’échappe. Lui n’a rien de solennel, et le prouve en renversant trois vases de freesias. De l’eau partout, un des bouquets bon pour la poubelle ; Bruno à la rescousse. Pour finir c’est moi qui retiens le vandale (par le poignet, à sa fureur et à celle de mon dos), tandis que son impassible sœur m’ouvre sous le nez ce qui se révèle être un herbier. De l’index (ongle rose, à paillettes, avec émoticône songeur) elle désigne (longs pétales aplatis, encore tendres) un &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;crocus flavus&lt;/span&gt; de bonne taille, du jaune d’or attendu, resplendissant. Ma science est au rendez-vous ; cette fois j’ai une réplique d’avance. « Reconnaissez-vous cette fleur ? », chuchote la visiteuse, qui se prend pour le Club des Cinq et le Clan des Sept réunis. Il me reste assez de présence d’esprit pour amorcer une contre-enquête : « C’est un magnifique crocus. J’en ai rarement vu d’aussi grands, peux-tu me dire d’où il vient ? ». Le sérieux la raidit encore un peu plus : « C’est un secret. Mais c’est aussi un mystère, et je vous promets que vous saurez tout lorsque je l’aurai éclairci ». Dernière question, pour masquer ma déroute : « Où habites-tu ? » Apparemment ce n’est ni un mystère, ni un secret. Puis, généreuse : « Je m’appelle Lydia. Nous nous reverrons. » Voilà. Dans la pénombre, oublieuse (une fois de plus) de ma comptabilité en partie double, j’additionne avec rage d’élémentaires clartés. Une, deux, trois visites, au moins six fleurs, toutes différentes… au lieu d’une, que je prenais littéralement dans tous les sens. Nora Barlow, tu parles. Pour la chasse aux indices et dans le genre sérieux, je ne crains personne. Je me suis fait du cinéma, mais je n’ai rien compris au film.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date&amp;nbsp;: Lun 27/03/2017 – 20:38&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De&amp;nbsp;: Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À&amp;nbsp;: Sarah Madamet&amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet&amp;nbsp;:&amp;nbsp;zéro&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je ne te le fais pas dire. Moralité : il n’est &lt;span class=&quot;italic&quot;&gt;pas&lt;/span&gt; défendu d’entrer dans la boutique avec une ou des fleurs à la main. Quant à savoir d’où elles sortent…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
		<category term="Le roman-feuilleton" />
	</entry>
	<entry>
		<title>Ch. 8 - Sacha – et ses ami.e.s</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.mouvement-transitions.fr/index.php/juste/le-roman-feuilleton/sommaire-general-des-chats-perdus/1414-ch-8-sacha-et-ses-ami-e-s"/>
		<published>2017-05-20T12:15:00+00:00</published>
		<updated>2017-05-20T12:15:00+00:00</updated>
		<id>https://www.mouvement-transitions.fr/index.php/juste/le-roman-feuilleton/sommaire-general-des-chats-perdus/1414-ch-8-sacha-et-ses-ami-e-s</id>
		<author>
			<name>B. Kadabra</name>
			<email>moulinesarah@gmail.com</email>
		</author>
		<summary type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 8&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Sacha – et ses ami.e.s&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;20/05/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il ouvrit une canette de 8-6 et alluma une clope. Il respira une bouffée, puis deux, puis but une gorgée, et me tendit la canette bien fraîche. J’hésitai un instant, puis bus quelques lampées.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— T’y aurais cru Sacha, si il y a quinze ans on nous avait dit que tu travaillerais toi dans une crèche, moi comme fleuriste&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je laissai couler un silence.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Franchement…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il plongea ses grands yeux bleus dans les miens.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Moi dans une crèche, ouais, j’y aurais cru, je dirais même qu’il y a des moments où ça m’a fait tenir, comme perspective. Mais toi au milieu des fleurs à Rungis… j’ai plus souvent eu peur d’avoir à te rendre visite à Fleury-Morangis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je repensai aux peurs bleues qu’il avait pu me faire, ce grand malade, à charger des bandes de fachos dans le quartier latin poings nus, le regard dur et les nerfs à vifs. Je repensai à certaines discussions tard le soir où il parlait sincèrement de braquer des banques plutôt que de baisser la tête devant un patron. Mais aussi tout le reste, les fêtes, les concerts, les barres de rire à plusieurs pour des conneries…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il se marra et tendit le bras pour que je lui rende sa canette. Bordel ce que je pouvais aimer le voir vieillir ce pote, avec son crâne rasé pour homogénéiser sa calvitie, le visage ridé par l’intensité de la vie, et les yeux pétillants de vie… On respira un grand coup, synchros. Il faisait beau, le printemps avait fait la tronche pendant tout l’entre deux tours, mais maintenant que la tempête électorale semblait s’être calmée, il revenait dire aux femmes et aux hommes qu’il les aimait même si c’étaient des gros cons parfois.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Bah je me préfère au milieu des fleurs que là-bas tu vois…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Moi aussi mon Charly, je te préfère ici. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Bon, c’est pas tout…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il dégaina un pot de fleur avec de la terre dedans, et une fleur.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Voilà ce que j’ai pour toi. C’est ce que vous m’avez demandé. Ça m’a moins pris la tête à trouver que des lupins…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Cool…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— C’est&amp;nbsp; toujours pour le vieux&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Non, on est passé à la phase deux. Le vieux, on pense qu’il a compris, ou alors s’il n’a pas compris, bah tant pis pour nous. En même temps on peut pas vraiment faire plus clair quoi…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il sourit encore plus grand, avec son incisive qui manquait et qui le rendait à la fois si vieux et si enfantin. Je me levai, l’embrassai sur le crâne et tournai les talons. Dans mon dos, il dit&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Hé Sacha… C’est beau, ce qu’on est en train de faire depuis quelques mois.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;L’homme n’avait pas fini d’ouvrir la bouche que je coupai net&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Affligeant, dis-je.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il écarquilla les yeux.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Vos présupposés sont affligeants, enchainai-je.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il ouvrit la bouche comme un poisson, soufflé par mon impudence. Je lui avais volé sa réplique, et il n’en avait qu’une. Il la répétait en boucle sa phrase, le vieux. Et là, par jeu, parce que j’étais de bonne humeur, je l’avais eu. Hassan, clochard historique du quartier des Chats perdus qui était assis sur le banc à côté, explosa de rire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Elle t’a eu mon frère&amp;nbsp;! Elle te l’a coupé sous le pied&amp;nbsp;!&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je rentrai dans la crèche.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tout va bien Juliette?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Elle leva les yeux vers moi, le visage fatigué mais tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Ça va. On en a un qui a de la fièvre, Hager est en train de s’occuper de lui à l’infirmerie… Je lui ai envoyé un texto pour lui demander si je devais m’inquiéter, elle a dit qu’elle avait un trou dans ses rendez-vous et elle est passée faire un saut.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— OK, fis-je. Puis je me penchai vers elle&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— J’ai la fleur… Elle est belle.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Elle me fit un clin d’œil.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— C’est grave docteure&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Hager se tourna vers moi.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— C’est l’histoire d’un petit bout de chou qui est en train de se taper sa première grosse fièvre historique.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Elle attrapa le bout de chou qui était tellement dans les vapes qu’il ne pleurait même pas, et le berça tendrement. Puis elle lui parla comme elle savait si bien faire&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Mais c’est l’école de la vie. Mon petit Jonas, si ta maman elle t’avait mis chez une nourrice privée, tu n’attraperais pas tous ces microbes que te refilent tes camarades bébés conscrits, mais du coup tu serais malade toute ta vie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Elle lui tapota le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Les microbes, c’est comme tout le reste&amp;nbsp;: en les partageant on devient plus fort collectivement.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Sa maman, même si elle avait voulu, elle n’aurait pas vraiment pu le placer chez une nourrice le Jonas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Hager me jeta un regard interrogateur.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— C’est le Brancart 3.0. que tu as dans les bras. Tu sais, on avait la version 2.0 il y a encore trois ans … Il s’appelait Martin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Brancart… On parle bien de…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Celle-là même ma chère, celle-là même… On fait quoi pour le petit&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu viens ce soir&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Elle me tendit Jonas. Je le saisis tout chaud, les yeux entrouverts le temps de s’assurer que la transition d’un corps à l’autre lui convenait, puis il se rendormit immédiatement dans mes bras. Il était 17h30, sa mère ne tarderait pas à venir le chercher, inutile de la déranger plus tôt pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Je consulte jusqu’à 21 heures, mais on vous rejoint après. Je veux pas louper l’intronisation d’un nouveau membre dans notre secte.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je m’affalai sur notre canapé. Manu me jeta un regard attendri.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Fatiguée&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Je suis morte. Je crois que j’ai besoin d’un bisou.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il s’approcha de moi, s’assit, m’embrassa sur la joue, par jeu. Il n’aimait pas me donner trop facilement ce que je lui demandais, le gredin. Je posai ma tête sur ses cuisses et il entama un massage de mon cuir chevelu d’une main experte. Le kiffe.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Charly m’a écrit pour me dire que je pouvais passer chercher la plante dans l’après-midi. Ça l’arrangeait parce qu’il a sa fille cette semaine, il sera pas là ce soir du coup …&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je sentis Manu se raidir.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Merde…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je me redressai. Il faisait sa tête de quand il avait fait une connerie. Je soupirai.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu as oublié&amp;nbsp;? Mais t’as la tête où en ce moment&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je regardai l’heure. Il essaya d’ouvrir la bouche mais je le coupai.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Ils arrivent dans une demi-heure, on se bouge on fait des pâtes. T’es relou parfois.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je me levai et me dirigeai vers la cuisine. Deux gâteaux étaient posés sur la table, ainsi qu’une salade carotte/betterave. Sur le feu mijotaient deux casseroles. Plus un gratin au four. Je fis volte face.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Bah je comprends pas…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu me laisses pas dire les choses Sacha! Le problème c’est que j’ai fait pour 15, parce que Charly il mange pour 10, alors là sans Charly on va avoir des restes à pas savoir quoi en faire. Faut me dire la prochaine fois.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ouvris la porte. Hager et Vincent, tout sourire. On se fit la bise, ils saluèrent tout le monde. La porte donnait direct sur le salon, au moins c’était simple comme ça.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;On était donc au complet – moins Charly, s’entend. Juliette et Verlaine, qui étaient toutes les deux avec moi depuis le début à la crèche. Manu, mon mec. Hager, médecin pédiatre référent de la crèche, et son mec Vincent, informaticien d’origine asiatique&amp;nbsp;&lt;em&gt;mais&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui mesurait un mètre quatre-vingt dix&amp;nbsp;&lt;em&gt;mais&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui préférait la pétanque au basket-ball. Et Mona, nouvelle stagiaire à la crèche pour qui on organisait cette petite soirée d’accueil.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— En fait toi aussi tu connais Sacha depuis avant de travailler à la crèche ? demanda-t-elle à Hager qui venait de se servir un grand verre de mousse. Elle plissa les yeux pour marquer le mystère.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Ouais… T’imagineras jamais depuis quand on est copines.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Depuis les manifs je suppose&amp;nbsp;? Juliette et Verlaine viennent de me raconter tous leurs délires de révolutionnaires là…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Hager éclata de rire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Non à cette époque Sacha elle me reprochait ma manière très néocoloniale d’aller faire de l’humanitaire en Afrique, alors…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— J’en pense toujours la même chose d’ailleurs, lâchai-je.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Vous êtes potes de lycée alors&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Avant.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Collège&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Avant.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Primaire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Avant.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Sérieux&amp;nbsp;? Vous vous connaissez de la crèche&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Hé oui ma poule, on s’est connues à la crèche et elle est tellement nostalgique de cette époque qu’elle m’a demandé de l’accompagner dans son délire quand elle a monté sa structure subversive avec ses copines…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu parles de subversion, fit Verlaine. On fait plus d’heures qu’à l’usine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Ouais mais vous êtes vos propres patronnes et tout le monde peut pas dire ça, lâcha Vincent de sa voix posée.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Verlaine sourit.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— C’est vrai que c’est toujours mieux que d’assurer la sécurité informatique d’une entreprise de connards…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tais-toi parce que si tu me soules je révèle au monde entier que t’as choisi de te faire surnommer Verlaine parce que t’assumais pas ton vrai nom… Gertrude.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Verlaine écarquilla les yeux et se tourna vers Hager.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu lui as dit&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Désolée…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Pfff…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;La soirée se passa bien. On mangeait, on buvait, on s’amusait. N’empêche, la belle petite vie que j’ai, pensai-je… Puis Juliette prit la parole, un peu solennellement.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Mona, on a un truc à te dire. Tu es avec nous à la crèche depuis deux semaines, ça se passe super bien, et on veut que tu saches quelque chose qui nous occupe pas mal en ce moment, parce qu’on aime y faire allusion quand on travaille et que très vite, ça devient excluant les messes basses.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;Le silence se fit. Tout le monde frémissait d’excitation, sauf Mona qui se demandait ce qu’on allait bien pouvoir lui raconter.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Voilà, comme t’as compris, avec Verlaine, Juliette, et beaucoup d’autres, on a disons des idées plutôt… qui ne sont pas les idées majoritaires, sur plein de choses qu’on ne supporte pas depuis ados, pour des raisons et à des degrés différents que chacune on pourra t’expliquer à l’occasion. On a essayé des formes diverses et variées de lutte politique, et on est sorties assez fatiguées des actions préparées dans le secret, où après tu fais semblant de pas y avoir participé en sous-entendant que si, tu as participé, dans un truc de coquetterie militante plutôt néfaste…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Moi, continua Hager, sans me foutre dans les mêmes situations que les trois grandes folles qui sont censées t’apprendre à garder des bébés, je suis allée vers la médecine sur la base d’un simple désir de soigner les gens en pensant que l’accès au soin suffisait à les rendre moins méchants. Or je me dis aujourd’hui que ça ne suffit pas, et surtout j’ai peur de tomber assez vite dans une sorte de routine néfaste, à me dire que ce que j’ai m’est dû parce que j’en ai bavé, bref devenir une vieille conne avant l’heure…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Vincent continua.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Moi et Manu on est juste les mecs de deux des cinglées qui sont devant toi, et comme on est cinglés aussi on s’est laissé embarquer.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Menteur&amp;nbsp;! lâcha Manu. Vincent c’est un informaticien de folie, un mec qui fait de la finance la journée et du robin des bois la nuit… Le seul dans cette pièce qui n’a aucun passé politique, c’est moi.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;(Et c’est paradoxalement pour ça que je t’aime, bel homme, parce que tu as d’autres souvenirs que les miens, et que tu n’es pas préoccupé par la lecture des tatouages ou de la couleur des lacets d’un type qui passe avec un polo Fred Perry et le crâne rasé dans la rue. Tout à l’heure on ira se coucher et on se serrera toute la nuit).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Donc bref, fortes de tout ça, et habituées à se voir comme on fait ce soir, parce qu’on travaille ensemble ou qu’on vit à deux pas les unes des autres, on a beaucoup discuté au printemps dernier de ce que ce serait, des actions qui aient du sens pour nous, sans risquer de nous mettre en danger au point de ne pas pouvoir ouvrir la crèche un matin, mais qui en même temps nous sortent de l’état de léthargie auquel, faut l’avouer, tout nous pousse.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— On s’est donc demandé&amp;nbsp;: ce serait quoi, le corollaire de foutre une bombe chez les bâtards du CAC-40, mais version positive.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Et au même moment, grâce à une série de hasards on a découvert qu’on avait dans le voisinage des gens super précieux, avec des vies de fous, mais qui étaient en train de tomber dans l’oubli.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Et on a décidé de les remercier de ce qu’ils faisaient.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu suis, ou on va trop vite&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Je vous suis, continuez.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— On a décidé de fleurir leur vie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Mais pas comme des hippies à la con.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Leur faire bien comprendre qu’on les aimait pour la manière qu’ils avaient, dans le monde, de&amp;nbsp;&lt;em&gt;prendre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&lt;em&gt;parti&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— On a découvert qu’il n’existait pas de mot pour parler de ce projet.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Ce serait le contraire de «&amp;nbsp;vengeance&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Des «&amp;nbsp;primes&amp;nbsp;» donc, mais le mot est horrible.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Et on a joint les actes aux rêves.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— On a commencé par un vieux rital qui, quand tu le vois comme ça, ne paye pas de mine, mais qui dans l’Italie des années 70, l’Italie qui a rêvé d’autonomie et d’anarchie, a participé au collectif&amp;nbsp;&lt;em&gt;Arseno Lupino&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui a notamment écrit un bouquin sur l’éducation des plus jeunes…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Avec tout un chapitre sur les crèches, chapitre qui nous a bien servi à mettre en place le projet pédagogique que tu commences à connaître.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Et on a toute une liste de gens, et on continuera.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Et on ne se veut pas fermés.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Surtout pas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Alors si tu veux un jour nous rejoindre, tu es la bienvenue.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— D’ailleurs, cette nuit, on va déposer une fleur chez une femme du coin.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Une Gueule de Loup, parce que cette fleur porte le même nom que le premier squat qu’elle a ouvert.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Premier squat d’une longue série de squats.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Dont le squat où Verlaine, Sacha et moi nous sommes rencontrées, fit Juliette.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il y eut un silence. Mona nous regarda un à un. Puis elle lâcha, avec un sourire&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Vous êtes des ouuuuuuuuufs&amp;nbsp;!&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Nous hochâmes la tête. &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Confidence pour confidence&amp;nbsp;: le fleuriste qui travaille chez&amp;nbsp;&lt;em&gt;Dites le avec…&lt;/em&gt;&amp;nbsp;bah… &amp;nbsp;je sors avec. Il pourra peut-être nous aider&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<content type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 8&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Sacha – et ses ami.e.s&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;20/05/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il ouvrit une canette de 8-6 et alluma une clope. Il respira une bouffée, puis deux, puis but une gorgée, et me tendit la canette bien fraîche. J’hésitai un instant, puis bus quelques lampées.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— T’y aurais cru Sacha, si il y a quinze ans on nous avait dit que tu travaillerais toi dans une crèche, moi comme fleuriste&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je laissai couler un silence.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Franchement…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il plongea ses grands yeux bleus dans les miens.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Moi dans une crèche, ouais, j’y aurais cru, je dirais même qu’il y a des moments où ça m’a fait tenir, comme perspective. Mais toi au milieu des fleurs à Rungis… j’ai plus souvent eu peur d’avoir à te rendre visite à Fleury-Morangis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je repensai aux peurs bleues qu’il avait pu me faire, ce grand malade, à charger des bandes de fachos dans le quartier latin poings nus, le regard dur et les nerfs à vifs. Je repensai à certaines discussions tard le soir où il parlait sincèrement de braquer des banques plutôt que de baisser la tête devant un patron. Mais aussi tout le reste, les fêtes, les concerts, les barres de rire à plusieurs pour des conneries…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il se marra et tendit le bras pour que je lui rende sa canette. Bordel ce que je pouvais aimer le voir vieillir ce pote, avec son crâne rasé pour homogénéiser sa calvitie, le visage ridé par l’intensité de la vie, et les yeux pétillants de vie… On respira un grand coup, synchros. Il faisait beau, le printemps avait fait la tronche pendant tout l’entre deux tours, mais maintenant que la tempête électorale semblait s’être calmée, il revenait dire aux femmes et aux hommes qu’il les aimait même si c’étaient des gros cons parfois.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Bah je me préfère au milieu des fleurs que là-bas tu vois…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Moi aussi mon Charly, je te préfère ici. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Bon, c’est pas tout…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il dégaina un pot de fleur avec de la terre dedans, et une fleur.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Voilà ce que j’ai pour toi. C’est ce que vous m’avez demandé. Ça m’a moins pris la tête à trouver que des lupins…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Cool…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— C’est&amp;nbsp; toujours pour le vieux&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Non, on est passé à la phase deux. Le vieux, on pense qu’il a compris, ou alors s’il n’a pas compris, bah tant pis pour nous. En même temps on peut pas vraiment faire plus clair quoi…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il sourit encore plus grand, avec son incisive qui manquait et qui le rendait à la fois si vieux et si enfantin. Je me levai, l’embrassai sur le crâne et tournai les talons. Dans mon dos, il dit&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Hé Sacha… C’est beau, ce qu’on est en train de faire depuis quelques mois.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;L’homme n’avait pas fini d’ouvrir la bouche que je coupai net&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Affligeant, dis-je.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il écarquilla les yeux.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Vos présupposés sont affligeants, enchainai-je.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il ouvrit la bouche comme un poisson, soufflé par mon impudence. Je lui avais volé sa réplique, et il n’en avait qu’une. Il la répétait en boucle sa phrase, le vieux. Et là, par jeu, parce que j’étais de bonne humeur, je l’avais eu. Hassan, clochard historique du quartier des Chats perdus qui était assis sur le banc à côté, explosa de rire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Elle t’a eu mon frère&amp;nbsp;! Elle te l’a coupé sous le pied&amp;nbsp;!&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je rentrai dans la crèche.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tout va bien Juliette?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Elle leva les yeux vers moi, le visage fatigué mais tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Ça va. On en a un qui a de la fièvre, Hager est en train de s’occuper de lui à l’infirmerie… Je lui ai envoyé un texto pour lui demander si je devais m’inquiéter, elle a dit qu’elle avait un trou dans ses rendez-vous et elle est passée faire un saut.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— OK, fis-je. Puis je me penchai vers elle&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— J’ai la fleur… Elle est belle.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Elle me fit un clin d’œil.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— C’est grave docteure&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Hager se tourna vers moi.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— C’est l’histoire d’un petit bout de chou qui est en train de se taper sa première grosse fièvre historique.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Elle attrapa le bout de chou qui était tellement dans les vapes qu’il ne pleurait même pas, et le berça tendrement. Puis elle lui parla comme elle savait si bien faire&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Mais c’est l’école de la vie. Mon petit Jonas, si ta maman elle t’avait mis chez une nourrice privée, tu n’attraperais pas tous ces microbes que te refilent tes camarades bébés conscrits, mais du coup tu serais malade toute ta vie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Elle lui tapota le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Les microbes, c’est comme tout le reste&amp;nbsp;: en les partageant on devient plus fort collectivement.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Sa maman, même si elle avait voulu, elle n’aurait pas vraiment pu le placer chez une nourrice le Jonas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Hager me jeta un regard interrogateur.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— C’est le Brancart 3.0. que tu as dans les bras. Tu sais, on avait la version 2.0 il y a encore trois ans … Il s’appelait Martin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Brancart… On parle bien de…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Celle-là même ma chère, celle-là même… On fait quoi pour le petit&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu viens ce soir&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Elle me tendit Jonas. Je le saisis tout chaud, les yeux entrouverts le temps de s’assurer que la transition d’un corps à l’autre lui convenait, puis il se rendormit immédiatement dans mes bras. Il était 17h30, sa mère ne tarderait pas à venir le chercher, inutile de la déranger plus tôt pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Je consulte jusqu’à 21 heures, mais on vous rejoint après. Je veux pas louper l’intronisation d’un nouveau membre dans notre secte.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je m’affalai sur notre canapé. Manu me jeta un regard attendri.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Fatiguée&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Je suis morte. Je crois que j’ai besoin d’un bisou.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il s’approcha de moi, s’assit, m’embrassa sur la joue, par jeu. Il n’aimait pas me donner trop facilement ce que je lui demandais, le gredin. Je posai ma tête sur ses cuisses et il entama un massage de mon cuir chevelu d’une main experte. Le kiffe.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Charly m’a écrit pour me dire que je pouvais passer chercher la plante dans l’après-midi. Ça l’arrangeait parce qu’il a sa fille cette semaine, il sera pas là ce soir du coup …&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je sentis Manu se raidir.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Merde…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je me redressai. Il faisait sa tête de quand il avait fait une connerie. Je soupirai.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu as oublié&amp;nbsp;? Mais t’as la tête où en ce moment&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je regardai l’heure. Il essaya d’ouvrir la bouche mais je le coupai.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Ils arrivent dans une demi-heure, on se bouge on fait des pâtes. T’es relou parfois.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Je me levai et me dirigeai vers la cuisine. Deux gâteaux étaient posés sur la table, ainsi qu’une salade carotte/betterave. Sur le feu mijotaient deux casseroles. Plus un gratin au four. Je fis volte face.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Bah je comprends pas…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu me laisses pas dire les choses Sacha! Le problème c’est que j’ai fait pour 15, parce que Charly il mange pour 10, alors là sans Charly on va avoir des restes à pas savoir quoi en faire. Faut me dire la prochaine fois.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ouvris la porte. Hager et Vincent, tout sourire. On se fit la bise, ils saluèrent tout le monde. La porte donnait direct sur le salon, au moins c’était simple comme ça.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;On était donc au complet – moins Charly, s’entend. Juliette et Verlaine, qui étaient toutes les deux avec moi depuis le début à la crèche. Manu, mon mec. Hager, médecin pédiatre référent de la crèche, et son mec Vincent, informaticien d’origine asiatique&amp;nbsp;&lt;em&gt;mais&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui mesurait un mètre quatre-vingt dix&amp;nbsp;&lt;em&gt;mais&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui préférait la pétanque au basket-ball. Et Mona, nouvelle stagiaire à la crèche pour qui on organisait cette petite soirée d’accueil.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— En fait toi aussi tu connais Sacha depuis avant de travailler à la crèche ? demanda-t-elle à Hager qui venait de se servir un grand verre de mousse. Elle plissa les yeux pour marquer le mystère.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Ouais… T’imagineras jamais depuis quand on est copines.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Depuis les manifs je suppose&amp;nbsp;? Juliette et Verlaine viennent de me raconter tous leurs délires de révolutionnaires là…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Hager éclata de rire.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Non à cette époque Sacha elle me reprochait ma manière très néocoloniale d’aller faire de l’humanitaire en Afrique, alors…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— J’en pense toujours la même chose d’ailleurs, lâchai-je.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Vous êtes potes de lycée alors&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Avant.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Collège&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Avant.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Primaire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Avant.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Sérieux&amp;nbsp;? Vous vous connaissez de la crèche&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Hé oui ma poule, on s’est connues à la crèche et elle est tellement nostalgique de cette époque qu’elle m’a demandé de l’accompagner dans son délire quand elle a monté sa structure subversive avec ses copines…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu parles de subversion, fit Verlaine. On fait plus d’heures qu’à l’usine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Ouais mais vous êtes vos propres patronnes et tout le monde peut pas dire ça, lâcha Vincent de sa voix posée.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Verlaine sourit.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— C’est vrai que c’est toujours mieux que d’assurer la sécurité informatique d’une entreprise de connards…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tais-toi parce que si tu me soules je révèle au monde entier que t’as choisi de te faire surnommer Verlaine parce que t’assumais pas ton vrai nom… Gertrude.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Verlaine écarquilla les yeux et se tourna vers Hager.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu lui as dit&amp;nbsp;?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Désolée…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Pfff…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;La soirée se passa bien. On mangeait, on buvait, on s’amusait. N’empêche, la belle petite vie que j’ai, pensai-je… Puis Juliette prit la parole, un peu solennellement.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Mona, on a un truc à te dire. Tu es avec nous à la crèche depuis deux semaines, ça se passe super bien, et on veut que tu saches quelque chose qui nous occupe pas mal en ce moment, parce qu’on aime y faire allusion quand on travaille et que très vite, ça devient excluant les messes basses.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;Le silence se fit. Tout le monde frémissait d’excitation, sauf Mona qui se demandait ce qu’on allait bien pouvoir lui raconter.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Voilà, comme t’as compris, avec Verlaine, Juliette, et beaucoup d’autres, on a disons des idées plutôt… qui ne sont pas les idées majoritaires, sur plein de choses qu’on ne supporte pas depuis ados, pour des raisons et à des degrés différents que chacune on pourra t’expliquer à l’occasion. On a essayé des formes diverses et variées de lutte politique, et on est sorties assez fatiguées des actions préparées dans le secret, où après tu fais semblant de pas y avoir participé en sous-entendant que si, tu as participé, dans un truc de coquetterie militante plutôt néfaste…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Moi, continua Hager, sans me foutre dans les mêmes situations que les trois grandes folles qui sont censées t’apprendre à garder des bébés, je suis allée vers la médecine sur la base d’un simple désir de soigner les gens en pensant que l’accès au soin suffisait à les rendre moins méchants. Or je me dis aujourd’hui que ça ne suffit pas, et surtout j’ai peur de tomber assez vite dans une sorte de routine néfaste, à me dire que ce que j’ai m’est dû parce que j’en ai bavé, bref devenir une vieille conne avant l’heure…&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Vincent continua.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Moi et Manu on est juste les mecs de deux des cinglées qui sont devant toi, et comme on est cinglés aussi on s’est laissé embarquer.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Menteur&amp;nbsp;! lâcha Manu. Vincent c’est un informaticien de folie, un mec qui fait de la finance la journée et du robin des bois la nuit… Le seul dans cette pièce qui n’a aucun passé politique, c’est moi.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;(Et c’est paradoxalement pour ça que je t’aime, bel homme, parce que tu as d’autres souvenirs que les miens, et que tu n’es pas préoccupé par la lecture des tatouages ou de la couleur des lacets d’un type qui passe avec un polo Fred Perry et le crâne rasé dans la rue. Tout à l’heure on ira se coucher et on se serrera toute la nuit).&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Donc bref, fortes de tout ça, et habituées à se voir comme on fait ce soir, parce qu’on travaille ensemble ou qu’on vit à deux pas les unes des autres, on a beaucoup discuté au printemps dernier de ce que ce serait, des actions qui aient du sens pour nous, sans risquer de nous mettre en danger au point de ne pas pouvoir ouvrir la crèche un matin, mais qui en même temps nous sortent de l’état de léthargie auquel, faut l’avouer, tout nous pousse.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— On s’est donc demandé&amp;nbsp;: ce serait quoi, le corollaire de foutre une bombe chez les bâtards du CAC-40, mais version positive.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Et au même moment, grâce à une série de hasards on a découvert qu’on avait dans le voisinage des gens super précieux, avec des vies de fous, mais qui étaient en train de tomber dans l’oubli.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Et on a décidé de les remercier de ce qu’ils faisaient.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Tu suis, ou on va trop vite&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Je vous suis, continuez.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— On a décidé de fleurir leur vie.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Mais pas comme des hippies à la con.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Leur faire bien comprendre qu’on les aimait pour la manière qu’ils avaient, dans le monde, de&amp;nbsp;&lt;em&gt;prendre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&lt;em&gt;parti&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— On a découvert qu’il n’existait pas de mot pour parler de ce projet.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Ce serait le contraire de «&amp;nbsp;vengeance&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Des «&amp;nbsp;primes&amp;nbsp;» donc, mais le mot est horrible.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Et on a joint les actes aux rêves.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— On a commencé par un vieux rital qui, quand tu le vois comme ça, ne paye pas de mine, mais qui dans l’Italie des années 70, l’Italie qui a rêvé d’autonomie et d’anarchie, a participé au collectif&amp;nbsp;&lt;em&gt;Arseno Lupino&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui a notamment écrit un bouquin sur l’éducation des plus jeunes…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Avec tout un chapitre sur les crèches, chapitre qui nous a bien servi à mettre en place le projet pédagogique que tu commences à connaître.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Et on a toute une liste de gens, et on continuera.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Et on ne se veut pas fermés.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Surtout pas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Alors si tu veux un jour nous rejoindre, tu es la bienvenue.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— D’ailleurs, cette nuit, on va déposer une fleur chez une femme du coin.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Une Gueule de Loup, parce que cette fleur porte le même nom que le premier squat qu’elle a ouvert.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Premier squat d’une longue série de squats.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Dont le squat où Verlaine, Sacha et moi nous sommes rencontrées, fit Juliette.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Il y eut un silence. Mona nous regarda un à un. Puis elle lâcha, avec un sourire&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Vous êtes des ouuuuuuuuufs&amp;nbsp;!&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Nous hochâmes la tête. &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;— Confidence pour confidence&amp;nbsp;: le fleuriste qui travaille chez&amp;nbsp;&lt;em&gt;Dites le avec…&lt;/em&gt;&amp;nbsp;bah… &amp;nbsp;je sors avec. Il pourra peut-être nous aider&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
		<category term="Le roman-feuilleton" />
	</entry>
	<entry>
		<title>Ch. 9 - Orquídea</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.mouvement-transitions.fr/index.php/juste/le-roman-feuilleton/sommaire-general-des-chats-perdus/1425-ch-9-orquidea"/>
		<published>2017-06-03T12:15:00+00:00</published>
		<updated>2017-06-03T12:15:00+00:00</updated>
		<id>https://www.mouvement-transitions.fr/index.php/juste/le-roman-feuilleton/sommaire-general-des-chats-perdus/1425-ch-9-orquidea</id>
		<author>
			<name>B. Kadabra</name>
			<email>moulinesarah@gmail.com</email>
		</author>
		<summary type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 9&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Orquídea&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;03/06/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 20:44&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ah non. Ne commence pas. Dites-le avec des pleurs, ça va cinq minutes. Je sais : tout s’additionne, sous prétexte qu’on l’a vécu, qu’on n’a qu’une vie. Il faut faire la somme, inscrire un total – juste de préférence. Mettre en colonne un tas, un ramassis d’encombrements, de désagréments ; le n’importe quoi des circonstances jouant aux billes avec ton crâne, aux quilles avec ton corps. Et se défausser sur le temps : « Quelle journée ! », sous prétexte que c’en est une. Je sais : remplie, épuisante, accablante. Je vais te dire : je me fous de tes journées. D’abord, c’est toi qui les as voulues. Fleuriste ! Je ne dis pas que la banque de l’Horrible vaut mieux – le noble réfugié du Portique, l’intello recyclé dans son costard trois-pièces, trônant comme un singe au Crédit Arboricole, derrière son sas de protection. Mais un métier qui te scie le dos, qui te transit les côtes, qui t’infecte les ongles et la conscience, entre l’appât supposé du gain et l’obsession spontanée du vol ? Un métier qui te force à sourire, et à tenir tes comptes, comme si ta vie en dépendait ? Car ta vie en dépend, et à force de simuler – le sens du contact et celui des chiffres, le souci des marges mêlé à celui des gens –, redressement fiscal puis dépôt de bilan souffleront la bougie de ta première année. Il y a un mois ou deux que tu l’as compris : le commerce, le vrai, ne s’improvise pas. La douleur, par contre, la vraie comme la fausse... Bravo l’artiste. L’étau sur tes vertèbres, le feu à ton sommeil, la mauvaise foi en gerbes, pour prix de synesthésies d’opérette : les parfums, les couleurs et les noms – arrête ! Qu’est-ce que tu croyais ? Qu’un &lt;em&gt;arrangement&lt;/em&gt; ferait la différence, donnerait à ta vie la forme après quoi tu cours depuis cinquante ans ? Tu n’es pas naïve à ce point. Alors, si tu veux gémir, va sur Tout-y-taire – et fiche-moi la paix. Comment ? D’accord, c’est moi qui geins et qui hurle ce soir, tu es trop triste ou trop crevée pour t’y mettre. J’avoue : le cynisme n’est qu’une autre manière de pleurer – et pas la plus honnête. Un point pour toi. Au vrai, depuis un moment, rien qu’à te voir souffrir et rougir, à te sentir rager, je fais les demandes et les réponses. Tu ne m’as pas sonnée, je ne dis pas le contraire. S’il fallait savoir pourquoi la parole vous prend, vous secoue et vous lâche, comme un prunier sans prunes... Tu penses donc je suis, c’est comme ça. Mais depuis que ce sont tes doigts, tes désirs, tes ambitions que tu panses, jour après jour, depuis que tu as mal partout, j’ai du mal. Quelque chose ne colle pas, et me rend furieuse. Pardonne-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 20:59&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Reprenons, doucement. Ce matin, ça démarre avec Louise, qui choisit d’appeler à l’aube, au moment exact où tu t’endors enfin : « Écoute Maman, ce n’est ni de ma faute, ni de la tienne si je suis partie aux States. L’occasion s’est présentée, c’est tout. » Elle t’assène ce qu’elle rumine – la suite d’une engueulade commencée quand, déjà ? Un paragraphe entier : elle aurait pu aussi bien te faire un courriel, artificiel selon la loi du genre, surécrit pour faire sous-écrit. Mais c’est toi qui insistes pour entendre sa voix ; te voilà servie – par le décalage, la vie ailleurs six heures plus tôt : tu as droit aux bruits d’ambiance, conversations, tintements de bouteilles, &lt;em&gt;Body and Soul.&lt;/em&gt; Est-ce qu’elle a pris son smartphone au milieu d’une party, juste parce qu’elle se sent coupable, ou victime ? En prime ce chuchotement latéral – « It’s my mom » répond-elle : c’est son jules. Pas méchant d’ailleurs, mais tu vois d’ici leurs mimiques... C’est toi qui coupes sous un prétexte quelconque, pour deux heures d’insomnie de plus. Ensuite l’Horrible, Monsieur Laurent Madamet en personne, entre la douche et le café, l’Apple 7 contre l’oreille, serrant sa cravate sur sa pomme d’Adam traitée à l’Acqua di Giò. « Écoute ma belle, enterrons la hache de guerre, tu veux ? Ça ne sert à rien, et si tu veux saborder ta boutique ça te regarde, c’est ton fric pas le mien ; et puis Louise a appelé, elle a besoin de... de nous. Elle t’a dit la dernière, qu’ils ne vont pas la titulariser ? » Crochet du gauche, du droit, tu vacilles. En quelques clameurs disjointes, tu essaies de lui faire ravaler son fiel tout en implorant des détails ; et c’est lui qui raccroche sans même un prétexte. Puis tu rappelles frénétiquement ta fille, qui se garde de répondre. Elle dort, elle ne dort pas, elle fait la fête, elle fait la tête, elle en est à son deuxième joint, à son cinquième verre, elle sait que sa mère se moque de ses problèmes, ne pense qu’aux siens, pourquoi prendre le temps de la mettre au courant ? Tu laisses trois messages, aucun n’a les mots justes, tous l’exaspéreront ; à deux doigts d’un sms à Bruno (« malade – pas dormi – merci de gérer »), tu te ravises. C’est quand même lui qui ouvre ; et qui te regarde arriver une heure plus tard. « Une fois de plus », penserait-il – si c’était son style de penser ça. Depuis l’affaire de l’ancolie tu perçois une note de distance ou de méfiance dans son silence, sa prévenance, son efficacité ; mais c’est sans doute toi qui fabules, qui en rajoutes dans la lecture de ce qu’une cliente appelait son « masque maya ». Aujourd’hui, ta fatigue et ta détresse aidant, vous avez même bavardé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp; &lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt;– &lt;/span&gt;21:16&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;C’est la première fois depuis l’entretien d’embauche ; depuis ces détails qu’il t’avait entendue vendre, le lendemain, à la cliente en question – spécialiste de l’attention gratuite, et acquéreuse ce jour-là d’un tonitruant bouquet d’oiseaux de paradis. Il n’avait pas protesté, mais on ne l’y prendrait plus. Et puis ce matin, en échange de tes excuses, de tes confidences bégayantes... C’est curieux ; c’est peut-être aussi qu’il a une nouvelle copine, entrevue hier soir, petite blonde rapide et vive autant que lui est calme. Récapitulons : Bruno Barbier s’est toujours su adopté. Le Honduras l’intéresse depuis longtemps, ça fait trois fois qu’il y retourne (comme toi dans le New Jersey de Louise) en claquant les économies de ses parents. Son espagnol reste approximatif, et l’ultra-violence des &lt;em&gt;maras&lt;/em&gt; ne facilite pas les déplacements, encore moins les questions – quoique son accent, sa grammaire fantaisiste et l’absence de tatouage sur sa peau jouent en sa faveur, suffisent souvent à convertir le danger de mort en indifférence amusée. L’enquête n’a donné aucune certitude ; mais sa mère biologique a sans doute disparu avec sa famille, et le gros de leur bidonville, lors du passage de l’ouragan Mitch, en 1998, cinq ans après sa naissance. Bruno ne fait pas de phrases, n’explique pas ce qu’il éprouve, n’enjolive pas ses aventures. Aucune corde attendue ne vibre dans ses paroles ; surtout pas celle de l’identité. Tu dirais, toi, qu’il se sent multiple ; qu’il cherche à se parcourir, à se rendre visite, sans exclusive et non sans risque. Mais pas pour se retrouver, ni se définir, ni se mettre en ordre : ce qu’il aurait pu être se superpose à ce qu’il est, sans drame, sans contradiction ni substitution ; un résultat changeant, composite dans l’espace, aléatoire dans le temps. Lui ne le dit pas comme ça ; ne le dit pas du tout. Il ne s’attarde pas sur les faits, encore moins sur leur sens. Sur les fleurs, en revanche... À l’écouter, tu te rends compte que ta stupide enseigne – comme la plupart des clichés – signifie bien quelque chose, points de suspension inclus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 21:27&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;La flore du Honduras, moins fameuse que ses gangs mais plus ancienne, leur survivra peut-être. Il y a le somptueux hibiscus double, aux nuances de pêche ; le technicolor des bougainvillées ; les &lt;em&gt;Heliconia&lt;/em&gt;, restaurants multi-étages pour oiseaux-mouches ; et surtout &lt;em&gt;Rhyncholaelia digbyana&lt;/em&gt;, la fleur nationale – l’&lt;em&gt;orquídea de la Virgen&lt;/em&gt;, géante et rare ; non pas rouge, ni mauve, ni blanche, mais verte. Plus verte que verte. Fleur par sa seule forme – mante végétale, étoile absinthe – et, la nuit, par un envahissant parfum de citron. Une créature titanesque, belle à sa manière : antennes, gueule ouverte, la guerre des mondes en cinq pétales. Tu devrais relire certain chapitre d’&lt;em&gt;À rebours &lt;/em&gt;pour vérifier si elle y est, si elle y fait de l’ombre aux alocasias, caladiums et nidulariums. Entre deux cataclysmes, entre deux coups d’état, le pays des profondeurs (&lt;em&gt;honduras&lt;/em&gt;) a pris le temps d’élire ce symbole sorti de la jungle, pour remplacer la rose importée, coloniale, soudain jugée (dirait Huysmans) bête et convenue. Les images de &lt;em&gt;Rhyncholaelia&lt;/em&gt;, comme toutes les images, champignonnent sur internet ; Bruno t’en montre plusieurs, avec une insistance qui ne lui ressemble pas. Tu comprends alors où il veut en venir : qu’il en rêve, qu’il la rêve, cette plante d’apocalypse, dans la boutique ; moins pour la vendre, sans doute, que pour la vitrine. De fait elle conviendrait à l’atmosphère étouffante, tropicale, que tu envisageais d’alléger : pourquoi ne pas l’alourdir au contraire, la revendiquer ? Certes les orchidées ont leur prix – et s’en vantent, comme un pot de caviar ou une Maserati ; ici, aux Pas Perdus, où les gens n’ont ni ces moyens ni ce snobisme, tu n’en écoules pas beaucoup. Alors, un monstre pareil... mais justement : c’est autre chose que le cattleya de rigueur, deux ou trois fleurettes qui se contorsionnent pour trente euros sur leur lit de liège. Un ornement énorme, baroque, solitaire, aberrant ; pour rien, pour la splendeur du geste. Mieux que la Tour Eiffel du chocolatier d’en face ! Et puis (étrangement) le phénomène t’évoque ton ostéo préhistorique : le teint, la longueur du cou, la largeur des mains... Bref, tu ne dis pas non, tu vas te renseigner. Pendant quelques secondes, une joie tout à fait inédite se peint sur le visage de Bruno. Et toi aussi, pendant quelques minutes, tu te sens mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 21:43&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mais ça ne dure pas. D’abord Louise n’a ni rappelé, ni écrit ; tu passes les heures les yeux vissés sur ce rectangle noir, imbécile et muet que tu hais, que tu fracasseras comme son prédécesseur (huit mois : durée de vie moyenne de tes portables). Ensuite l’Horrible, deux fois ; là c’est toi qui ne réponds pas. Enfin, pour couronner... &lt;em&gt;Aquilegia&lt;/em&gt;, le retour. Quelque chose dans cette histoire se répète, se dédouble à tout va, prolifère et rivalise. Cette fois, c’est toi qui bouges : en fin d’après-midi, pour secouer l’angoisse, tu décides brusquement de faire un saut rue des Clartés, sous prétexte d’offrir un narcisse à la jeune Miss Marple de l’autre jour, de l’autre mois, pour son herbier. « Une course, j’en ai pour une demi-heure, ça ira ? » Bien sûr que ça ira. Joli moment : à la concierge de l’immeuble (c’est un immeuble à concierge), tu demandes si elle connaît une Lydia ; elle te répond que « oui, comme ça se trouve, et pas qu’un peu », avec dans la voix, comme en avant des mots, un mélange de frayeur noire et de pure intrépidité. On s’explique, on se présente, la petite n’est pas rentrée ; Adélie Brancart sursaute une seconde fois en avisant la fleur, dans son sachet de cellophane. Pour sauver ce qui reste du secret, tu t’embrouilles dans tes alibis. Lydia serait venue te montrer sa collection, vérifier des noms, demander conseil pour un exposé ; tu lui aurais donné un crocus pour l’encourager. Le narcisse, c’est en prime. Finalement ce script te plaît assez ; ton front reste à peu près sec. Mais Adélie n’est pas dupe ; en dix torrentielles minutes, dansant d’un pied sur l’autre à la porte de la loge, tu sais pourquoi. « Vous ne devinerez jamais » : l’histoire de monsieur Rosso défile devant tes yeux ronds, cousue d’allusions tragiques que tu démêles mal – blessure de guerre, suicide, harcèlement. Un moment tu crois que Furio est le père d’Adélie, un autre que Lydia est la fille de ce même inspecteur Fall qui l’avait précédée à &lt;em&gt;Dites-le avec...&lt;/em&gt; Le puzzle finit par se mettre en place – à l’exception de l’enquête de Lydia : sa mère s’abstient d’y revenir, par une délicatesse dont tu ne l’aurais pas crue capable. À toi de poser la dernière pièce : avec la confiance qu’Adélie t’inspire (et l’honnêteté que tu étrennes pour l’en remercier), tu entreprends de confesser tes « affligeants présupposés » concernant le visiteur à l’« ancolie ». Troisième sursaut : « Vous l’avez prise où cette expression ? » Tu n’en sais rien : à ta connaissance, ce ne sont pas des mots qui se prennent ailleurs que dans les habitudes pédantesques qui sont les tiennes depuis toujours (et t’ont permis de reconnaître une sœur en la zélée, la prometteuse Lydia). Cette digression lexicologique te mortifie, toi que flattait la perspective d’un aveu. Et pour achever de t’en punir, clic : Furio pousse le grand battant de fer forgé, pénètre dans le hall. « Quand on parle du loup », s’exclame Adélie. Le vieux tourne la tête, s’approche ; en fait de loup, plus &lt;em&gt;gattopardo&lt;/em&gt; que jamais. Bérézina : toutes réserves de candeur épuisées, tu bafouilles un écarlate « Je voulais juste vous dire... » ; et après dix secondes d’intolérable silence – même Adélie en reste bouche bée –, tu t’enfuis au milieu de ce nouveau mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 22:05&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À quoi rime cette panique ? De retour au magasin, la messe est dite : ton comportement leur aura montré, démontré, révélé que c’est &lt;em&gt;toi&lt;/em&gt; qui commandites, ou même réalises, ces fleurissements nocturnes. Et alors ? Il n’est pas défendu de hanter les balcons avec une fleur à la main... Comme toujours quand tu te sens coupable, ton éventuelle innocence n’est qu’un facteur aggravant (si ce n’est toi, c’est donc toi-même, dans l’opinion des autres) : l’enjeu est moins la faute que l’humiliation, que tu mérites par hypothèse. Mais tu sais cela aussi bien que moi. Et Louise le sait aussi, qui fait la même chose, rentre dans le moule en voulant le briser : «&amp;nbsp;d’ac tu compatis, ms un peu tard non ? papa je lui ai dit en 1 phrase, à toi en 10 ps moyen. ms tu le savais kjme planterais, now jai prouvé ma nullité à tt le mde, et va falloir kje rentre. toi t’es ravie forcément, mm si je reconnais t’essaies de pas. bises. » La version en clair, avec attendus, viendra un peu plus tard, par courriel ; mais celle-ci, comme gravée au stylet sur ta main, fait l’affaire juste au bon moment. Bruno a filé, sa copine l’attendait, s’est jetée à son cou. Dans ta boutique obscure, tu voudrais crier. Beau numéro de rancœur, de dépit arpenteur, style panthère en cage : tu renverses trois vases de freesias (toujours les mêmes, il faudra voir à les changer de place). Ton désespoir, lui, reste assis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 22:52&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : Résolutions&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai lu deux fois le long message de Louise ; je lui ai répondu en essayant d’écrire moins, pour ne pas l’agacer, ni larmoyer ; elle m’a répondu calmement, sans agression. Il y a peut-être un espoir – d’abord pratique (elle va faire appel de la décision) ; et aussi entre nous, que s’écroule cette babel de malentendus. Nous avons réussi à ne pas mentionner Laurent, c’est déjà ça ; ce sera pour plus tard, après un début de guérison. Si maintenant je pouvais rentrer sans plus tarder, manger sans réfléchir, dormir sans rêver – ou alors ne penser qu’à ma fille, à ce qui lui arrive, sans retomber dans le fossé de cette histoire ridicule. Ou alors à l’état du monde... Adélie et Rosso ont dû bien rire ; et moi je devrais rire aussi, au lieu d’arroser mes petites hontes pour les faire grandir à hauteur de mes plus grandes terreurs. Je vais commander des « Nora Barlow ». J’en porterais bien un bouquet à Furio, avec de vraies excuses ; mais Adélie a eu le temps de me dire qu’il n’aime que les cailloux. En attendant : repos. Un verre d’eau, un deuxième, beaucoup d’eau sur le visage aussi. J’ai redressé les freesias, passé la serpillière, fait le tour des rayons. Je me prépare à sortir, quelque chose me retient ; un détail cloche, une anomalie pince ma mémoire. Coup d’œil circulaire ; je suis vite fixée. Le petit &lt;em&gt;cattleya landate&lt;/em&gt; qu’on a livré ce matin. Je suis certaine qu’il lui manque une fleur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<content type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 9&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;Orquídea&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;03/06/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 20:44&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Ah non. Ne commence pas. Dites-le avec des pleurs, ça va cinq minutes. Je sais : tout s’additionne, sous prétexte qu’on l’a vécu, qu’on n’a qu’une vie. Il faut faire la somme, inscrire un total – juste de préférence. Mettre en colonne un tas, un ramassis d’encombrements, de désagréments ; le n’importe quoi des circonstances jouant aux billes avec ton crâne, aux quilles avec ton corps. Et se défausser sur le temps : « Quelle journée ! », sous prétexte que c’en est une. Je sais : remplie, épuisante, accablante. Je vais te dire : je me fous de tes journées. D’abord, c’est toi qui les as voulues. Fleuriste ! Je ne dis pas que la banque de l’Horrible vaut mieux – le noble réfugié du Portique, l’intello recyclé dans son costard trois-pièces, trônant comme un singe au Crédit Arboricole, derrière son sas de protection. Mais un métier qui te scie le dos, qui te transit les côtes, qui t’infecte les ongles et la conscience, entre l’appât supposé du gain et l’obsession spontanée du vol ? Un métier qui te force à sourire, et à tenir tes comptes, comme si ta vie en dépendait ? Car ta vie en dépend, et à force de simuler – le sens du contact et celui des chiffres, le souci des marges mêlé à celui des gens –, redressement fiscal puis dépôt de bilan souffleront la bougie de ta première année. Il y a un mois ou deux que tu l’as compris : le commerce, le vrai, ne s’improvise pas. La douleur, par contre, la vraie comme la fausse... Bravo l’artiste. L’étau sur tes vertèbres, le feu à ton sommeil, la mauvaise foi en gerbes, pour prix de synesthésies d’opérette : les parfums, les couleurs et les noms – arrête ! Qu’est-ce que tu croyais ? Qu’un &lt;em&gt;arrangement&lt;/em&gt; ferait la différence, donnerait à ta vie la forme après quoi tu cours depuis cinquante ans ? Tu n’es pas naïve à ce point. Alors, si tu veux gémir, va sur Tout-y-taire – et fiche-moi la paix. Comment ? D’accord, c’est moi qui geins et qui hurle ce soir, tu es trop triste ou trop crevée pour t’y mettre. J’avoue : le cynisme n’est qu’une autre manière de pleurer – et pas la plus honnête. Un point pour toi. Au vrai, depuis un moment, rien qu’à te voir souffrir et rougir, à te sentir rager, je fais les demandes et les réponses. Tu ne m’as pas sonnée, je ne dis pas le contraire. S’il fallait savoir pourquoi la parole vous prend, vous secoue et vous lâche, comme un prunier sans prunes... Tu penses donc je suis, c’est comme ça. Mais depuis que ce sont tes doigts, tes désirs, tes ambitions que tu panses, jour après jour, depuis que tu as mal partout, j’ai du mal. Quelque chose ne colle pas, et me rend furieuse. Pardonne-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 20:59&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Reprenons, doucement. Ce matin, ça démarre avec Louise, qui choisit d’appeler à l’aube, au moment exact où tu t’endors enfin : « Écoute Maman, ce n’est ni de ma faute, ni de la tienne si je suis partie aux States. L’occasion s’est présentée, c’est tout. » Elle t’assène ce qu’elle rumine – la suite d’une engueulade commencée quand, déjà ? Un paragraphe entier : elle aurait pu aussi bien te faire un courriel, artificiel selon la loi du genre, surécrit pour faire sous-écrit. Mais c’est toi qui insistes pour entendre sa voix ; te voilà servie – par le décalage, la vie ailleurs six heures plus tôt : tu as droit aux bruits d’ambiance, conversations, tintements de bouteilles, &lt;em&gt;Body and Soul.&lt;/em&gt; Est-ce qu’elle a pris son smartphone au milieu d’une party, juste parce qu’elle se sent coupable, ou victime ? En prime ce chuchotement latéral – « It’s my mom » répond-elle : c’est son jules. Pas méchant d’ailleurs, mais tu vois d’ici leurs mimiques... C’est toi qui coupes sous un prétexte quelconque, pour deux heures d’insomnie de plus. Ensuite l’Horrible, Monsieur Laurent Madamet en personne, entre la douche et le café, l’Apple 7 contre l’oreille, serrant sa cravate sur sa pomme d’Adam traitée à l’Acqua di Giò. « Écoute ma belle, enterrons la hache de guerre, tu veux ? Ça ne sert à rien, et si tu veux saborder ta boutique ça te regarde, c’est ton fric pas le mien ; et puis Louise a appelé, elle a besoin de... de nous. Elle t’a dit la dernière, qu’ils ne vont pas la titulariser ? » Crochet du gauche, du droit, tu vacilles. En quelques clameurs disjointes, tu essaies de lui faire ravaler son fiel tout en implorant des détails ; et c’est lui qui raccroche sans même un prétexte. Puis tu rappelles frénétiquement ta fille, qui se garde de répondre. Elle dort, elle ne dort pas, elle fait la fête, elle fait la tête, elle en est à son deuxième joint, à son cinquième verre, elle sait que sa mère se moque de ses problèmes, ne pense qu’aux siens, pourquoi prendre le temps de la mettre au courant ? Tu laisses trois messages, aucun n’a les mots justes, tous l’exaspéreront ; à deux doigts d’un sms à Bruno (« malade – pas dormi – merci de gérer »), tu te ravises. C’est quand même lui qui ouvre ; et qui te regarde arriver une heure plus tard. « Une fois de plus », penserait-il – si c’était son style de penser ça. Depuis l’affaire de l’ancolie tu perçois une note de distance ou de méfiance dans son silence, sa prévenance, son efficacité ; mais c’est sans doute toi qui fabules, qui en rajoutes dans la lecture de ce qu’une cliente appelait son « masque maya ». Aujourd’hui, ta fatigue et ta détresse aidant, vous avez même bavardé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp; &lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt;– &lt;/span&gt;21:16&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;C’est la première fois depuis l’entretien d’embauche ; depuis ces détails qu’il t’avait entendue vendre, le lendemain, à la cliente en question – spécialiste de l’attention gratuite, et acquéreuse ce jour-là d’un tonitruant bouquet d’oiseaux de paradis. Il n’avait pas protesté, mais on ne l’y prendrait plus. Et puis ce matin, en échange de tes excuses, de tes confidences bégayantes... C’est curieux ; c’est peut-être aussi qu’il a une nouvelle copine, entrevue hier soir, petite blonde rapide et vive autant que lui est calme. Récapitulons : Bruno Barbier s’est toujours su adopté. Le Honduras l’intéresse depuis longtemps, ça fait trois fois qu’il y retourne (comme toi dans le New Jersey de Louise) en claquant les économies de ses parents. Son espagnol reste approximatif, et l’ultra-violence des &lt;em&gt;maras&lt;/em&gt; ne facilite pas les déplacements, encore moins les questions – quoique son accent, sa grammaire fantaisiste et l’absence de tatouage sur sa peau jouent en sa faveur, suffisent souvent à convertir le danger de mort en indifférence amusée. L’enquête n’a donné aucune certitude ; mais sa mère biologique a sans doute disparu avec sa famille, et le gros de leur bidonville, lors du passage de l’ouragan Mitch, en 1998, cinq ans après sa naissance. Bruno ne fait pas de phrases, n’explique pas ce qu’il éprouve, n’enjolive pas ses aventures. Aucune corde attendue ne vibre dans ses paroles ; surtout pas celle de l’identité. Tu dirais, toi, qu’il se sent multiple ; qu’il cherche à se parcourir, à se rendre visite, sans exclusive et non sans risque. Mais pas pour se retrouver, ni se définir, ni se mettre en ordre : ce qu’il aurait pu être se superpose à ce qu’il est, sans drame, sans contradiction ni substitution ; un résultat changeant, composite dans l’espace, aléatoire dans le temps. Lui ne le dit pas comme ça ; ne le dit pas du tout. Il ne s’attarde pas sur les faits, encore moins sur leur sens. Sur les fleurs, en revanche... À l’écouter, tu te rends compte que ta stupide enseigne – comme la plupart des clichés – signifie bien quelque chose, points de suspension inclus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 21:27&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;La flore du Honduras, moins fameuse que ses gangs mais plus ancienne, leur survivra peut-être. Il y a le somptueux hibiscus double, aux nuances de pêche ; le technicolor des bougainvillées ; les &lt;em&gt;Heliconia&lt;/em&gt;, restaurants multi-étages pour oiseaux-mouches ; et surtout &lt;em&gt;Rhyncholaelia digbyana&lt;/em&gt;, la fleur nationale – l’&lt;em&gt;orquídea de la Virgen&lt;/em&gt;, géante et rare ; non pas rouge, ni mauve, ni blanche, mais verte. Plus verte que verte. Fleur par sa seule forme – mante végétale, étoile absinthe – et, la nuit, par un envahissant parfum de citron. Une créature titanesque, belle à sa manière : antennes, gueule ouverte, la guerre des mondes en cinq pétales. Tu devrais relire certain chapitre d’&lt;em&gt;À rebours &lt;/em&gt;pour vérifier si elle y est, si elle y fait de l’ombre aux alocasias, caladiums et nidulariums. Entre deux cataclysmes, entre deux coups d’état, le pays des profondeurs (&lt;em&gt;honduras&lt;/em&gt;) a pris le temps d’élire ce symbole sorti de la jungle, pour remplacer la rose importée, coloniale, soudain jugée (dirait Huysmans) bête et convenue. Les images de &lt;em&gt;Rhyncholaelia&lt;/em&gt;, comme toutes les images, champignonnent sur internet ; Bruno t’en montre plusieurs, avec une insistance qui ne lui ressemble pas. Tu comprends alors où il veut en venir : qu’il en rêve, qu’il la rêve, cette plante d’apocalypse, dans la boutique ; moins pour la vendre, sans doute, que pour la vitrine. De fait elle conviendrait à l’atmosphère étouffante, tropicale, que tu envisageais d’alléger : pourquoi ne pas l’alourdir au contraire, la revendiquer ? Certes les orchidées ont leur prix – et s’en vantent, comme un pot de caviar ou une Maserati ; ici, aux Pas Perdus, où les gens n’ont ni ces moyens ni ce snobisme, tu n’en écoules pas beaucoup. Alors, un monstre pareil... mais justement : c’est autre chose que le cattleya de rigueur, deux ou trois fleurettes qui se contorsionnent pour trente euros sur leur lit de liège. Un ornement énorme, baroque, solitaire, aberrant ; pour rien, pour la splendeur du geste. Mieux que la Tour Eiffel du chocolatier d’en face ! Et puis (étrangement) le phénomène t’évoque ton ostéo préhistorique : le teint, la longueur du cou, la largeur des mains... Bref, tu ne dis pas non, tu vas te renseigner. Pendant quelques secondes, une joie tout à fait inédite se peint sur le visage de Bruno. Et toi aussi, pendant quelques minutes, tu te sens mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 21:43&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Mais ça ne dure pas. D’abord Louise n’a ni rappelé, ni écrit ; tu passes les heures les yeux vissés sur ce rectangle noir, imbécile et muet que tu hais, que tu fracasseras comme son prédécesseur (huit mois : durée de vie moyenne de tes portables). Ensuite l’Horrible, deux fois ; là c’est toi qui ne réponds pas. Enfin, pour couronner... &lt;em&gt;Aquilegia&lt;/em&gt;, le retour. Quelque chose dans cette histoire se répète, se dédouble à tout va, prolifère et rivalise. Cette fois, c’est toi qui bouges : en fin d’après-midi, pour secouer l’angoisse, tu décides brusquement de faire un saut rue des Clartés, sous prétexte d’offrir un narcisse à la jeune Miss Marple de l’autre jour, de l’autre mois, pour son herbier. « Une course, j’en ai pour une demi-heure, ça ira ? » Bien sûr que ça ira. Joli moment : à la concierge de l’immeuble (c’est un immeuble à concierge), tu demandes si elle connaît une Lydia ; elle te répond que « oui, comme ça se trouve, et pas qu’un peu », avec dans la voix, comme en avant des mots, un mélange de frayeur noire et de pure intrépidité. On s’explique, on se présente, la petite n’est pas rentrée ; Adélie Brancart sursaute une seconde fois en avisant la fleur, dans son sachet de cellophane. Pour sauver ce qui reste du secret, tu t’embrouilles dans tes alibis. Lydia serait venue te montrer sa collection, vérifier des noms, demander conseil pour un exposé ; tu lui aurais donné un crocus pour l’encourager. Le narcisse, c’est en prime. Finalement ce script te plaît assez ; ton front reste à peu près sec. Mais Adélie n’est pas dupe ; en dix torrentielles minutes, dansant d’un pied sur l’autre à la porte de la loge, tu sais pourquoi. « Vous ne devinerez jamais » : l’histoire de monsieur Rosso défile devant tes yeux ronds, cousue d’allusions tragiques que tu démêles mal – blessure de guerre, suicide, harcèlement. Un moment tu crois que Furio est le père d’Adélie, un autre que Lydia est la fille de ce même inspecteur Fall qui l’avait précédée à &lt;em&gt;Dites-le avec...&lt;/em&gt; Le puzzle finit par se mettre en place – à l’exception de l’enquête de Lydia : sa mère s’abstient d’y revenir, par une délicatesse dont tu ne l’aurais pas crue capable. À toi de poser la dernière pièce : avec la confiance qu’Adélie t’inspire (et l’honnêteté que tu étrennes pour l’en remercier), tu entreprends de confesser tes « affligeants présupposés » concernant le visiteur à l’« ancolie ». Troisième sursaut : « Vous l’avez prise où cette expression ? » Tu n’en sais rien : à ta connaissance, ce ne sont pas des mots qui se prennent ailleurs que dans les habitudes pédantesques qui sont les tiennes depuis toujours (et t’ont permis de reconnaître une sœur en la zélée, la prometteuse Lydia). Cette digression lexicologique te mortifie, toi que flattait la perspective d’un aveu. Et pour achever de t’en punir, clic : Furio pousse le grand battant de fer forgé, pénètre dans le hall. « Quand on parle du loup », s’exclame Adélie. Le vieux tourne la tête, s’approche ; en fait de loup, plus &lt;em&gt;gattopardo&lt;/em&gt; que jamais. Bérézina : toutes réserves de candeur épuisées, tu bafouilles un écarlate « Je voulais juste vous dire... » ; et après dix secondes d’intolérable silence – même Adélie en reste bouche bée –, tu t’enfuis au milieu de ce nouveau mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 22:05&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : néant&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À quoi rime cette panique ? De retour au magasin, la messe est dite : ton comportement leur aura montré, démontré, révélé que c’est &lt;em&gt;toi&lt;/em&gt; qui commandites, ou même réalises, ces fleurissements nocturnes. Et alors ? Il n’est pas défendu de hanter les balcons avec une fleur à la main... Comme toujours quand tu te sens coupable, ton éventuelle innocence n’est qu’un facteur aggravant (si ce n’est toi, c’est donc toi-même, dans l’opinion des autres) : l’enjeu est moins la faute que l’humiliation, que tu mérites par hypothèse. Mais tu sais cela aussi bien que moi. Et Louise le sait aussi, qui fait la même chose, rentre dans le moule en voulant le briser : «&amp;nbsp;d’ac tu compatis, ms un peu tard non ? papa je lui ai dit en 1 phrase, à toi en 10 ps moyen. ms tu le savais kjme planterais, now jai prouvé ma nullité à tt le mde, et va falloir kje rentre. toi t’es ravie forcément, mm si je reconnais t’essaies de pas. bises. » La version en clair, avec attendus, viendra un peu plus tard, par courriel ; mais celle-ci, comme gravée au stylet sur ta main, fait l’affaire juste au bon moment. Bruno a filé, sa copine l’attendait, s’est jetée à son cou. Dans ta boutique obscure, tu voudrais crier. Beau numéro de rancœur, de dépit arpenteur, style panthère en cage : tu renverses trois vases de freesias (toujours les mêmes, il faudra voir à les changer de place). Ton désespoir, lui, reste assis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Date : Jeu 11/05/2017&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-family: georgia, palatino; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: normal; letter-spacing: normal; orphans: auto; text-align: justify; text-indent: 30px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-size-adjust: auto; -webkit-text-stroke-width: 0px; background-color: #fef2ec; display: inline !important; float: none;&quot;&gt; –&lt;/span&gt; 22:52&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;De : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:sarahm@onlyme.com&quot;&gt;&lt;strong&gt;sarahm@onlyme.com&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;À : Sarah Madamet &amp;lt;&lt;a href=&quot;mailto:smadamet@ettu.fr&quot;&gt;&lt;strong&gt;smadamet@ettu.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;Objet : Résolutions&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;J’ai lu deux fois le long message de Louise ; je lui ai répondu en essayant d’écrire moins, pour ne pas l’agacer, ni larmoyer ; elle m’a répondu calmement, sans agression. Il y a peut-être un espoir – d’abord pratique (elle va faire appel de la décision) ; et aussi entre nous, que s’écroule cette babel de malentendus. Nous avons réussi à ne pas mentionner Laurent, c’est déjà ça ; ce sera pour plus tard, après un début de guérison. Si maintenant je pouvais rentrer sans plus tarder, manger sans réfléchir, dormir sans rêver – ou alors ne penser qu’à ma fille, à ce qui lui arrive, sans retomber dans le fossé de cette histoire ridicule. Ou alors à l’état du monde... Adélie et Rosso ont dû bien rire ; et moi je devrais rire aussi, au lieu d’arroser mes petites hontes pour les faire grandir à hauteur de mes plus grandes terreurs. Je vais commander des « Nora Barlow ». J’en porterais bien un bouquet à Furio, avec de vraies excuses ; mais Adélie a eu le temps de me dire qu’il n’aime que les cailloux. En attendant : repos. Un verre d’eau, un deuxième, beaucoup d’eau sur le visage aussi. J’ai redressé les freesias, passé la serpillière, fait le tour des rayons. Je me prépare à sortir, quelque chose me retient ; un détail cloche, une anomalie pince ma mémoire. Coup d’œil circulaire ; je suis vite fixée. Le petit &lt;em&gt;cattleya landate&lt;/em&gt; qu’on a livré ce matin. Je suis certaine qu’il lui manque une fleur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire-fable&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;span class=&quot;bold&quot;&gt;À suivre...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
		<category term="Le roman-feuilleton" />
	</entry>
	<entry>
		<title>Ch. 10 - ... Pavé de bonnes intentions</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.mouvement-transitions.fr/index.php/juste/le-roman-feuilleton/sommaire-general-des-chats-perdus/1436-ch-10-pave-de-bonnes-intentions"/>
		<published>2017-06-17T12:15:00+00:00</published>
		<updated>2017-06-17T12:15:00+00:00</updated>
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		<author>
			<name>B. Kadabra</name>
			<email>moulinesarah@gmail.com</email>
		</author>
		<summary type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 10&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;div style=&quot;border: 1px solid #1c7d9b;&quot;&gt;
&lt;div style=&quot;padding: 10px;&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-petit&quot; style=&quot;font-size: 10pt; text-indent: 20px; text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt;&quot;&gt;Résumé des chapitres précédents&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Dans le quartier des Pas perdus (qu’on appelle familièrement « quartier des Chats perdus »), depuis le 14 février de cette année, des fleurs sont déposées mystérieusement chez les uns ou chez les autres. Le premier, Furio Rosso, vieil italien retraité qui habite au dernier étage du 11, rue des Clartés, a découvert des lupins sur sa terrasse de style bouddhiste, et, suivant les conseils de la concierge, Adélie Brancart, il a porté plainte au commissariat. Tout laisse présumer que l’inspecteur Malik Fall, mis sur la touche par son supérieur hiérarchique en raison de sa lenteur et de sa rigueur obsessionnelles à mener les affaires, est chargé de l’enquête (chap. 1-5).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Le 11 rue des Clartés est en effervescence. La rumeur circule d’autant plus vite que de nouveaux locataires, Éric Dupont et Ophélie Mesrine (nièce de Jacques Mesrine), tous deux brocanteurs, ont pendu leur crémaillère en invitant tout l’immeuble à la fête. Éric Dupont a aussi convié son ami d’enfance Anselme Frey, vulcanologue et volcanologue, qui s’apprête à partir en Indonésie. Il y vient avec sa fille Aglaé et y rencontre Furio Rosso. Kleptomane, il subtilise un poignard en obsidienne que Dupont lui a demandé d’expertiser pour Ophélie, spécialisée dans la vente d’armes anciennes (Dupont, lui, vend des natures mortes). Âgée de 13 ans, Lydia, la fille d’Adélie Brancart, et son amie Rosalie, qui habite aussi l’immeuble, décident d’enquêter sur le mystère (chap. 6).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Le premier lieu où chacun cherche des informations est le magasin de Sarah Madamet, l’ancienne éditrice récemment reconvertie dans les fleurs, fleurs rêvées et fleurs vendues qui lui font souvent vivre une sorte de cauchemar éveillé (chap. 7).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Mais pour l’instant, si chaque personnage voit sa vie agitée par cette affaire, chacun a aussi suffisamment de raisons personnelles d’être préoccupé pour ne s’y rapporter que de façon un peu marginale. Seul le lecteur relève les indices convergents ; et il est aussi le seul à savoir qu’en fait, c’est un groupe un peu gauchiste, un peu anar sur les bords (ou un peu plus que sur les bords ?) qui agit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Plusieurs de ses membres gèrent la crèche du quartier, fondée par Sacha Prizzi, la narratrice de leur épopée : ce sont Sacha, Juliette et Verlaine, assistées d’Hager, docteure, qui se connaissent depuis la prime enfance ; puis Mona, nouvelle venue à la crèche. Le groupe comprend aussi le vieux Charly, un ancien fleuriste, et Manu et Vincent, copains respectivement de Sacha et d’Hager. On sait que la petite bande a décidé de remercier de la sorte des personnes choisies pour la manière qu’ils ont eue de « prendre parti » dans leur vie. En « fleurissant leur vie », le groupe veut empêcher que leurs actions ne sombrent dans l’oubli le plus total. Furio Rosso a donc reçu un lupin « pour avoir participé au collectif &lt;em&gt;Arseno Lupino&lt;/em&gt; qui avait notamment écrit un livre sur l’éducation des plus jeunes », livre qui a inspiré le projet de crèche à Sacha et ses copines. Et Adélie Brancart va recevoir une gueule de loup pour le premier squat qu’elle a créé avant de devenir concierge, et qui portait ce nom-là (chap. 8).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Ajoutons que le chapitre précédent, qui se déroulait du côté de Sarah Madamet, quelque part entre sa boutique et ses hantises, avait laissé le lecteur sur un mystère daté du 11 mai : « Le petit &lt;em&gt;cattleya landate&lt;/em&gt; qu’on a livré ce matin. Je suis certaine qu’il lui manque une fleur. » (chap. 9) Et si vous allez sur internet, vous apprendrez que le &lt;em&gt;cattleya landate&lt;/em&gt; appartient à la famille des orchidées…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot; style=&quot;font-size: 10pt; text-indent: 20px; text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;... Pavé de bonnes intentions&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;17/06/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le téléphone anonymisé que je serrais fort dans ma main vibra. Je regardai : « Il descend&amp;nbsp;», me dit le texto. Se concentrer sur ce qui se passe. Entièrement. Ne pas laisser les idées parasites m’envahir. Ne pas penser à son inquiétude mêlée de fierté quand il rentrera chez lui. Garder les yeux rivés sur le porche. Ça s’ouvre. C’est lui, accompagné d’une femme. On a été bien inspirés de lui faire gagner deux places. Seul, il ne se serait peut-être pas déplacé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mona avait reçu le même texto que moi, de l’autre côté du boulevard. Elle prit le grand-père et sa compagne en filature. Verlaine, qui s’était postée entre le quatrième et le cinquième étage pour s’assurer que le « poisson » quittait bien son appartement, sortit de l’immeuble cinq minutes plus tard. Elle s’approcha de moi :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— C’est bon, je viens de sonner trois fois, il n’y a plus personne chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je souris. Cool. Il n’y avait plus qu’à attendre que Mona confirme que les deux allaient dans la bonne direction, et on pourrait lancer le schmilblick.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Tout va bien de ton côté ? me demanda Verlaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Carrément, dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;On attendit tranquillement, assises côte à côte sur le banc. Il faisait chaud. Dans la rue les gens étaient beaux. C’était cette période de l’année où les parisiens ont encore assez l’hiver en mémoire pour profiter pleinement de la chaleur. Personne n’osait encore se plaindre. Les quais du canal Saint-Martin étaient bondés, vibrant de vie, vie alcoolisée certes, mais vie quand même.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Et toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Oui. Un peu fatiguée en ce moment. Un peu marre de la ville. Je t’avoue que j’ai hâte d’être à la mer...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Tu m’étonnes…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mon téléphone vibra. Message de « Vladimir ». « Vladimir », le nom du téléphone – anonymisé – de Mona. Je lus à haute voix :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;« L’oiseau vole vers sa cage »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je quittai, je fis Menu/Message/Nouveau message :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;« Le rire long des cent grillons de l’été&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Berce mon cœur d’une douceur bien stylée ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Envoyer/Destinataires/Igor. Le message part. « Igor » était le nom du troisième téléphone portable. Charly lirait le message. Il se mettrait en route en se marrant parce que je suis décidément trop une poète.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bon, bah tout roule ! dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Cool. Tu as la clé ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je mis la main dans ma poche et caressai du bout des doigts le métal réchauffé par ma cuisse.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Yes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Une légende urbaine dit qu’il existerait, pour chaque type de serrure, un passe-partout. C’est faux. En revanche, ce qu’on dit peu mais qui est bon à savoir, c’est que rien n’est plus facile que de soulever un paillasson. Et souvent, beaucoup plus souvent qu’on ne croie, les propriétaires des dits paillassons y laissent leur clé. Il suffit alors d’ouvrir la porte. Ou de courir faire une copie et de remettre la clé à sa place, quand l’accès à l’appartement doit être repoussé pour faire les choses comme il faut.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Salut, vous !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;On leva la tête : Hager, en tenue de footing. Pour pouvoir courir vite, supposai-je. Elle avait l’air un peu anxieuse. Verlaine lui fit la bise :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Je vous laisse moi, des voisins m’ont vue dans la cage d’escalier, il ne faut pas que je traîne trop. A tout’ !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Hager s’assit à sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Ça va ? Je lui demande.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— J’ai faim. J’ai soif. Mais ça va.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— T’es une folle de vouloir faire ça en plein jeûne. On aurait vraiment pu s’arranger autrement…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— C’est bon. Tu sais à force de m’entraîner chaque année, je commence à être endurcie… Comment ça a été aujourd’hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Super bien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Vous avez revu Adélie Brancart ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Oui, c’est elle qui est venue chercher son môme. Tout sourire. Franchement c’est peut-être narcissique de dire ça, mais j’ai l’impression que depuis qu’on a déposé la deuxième fleur, elle a la patate comme jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Tu penses qu’elle a fait le lien avec sa vie d’avant ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— J’espère. En tout cas il y a un truc dans son visage qui s’est… ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Hager sourit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— On est magiques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je hochai la tête, et on resta là en silence. Je pensai à l’homme à qui on s’apprêtait à livrer quelques kilos de fleurs Arlequin, alias &lt;em&gt;sparaxis gransiflora&lt;/em&gt;. « Tout le monde a une fleur qui va avec son choix de vie, nous nous chargeons de la trouver ». Ç’aurait été notre slogan si on avait été une start-up plutôt qu’un groupe de potes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Charly arriva en camion et me tira de ma rêverie. A partir de là, concentrée, j’agis en automate. On y alla au culot. On monta tous les trois avec une cagette de fleurs, on ouvrit la porte, j’esquivai l’attaque d’un chat, on posa tout au milieu du salon, on redescendit au camion, on reprit des cagettes… En terme de quantité, on avait voulu marquer le coup. Une demi-heure après, le salon s’était transformé en serre. Et nous déposâmes notre carton, imprimé à l’avance&amp;nbsp;: « Merci ». Et je pensai, dans ma tête, comme un hommage : merci, parce que dans les gens à qui tu as donné l’envie du théâtre, il y avait un jeune homme et une jeune femme qui ont continué par la suite et qui ont eu une fille et qui l’ont appelée Sacha. Cette fille là, c’est moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le camion démarra. Mon corps se détendit peu à peu. 21h07. Dans une petite heure arriverait la coupe du jeûne. On s’était promis d’attendre pour entamer le repas tous ensemble. Je respirai un grand coup. Je vis que Charly se détendait aussi. Il roulait calmement. On n’allait pas loin, dans cinq minutes on serait garés. Je lui caressai la nuque pour la lui masser.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Je t’ai même pas dit bonjour mon Charly.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il me fit son gros sourire de Charly.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— T’as prévenu la nouvelle qu’elle pouvait quitter son poste ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Yes. Elle s’appelle Mona, la nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il saisit son MP3 relié par un câble jack à son autoradio, et lança un morceau de musique. Quelques notes mélancoliques se succédèrent, véritables nappes sonores qui envoutèrent le camion. J’eus soudain l’impression de voyager en vaisseau spatial. Je sentis une émotion étrange m’envahir quand le rappeur commença à chanter, voix électroniquement modifiée dont l’artificialité ne parvenait pas à masquer les blessures intimes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— T’écoutes ça toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bah ouais cousine, ça me va droit au cœur les couplets de ces deux mecs ravagés…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je souris, et j’écoutais :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt; La nuit porte conseil : &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;Ah nan ! Pas du tout !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;La nuit… Nique sa mère ! &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;Et pourquoi m’en faire ? &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;Tellement plus bas qu’terre&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;Qu’j’vois les pieds d’Lucifer&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;En ouvrant la porte, je sentis que quelque chose clochait. Vincent, pâle, assis dans un coin. Verlaine et Juliette à l’autre bout, le regard noir et inquiet. Bruno et Manu, côte à côte, avec sur le visage la même moue un peu gênée, comme si ils ne savaient pas vraiment où se foutre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Qu’est ce qui vous arrive ? demanda Hager.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Vincent, piteux, regarda ses chaussures.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Il y a un problème.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Hager, inquiète :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Qu’est ce qui se passe ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Voilà, comme je tournais en rond et que je ne savais pas quoi faire en vous attendant, je me suis reconnecté à son adresse mail, pour vérifier que tout allait bien, qu’il n’y avait pas de risque, qu’il mentionnait dans un mail qu’il avait gagné un spectacle au cirque…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Mec, on avait dit il y a quelques mois qu’on craquait sa boîte mail seulement pour vérifier qu’il n’était pas devenu complètement sénile…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Je sais, j’aurais pas dû. Sauf que… ça m’a permis de voir que depuis trois mois, le gars ne parle que de sa nouvelle vie en Bretagne. Il ne vit plus à Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Tu te fous de nous, dis-je. Il y a toujours son nom sur la boîte aux lettres, et sur la sonnette.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— C’est là que c’est vicieux. Je vous explique. Son adresse, c’est eric.dupont@wanadoo.fr. Et le 7 avril dernier, il reçoit un mail de dupont.dupond@gmail.com qui le remercie pour l’appartement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bah quoi, il s’écrit à lui-même ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Non. Ce type a un fils qui s’appelle Éric, comme lui. Il lui a cédé l’appartement il y a peu, apparemment le loyer est vraiment bas et c’est super bon plan…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il y eut un blanc. Vincent, gêné par le silence, reprit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— C’est assez émouvant, il s’entend visiblement mal avec son fils et ça a été pour eux comme une occasion de …&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Tais-toi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je me tournai vers Hager, étonnée par sa fermeté. Et je me dis : désolé mon corps et mon esprit, on mangera plus tard mais il va falloir réfléchir vite. Hager continua :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— C’est vraiment pas de ta faute pour cette histoire abracadabrante de changement de propriétaire avec même nom, mais en revanche je ne veux pas connaître la vie privée de ces types. Ça ne nous regarde pas. Laissons ça à la NSA.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;On réglerait les questions d’éthique plus tard. Ce qui me tracassait, et, je l’avoue, m’humiliait un peu, c’était de n’avoir rien senti de l’imposture dans l’appartement. Je repensais à l’impression de gêne en voyant le type sortir de l'immeuble avec une femme qui semblait beaucoup plus jeune que ses supposés 78 ans. Je me dis que je n’avais pas vu un masque, pas une photo de théâtre pendant qu’on s’occupait de redécorer son salon. Je repensais aux poignards, mousquetons, katanas qui ornaient les murs…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Il fait quoi, Dupont fils ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Aucune idée, marmonna Vincent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Charly s’effondra sur le canapé et prit sa tête entre les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Je rêve… on pourrait aussi se mettre à distribuer des fleurs aléatoirement, au risque de remercier sans faire exprès Bolloré pour ses services rendus à l’Afrique ? Non mais sérieux de quoi on a l’air ? Il va s’imaginer quoi le type ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je regardai ma montre. 21h26. Le spectacle finissait à 21h45. Il leur fallait quarante minutes pour rentrer en métro.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— On y retourne, dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je vis Manu écarquiller les yeux, un peu effrayé par ma proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— On y retourne, on dégage les fleurs. Hop-hop-hop. Il faut trois… non quatre volontaires. Quelqu’un qui reste en bas avec le camion, qu’on va garer à l’arrache, tout prêt du porche. Les trois autres font des allers-retours. On a passé un peu plus de dix minutes à monter toutes les fleurs, et vingt à les disposer tout à l’heure. On peut tout rassembler et charger en vingt minutes, on a le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je n’avais pas fini de parler que Juliette, Verlaine et Manu étaient debout. On se retrouvait à y aller nous quatre, les plus habitués à ce type d’action.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Commencez pas à manger sans nous, dis-je aux autres sur le ton de la blague pour essayer de détendre l’atmosphère.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je crois que ce fut un fiasco.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;On décida dans le camion que ce serait moi qui resterais en bas, parce que c’était moi qui était la plus à même de reconnaître Dupont « Fake » s’il débarquait avec sa compagne. Auquel cas le téléphone « Serguei », celui que j’avais dans la poche, biperait le téléphone « Vladimir » que Charly avait avec lui. Ce serait le signe qu’ils avaient une minute, et pas plus, pour vider les lieux, advienne que pourra.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ils montèrent tous les trois. J’avais pris une casquette que je vissai sur ma tête. Je me sentais vulnérable, potentiellement reconnaissable. On avait glissé d’un cran, et bien malgré nous, vers un type d’action qui se rapprochait de ce qu’on avait pu faire plus jeunes et qu’on n’avait pas des masses envie de recommencer. On avait une crèche à ouvrir à huit heures le lendemain. Je me dis que peut-être on aurait dû laisser tomber et lui laisser ses fleurs. Mais bordel on y était, on y était. Je regardai l’heure : 21h37. Verlaine et Juliette descendirent avec une cagette chacune.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— On a décidé de faire la chaîne. Charly rassemble les fleurs et les remet dans leurs cagettes, il a le coup de main. Nous on fait des allers-retours.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;21h45. Elles redescendirent avec deux autres caisses. Je priais pour que Bozo le clown ait fait un spectacle plus long qu’à l’ordinaire, pour que les rappels soient infinis et que le faux Dupont y passe une heure de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;21h50 : deux nouvelles cagettes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;21h54 : deux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;21h58 : deux autres. Plus que deux trajets me dit Verlaine. Des voisines les avait croisées en les regardant curieusement dans l’escalier, mais sans rien dire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;22h03 : deux autres. Il reste trois cagettes. Ça va le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;22h06. A force de fixer la bouche de métro à trois cents mètres de peur de les voir apparaître, j’en avais perdu une vigilance élargie. Je ne prêtai pas attention aux portières qui claquèrent. Je ne tournai la tête que quand je vis deux silhouettes s’approcher du porche pour composer le code. Je jetai un rapide coup d’œil à la voiture qui s’éloignait déjà et je percutai. Fake Dupont s’était offert un retour en taxi. Ni une ni deux, je sortis de ma léthargie et j’improvisai.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Éric !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;L’homme tourna la tête et me dévisagea. Sa femme aussi, se demandant qui je pouvais bien être avec ma casquette et mon gros camion.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bonsoir, me dit-il, un peu hésitant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Qu’est-ce que tu as l’air en forme…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Ah…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Ne me dis pas que tu ne me remets pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Heu… si…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— On s’est croisé par Jacques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je vis la femme froncer les sourcils, comme si ce prénom l’avait frappé plus qu’un autre. Je vis Eric rouler des yeux en se demandant, de tous les Jacques croisés dans sa vie, lequel l’avait introduit à la fille bizarre qui portait une casquette.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— … et là il me dit : « Jacques… attendez… oui, je me souviens ! »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Tout le monde éclata de rire. Mona, pour qui on avait dû reprendre l’histoire depuis le début en rentrant, s’était tellement foutue de nous qu’elle en avait détendu l’atmosphère. On continuait à raconter nos péripéties, et en se racontant nous-mêmes, on réalisait que notre histoire était plus drôle qu’autre chose. Je continuai :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Et là je lui dis « Franchement, qu’est ce qu’on s’est marré ce jour là », et lui toujours aussi gêné, se marre, avec un regard en biais vers sa compagne qui, crevée, semble avoir envie de monter le plus vite possible. Alors j’improvise, et je lui dis : « Moi je dis toujours, le rire, c’est la vie. On peut dire ce qu’on veut sur le réchauffement climatique, sur l’art, sur le foot : tant qu’on rit, c’est mieux. Et je ne parle pas du rire triste… »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Les autres se marrent trop, ils me font rire aussi, j’étouffe dans mon propre rire, je n’arrive pas à raconter, Charly prend le relai :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bref quand on est descendu, on a trouvé Sacha en sueur, en train de tenir la jambe à ce gars qui n’en pouvait plus et essayait de l’interrompre désespérément… d’ailleurs je ne sais pas comment vous en étiez arrivés là, mais tu lui parlais de savoir pardonner non ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Nouvel éclat de rire général.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Mais oui ! je l’ai enchaîné le mec, je passais d’un sujet à un autre, à chaque fois qu’il ouvrait la bouche je l’empêchais de prononcer ne serait-ce qu’une syllabe en sautant à un nouveau sujet de conversation. A un moment il a réussi à articuler : « Je suis désolé mais je… », et là je le coupe et je lui dis… je lui dis…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je vois Charly qui se marre déjà alors que je n’ai même pas sorti la chute de l’histoire :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Je lui dis : « Mais je t’ai pardonné Éric, on ne va pas revenir sur cette vieille histoire ! »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Quelques heures plus tard, rassasiés, un peu ivres, on met en route un narguilé et on fume chacun notre tour. Je me dis qu’on s’en est pas mal tiré. Il doit rester un peu de terre sur le parquet, mais Juliette a eu l’intelligence de faire tomber le seul pot de fleur du salon au sol, pour en répandre la terre. Le propriétaire mettrait ça sur le compte du chat. Au moment où je pensais qu’Eric Dupont fils ne saurait jamais qu’on avait foutu les pieds chez lui, Charly se mit à se marrer tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Qu’est ce qui t’arrive toi ? lui demanda Verlaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il regarda sa paire de vieilles baskets, hésitant un peu avant de se lancer, puis il nous regarda tous un par un, l’air fier et penaud d’un gamin qui a fait une connerie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Si je vous dis vous allez pas être contents.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Allé, accouche !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Partage ta joie !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bah… Pendant que j’étais seul à attendre que les filles remontent pour prendre les dernières cagettes, j’ai ouvert un tiroir, et parmi une somme d’objets stockés là en bordel, j’ai trouvé un super beau poignard dans une matière trop cheloue. Et je… j’ai pas résisté. Voilà.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il y eut un blanc. Un sourire gêné parcourut nos visages. Personne ne voulait casser l’ambiance, mais en vrai je crois que ça nous soulait tous. Vincent, qui n’avait pas ouvert la bouche depuis notre retour, dit :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bon, bah tu vas passer avec moi devant la commission d’éthique on dirait.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je poussai la porte du &lt;em&gt;Thermomètre&lt;/em&gt;. Hugo, fin comme toujours, me lança un joyeux :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bah t’en fais une tête ! Tu vas faire peur aux bébés cadums.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Sers moi un triple expresso, et garde tes vannes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je parcourus les gros titres du &lt;em&gt;Libération&lt;/em&gt; qui était posé sur le bar. Je m’enfilai mon café, en redemandai un, avec un croissant cette fois s’il te plaît, puis traversai la rue pour ouvrir la crèche. Juliette et Mona n’allaient pas tarder à arriver. Verlaine, la veinarde, avait sa matinée pour dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Dans le hall, je passai à ça de la crise cardiaque. Parce qu’&lt;em&gt;on&lt;/em&gt; avait disposé là un petit monticule de pavés. &lt;em&gt;On&lt;/em&gt; avait posé sur le plus haut des pavés une fleur, j’aurais dit une orchidée. Et, au pied du monticule de pierres, un carton avec écrit : « Bisous ».&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<content type="html">&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-12&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-grand&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Les Chats perdus, chapitre 10&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div rel=&quot;table&quot; border=&quot;0&quot; style=&quot;width: 96%;&quot; align=&quot;left&quot;&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div class=&quot;col-md-2&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;div style=&quot;border: 1px solid #1c7d9b;&quot;&gt;
&lt;div style=&quot;padding: 10px;&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;titre-bleu-petit&quot; style=&quot;font-size: 10pt; text-indent: 20px; text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #1c7d9b;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt;&quot;&gt;Résumé des chapitres précédents&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Dans le quartier des Pas perdus (qu’on appelle familièrement « quartier des Chats perdus »), depuis le 14 février de cette année, des fleurs sont déposées mystérieusement chez les uns ou chez les autres. Le premier, Furio Rosso, vieil italien retraité qui habite au dernier étage du 11, rue des Clartés, a découvert des lupins sur sa terrasse de style bouddhiste, et, suivant les conseils de la concierge, Adélie Brancart, il a porté plainte au commissariat. Tout laisse présumer que l’inspecteur Malik Fall, mis sur la touche par son supérieur hiérarchique en raison de sa lenteur et de sa rigueur obsessionnelles à mener les affaires, est chargé de l’enquête (chap. 1-5).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Le 11 rue des Clartés est en effervescence. La rumeur circule d’autant plus vite que de nouveaux locataires, Éric Dupont et Ophélie Mesrine (nièce de Jacques Mesrine), tous deux brocanteurs, ont pendu leur crémaillère en invitant tout l’immeuble à la fête. Éric Dupont a aussi convié son ami d’enfance Anselme Frey, vulcanologue et volcanologue, qui s’apprête à partir en Indonésie. Il y vient avec sa fille Aglaé et y rencontre Furio Rosso. Kleptomane, il subtilise un poignard en obsidienne que Dupont lui a demandé d’expertiser pour Ophélie, spécialisée dans la vente d’armes anciennes (Dupont, lui, vend des natures mortes). Âgée de 13 ans, Lydia, la fille d’Adélie Brancart, et son amie Rosalie, qui habite aussi l’immeuble, décident d’enquêter sur le mystère (chap. 6).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Le premier lieu où chacun cherche des informations est le magasin de Sarah Madamet, l’ancienne éditrice récemment reconvertie dans les fleurs, fleurs rêvées et fleurs vendues qui lui font souvent vivre une sorte de cauchemar éveillé (chap. 7).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Mais pour l’instant, si chaque personnage voit sa vie agitée par cette affaire, chacun a aussi suffisamment de raisons personnelles d’être préoccupé pour ne s’y rapporter que de façon un peu marginale. Seul le lecteur relève les indices convergents ; et il est aussi le seul à savoir qu’en fait, c’est un groupe un peu gauchiste, un peu anar sur les bords (ou un peu plus que sur les bords ?) qui agit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Plusieurs de ses membres gèrent la crèche du quartier, fondée par Sacha Prizzi, la narratrice de leur épopée : ce sont Sacha, Juliette et Verlaine, assistées d’Hager, docteure, qui se connaissent depuis la prime enfance ; puis Mona, nouvelle venue à la crèche. Le groupe comprend aussi le vieux Charly, un ancien fleuriste, et Manu et Vincent, copains respectivement de Sacha et d’Hager. On sait que la petite bande a décidé de remercier de la sorte des personnes choisies pour la manière qu’ils ont eue de « prendre parti » dans leur vie. En « fleurissant leur vie », le groupe veut empêcher que leurs actions ne sombrent dans l’oubli le plus total. Furio Rosso a donc reçu un lupin « pour avoir participé au collectif &lt;em&gt;Arseno Lupino&lt;/em&gt; qui avait notamment écrit un livre sur l’éducation des plus jeunes », livre qui a inspiré le projet de crèche à Sacha et ses copines. Et Adélie Brancart va recevoir une gueule de loup pour le premier squat qu’elle a créé avant de devenir concierge, et qui portait ce nom-là (chap. 8).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot;&gt;Ajoutons que le chapitre précédent, qui se déroulait du côté de Sarah Madamet, quelque part entre sa boutique et ses hantises, avait laissé le lecteur sur un mystère daté du 11 mai : « Le petit &lt;em&gt;cattleya landate&lt;/em&gt; qu’on a livré ce matin. Je suis certaine qu’il lui manque une fleur. » (chap. 9) Et si vous allez sur internet, vous apprendrez que le &lt;em&gt;cattleya landate&lt;/em&gt; appartient à la famille des orchidées…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-preambule&quot; style=&quot;font-size: 10pt; text-indent: 20px; text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;titre-rouge-gras-grand&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #990033; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;... Pavé de bonnes intentions&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;&lt;div valign=&quot;top&quot; class=&quot;col-md-2&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Barbara Kadabra&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Carlo Brio&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;François Cornilliat&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Florence Dumora&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;David Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Hélène Merlin-Kajman&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;auteur-gauche-rouge&quot;&gt;Brice Tabeling&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ab1027;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;date-gauche-rouge&quot;&gt;17/06/2017&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;col-md-10&quot;&gt;&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le téléphone anonymisé que je serrais fort dans ma main vibra. Je regardai : « Il descend&amp;nbsp;», me dit le texto. Se concentrer sur ce qui se passe. Entièrement. Ne pas laisser les idées parasites m’envahir. Ne pas penser à son inquiétude mêlée de fierté quand il rentrera chez lui. Garder les yeux rivés sur le porche. Ça s’ouvre. C’est lui, accompagné d’une femme. On a été bien inspirés de lui faire gagner deux places. Seul, il ne se serait peut-être pas déplacé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mona avait reçu le même texto que moi, de l’autre côté du boulevard. Elle prit le grand-père et sa compagne en filature. Verlaine, qui s’était postée entre le quatrième et le cinquième étage pour s’assurer que le « poisson » quittait bien son appartement, sortit de l’immeuble cinq minutes plus tard. Elle s’approcha de moi :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— C’est bon, je viens de sonner trois fois, il n’y a plus personne chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je souris. Cool. Il n’y avait plus qu’à attendre que Mona confirme que les deux allaient dans la bonne direction, et on pourrait lancer le schmilblick.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Tout va bien de ton côté ? me demanda Verlaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Carrément, dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;On attendit tranquillement, assises côte à côte sur le banc. Il faisait chaud. Dans la rue les gens étaient beaux. C’était cette période de l’année où les parisiens ont encore assez l’hiver en mémoire pour profiter pleinement de la chaleur. Personne n’osait encore se plaindre. Les quais du canal Saint-Martin étaient bondés, vibrant de vie, vie alcoolisée certes, mais vie quand même.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Et toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Oui. Un peu fatiguée en ce moment. Un peu marre de la ville. Je t’avoue que j’ai hâte d’être à la mer...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Tu m’étonnes…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Mon téléphone vibra. Message de « Vladimir ». « Vladimir », le nom du téléphone – anonymisé – de Mona. Je lus à haute voix :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;« L’oiseau vole vers sa cage »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je quittai, je fis Menu/Message/Nouveau message :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;« Le rire long des cent grillons de l’été&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Berce mon cœur d’une douceur bien stylée ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Envoyer/Destinataires/Igor. Le message part. « Igor » était le nom du troisième téléphone portable. Charly lirait le message. Il se mettrait en route en se marrant parce que je suis décidément trop une poète.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bon, bah tout roule ! dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Cool. Tu as la clé ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je mis la main dans ma poche et caressai du bout des doigts le métal réchauffé par ma cuisse.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Yes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Une légende urbaine dit qu’il existerait, pour chaque type de serrure, un passe-partout. C’est faux. En revanche, ce qu’on dit peu mais qui est bon à savoir, c’est que rien n’est plus facile que de soulever un paillasson. Et souvent, beaucoup plus souvent qu’on ne croie, les propriétaires des dits paillassons y laissent leur clé. Il suffit alors d’ouvrir la porte. Ou de courir faire une copie et de remettre la clé à sa place, quand l’accès à l’appartement doit être repoussé pour faire les choses comme il faut.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Salut, vous !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;On leva la tête : Hager, en tenue de footing. Pour pouvoir courir vite, supposai-je. Elle avait l’air un peu anxieuse. Verlaine lui fit la bise :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Je vous laisse moi, des voisins m’ont vue dans la cage d’escalier, il ne faut pas que je traîne trop. A tout’ !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Hager s’assit à sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Ça va ? Je lui demande.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— J’ai faim. J’ai soif. Mais ça va.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— T’es une folle de vouloir faire ça en plein jeûne. On aurait vraiment pu s’arranger autrement…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— C’est bon. Tu sais à force de m’entraîner chaque année, je commence à être endurcie… Comment ça a été aujourd’hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Super bien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Vous avez revu Adélie Brancart ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Oui, c’est elle qui est venue chercher son môme. Tout sourire. Franchement c’est peut-être narcissique de dire ça, mais j’ai l’impression que depuis qu’on a déposé la deuxième fleur, elle a la patate comme jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Tu penses qu’elle a fait le lien avec sa vie d’avant ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— J’espère. En tout cas il y a un truc dans son visage qui s’est… ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Hager sourit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— On est magiques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je hochai la tête, et on resta là en silence. Je pensai à l’homme à qui on s’apprêtait à livrer quelques kilos de fleurs Arlequin, alias &lt;em&gt;sparaxis gransiflora&lt;/em&gt;. « Tout le monde a une fleur qui va avec son choix de vie, nous nous chargeons de la trouver ». Ç’aurait été notre slogan si on avait été une start-up plutôt qu’un groupe de potes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Charly arriva en camion et me tira de ma rêverie. A partir de là, concentrée, j’agis en automate. On y alla au culot. On monta tous les trois avec une cagette de fleurs, on ouvrit la porte, j’esquivai l’attaque d’un chat, on posa tout au milieu du salon, on redescendit au camion, on reprit des cagettes… En terme de quantité, on avait voulu marquer le coup. Une demi-heure après, le salon s’était transformé en serre. Et nous déposâmes notre carton, imprimé à l’avance&amp;nbsp;: « Merci ». Et je pensai, dans ma tête, comme un hommage : merci, parce que dans les gens à qui tu as donné l’envie du théâtre, il y avait un jeune homme et une jeune femme qui ont continué par la suite et qui ont eu une fille et qui l’ont appelée Sacha. Cette fille là, c’est moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Le camion démarra. Mon corps se détendit peu à peu. 21h07. Dans une petite heure arriverait la coupe du jeûne. On s’était promis d’attendre pour entamer le repas tous ensemble. Je respirai un grand coup. Je vis que Charly se détendait aussi. Il roulait calmement. On n’allait pas loin, dans cinq minutes on serait garés. Je lui caressai la nuque pour la lui masser.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Je t’ai même pas dit bonjour mon Charly.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il me fit son gros sourire de Charly.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— T’as prévenu la nouvelle qu’elle pouvait quitter son poste ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Yes. Elle s’appelle Mona, la nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il saisit son MP3 relié par un câble jack à son autoradio, et lança un morceau de musique. Quelques notes mélancoliques se succédèrent, véritables nappes sonores qui envoutèrent le camion. J’eus soudain l’impression de voyager en vaisseau spatial. Je sentis une émotion étrange m’envahir quand le rappeur commença à chanter, voix électroniquement modifiée dont l’artificialité ne parvenait pas à masquer les blessures intimes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— T’écoutes ça toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bah ouais cousine, ça me va droit au cœur les couplets de ces deux mecs ravagés…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je souris, et j’écoutais :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt; La nuit porte conseil : &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;Ah nan ! Pas du tout !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;La nuit… Nique sa mère ! &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;Et pourquoi m’en faire ? &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;Tellement plus bas qu’terre&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;Qu’j’vois les pieds d’Lucifer&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;En ouvrant la porte, je sentis que quelque chose clochait. Vincent, pâle, assis dans un coin. Verlaine et Juliette à l’autre bout, le regard noir et inquiet. Bruno et Manu, côte à côte, avec sur le visage la même moue un peu gênée, comme si ils ne savaient pas vraiment où se foutre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Qu’est ce qui vous arrive ? demanda Hager.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Vincent, piteux, regarda ses chaussures.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Il y a un problème.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Hager, inquiète :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Qu’est ce qui se passe ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Voilà, comme je tournais en rond et que je ne savais pas quoi faire en vous attendant, je me suis reconnecté à son adresse mail, pour vérifier que tout allait bien, qu’il n’y avait pas de risque, qu’il mentionnait dans un mail qu’il avait gagné un spectacle au cirque…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Mec, on avait dit il y a quelques mois qu’on craquait sa boîte mail seulement pour vérifier qu’il n’était pas devenu complètement sénile…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Je sais, j’aurais pas dû. Sauf que… ça m’a permis de voir que depuis trois mois, le gars ne parle que de sa nouvelle vie en Bretagne. Il ne vit plus à Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Tu te fous de nous, dis-je. Il y a toujours son nom sur la boîte aux lettres, et sur la sonnette.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— C’est là que c’est vicieux. Je vous explique. Son adresse, c’est eric.dupont@wanadoo.fr. Et le 7 avril dernier, il reçoit un mail de dupont.dupond@gmail.com qui le remercie pour l’appartement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bah quoi, il s’écrit à lui-même ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Non. Ce type a un fils qui s’appelle Éric, comme lui. Il lui a cédé l’appartement il y a peu, apparemment le loyer est vraiment bas et c’est super bon plan…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il y eut un blanc. Vincent, gêné par le silence, reprit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— C’est assez émouvant, il s’entend visiblement mal avec son fils et ça a été pour eux comme une occasion de …&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Tais-toi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je me tournai vers Hager, étonnée par sa fermeté. Et je me dis : désolé mon corps et mon esprit, on mangera plus tard mais il va falloir réfléchir vite. Hager continua :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— C’est vraiment pas de ta faute pour cette histoire abracadabrante de changement de propriétaire avec même nom, mais en revanche je ne veux pas connaître la vie privée de ces types. Ça ne nous regarde pas. Laissons ça à la NSA.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;On réglerait les questions d’éthique plus tard. Ce qui me tracassait, et, je l’avoue, m’humiliait un peu, c’était de n’avoir rien senti de l’imposture dans l’appartement. Je repensais à l’impression de gêne en voyant le type sortir de l'immeuble avec une femme qui semblait beaucoup plus jeune que ses supposés 78 ans. Je me dis que je n’avais pas vu un masque, pas une photo de théâtre pendant qu’on s’occupait de redécorer son salon. Je repensais aux poignards, mousquetons, katanas qui ornaient les murs…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Il fait quoi, Dupont fils ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Aucune idée, marmonna Vincent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Charly s’effondra sur le canapé et prit sa tête entre les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Je rêve… on pourrait aussi se mettre à distribuer des fleurs aléatoirement, au risque de remercier sans faire exprès Bolloré pour ses services rendus à l’Afrique ? Non mais sérieux de quoi on a l’air ? Il va s’imaginer quoi le type ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je regardai ma montre. 21h26. Le spectacle finissait à 21h45. Il leur fallait quarante minutes pour rentrer en métro.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— On y retourne, dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je vis Manu écarquiller les yeux, un peu effrayé par ma proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— On y retourne, on dégage les fleurs. Hop-hop-hop. Il faut trois… non quatre volontaires. Quelqu’un qui reste en bas avec le camion, qu’on va garer à l’arrache, tout prêt du porche. Les trois autres font des allers-retours. On a passé un peu plus de dix minutes à monter toutes les fleurs, et vingt à les disposer tout à l’heure. On peut tout rassembler et charger en vingt minutes, on a le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je n’avais pas fini de parler que Juliette, Verlaine et Manu étaient debout. On se retrouvait à y aller nous quatre, les plus habitués à ce type d’action.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Commencez pas à manger sans nous, dis-je aux autres sur le ton de la blague pour essayer de détendre l’atmosphère.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je crois que ce fut un fiasco.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;On décida dans le camion que ce serait moi qui resterais en bas, parce que c’était moi qui était la plus à même de reconnaître Dupont « Fake » s’il débarquait avec sa compagne. Auquel cas le téléphone « Serguei », celui que j’avais dans la poche, biperait le téléphone « Vladimir » que Charly avait avec lui. Ce serait le signe qu’ils avaient une minute, et pas plus, pour vider les lieux, advienne que pourra.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Ils montèrent tous les trois. J’avais pris une casquette que je vissai sur ma tête. Je me sentais vulnérable, potentiellement reconnaissable. On avait glissé d’un cran, et bien malgré nous, vers un type d’action qui se rapprochait de ce qu’on avait pu faire plus jeunes et qu’on n’avait pas des masses envie de recommencer. On avait une crèche à ouvrir à huit heures le lendemain. Je me dis que peut-être on aurait dû laisser tomber et lui laisser ses fleurs. Mais bordel on y était, on y était. Je regardai l’heure : 21h37. Verlaine et Juliette descendirent avec une cagette chacune.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— On a décidé de faire la chaîne. Charly rassemble les fleurs et les remet dans leurs cagettes, il a le coup de main. Nous on fait des allers-retours.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;21h45. Elles redescendirent avec deux autres caisses. Je priais pour que Bozo le clown ait fait un spectacle plus long qu’à l’ordinaire, pour que les rappels soient infinis et que le faux Dupont y passe une heure de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;21h50 : deux nouvelles cagettes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;21h54 : deux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;21h58 : deux autres. Plus que deux trajets me dit Verlaine. Des voisines les avait croisées en les regardant curieusement dans l’escalier, mais sans rien dire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;22h03 : deux autres. Il reste trois cagettes. Ça va le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;22h06. A force de fixer la bouche de métro à trois cents mètres de peur de les voir apparaître, j’en avais perdu une vigilance élargie. Je ne prêtai pas attention aux portières qui claquèrent. Je ne tournai la tête que quand je vis deux silhouettes s’approcher du porche pour composer le code. Je jetai un rapide coup d’œil à la voiture qui s’éloignait déjà et je percutai. Fake Dupont s’était offert un retour en taxi. Ni une ni deux, je sortis de ma léthargie et j’improvisai.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Éric !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;L’homme tourna la tête et me dévisagea. Sa femme aussi, se demandant qui je pouvais bien être avec ma casquette et mon gros camion.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bonsoir, me dit-il, un peu hésitant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Qu’est-ce que tu as l’air en forme…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Ah…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Ne me dis pas que tu ne me remets pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Heu… si…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— On s’est croisé par Jacques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je vis la femme froncer les sourcils, comme si ce prénom l’avait frappé plus qu’un autre. Je vis Eric rouler des yeux en se demandant, de tous les Jacques croisés dans sa vie, lequel l’avait introduit à la fille bizarre qui portait une casquette.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— … et là il me dit : « Jacques… attendez… oui, je me souviens ! »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Tout le monde éclata de rire. Mona, pour qui on avait dû reprendre l’histoire depuis le début en rentrant, s’était tellement foutue de nous qu’elle en avait détendu l’atmosphère. On continuait à raconter nos péripéties, et en se racontant nous-mêmes, on réalisait que notre histoire était plus drôle qu’autre chose. Je continuai :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Et là je lui dis « Franchement, qu’est ce qu’on s’est marré ce jour là », et lui toujours aussi gêné, se marre, avec un regard en biais vers sa compagne qui, crevée, semble avoir envie de monter le plus vite possible. Alors j’improvise, et je lui dis : « Moi je dis toujours, le rire, c’est la vie. On peut dire ce qu’on veut sur le réchauffement climatique, sur l’art, sur le foot : tant qu’on rit, c’est mieux. Et je ne parle pas du rire triste… »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Les autres se marrent trop, ils me font rire aussi, j’étouffe dans mon propre rire, je n’arrive pas à raconter, Charly prend le relai :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bref quand on est descendu, on a trouvé Sacha en sueur, en train de tenir la jambe à ce gars qui n’en pouvait plus et essayait de l’interrompre désespérément… d’ailleurs je ne sais pas comment vous en étiez arrivés là, mais tu lui parlais de savoir pardonner non ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Nouvel éclat de rire général.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Mais oui ! je l’ai enchaîné le mec, je passais d’un sujet à un autre, à chaque fois qu’il ouvrait la bouche je l’empêchais de prononcer ne serait-ce qu’une syllabe en sautant à un nouveau sujet de conversation. A un moment il a réussi à articuler : « Je suis désolé mais je… », et là je le coupe et je lui dis… je lui dis…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je vois Charly qui se marre déjà alors que je n’ai même pas sorti la chute de l’histoire :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Je lui dis : « Mais je t’ai pardonné Éric, on ne va pas revenir sur cette vieille histoire ! »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Quelques heures plus tard, rassasiés, un peu ivres, on met en route un narguilé et on fume chacun notre tour. Je me dis qu’on s’en est pas mal tiré. Il doit rester un peu de terre sur le parquet, mais Juliette a eu l’intelligence de faire tomber le seul pot de fleur du salon au sol, pour en répandre la terre. Le propriétaire mettrait ça sur le compte du chat. Au moment où je pensais qu’Eric Dupont fils ne saurait jamais qu’on avait foutu les pieds chez lui, Charly se mit à se marrer tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Qu’est ce qui t’arrive toi ? lui demanda Verlaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il regarda sa paire de vieilles baskets, hésitant un peu avant de se lancer, puis il nous regarda tous un par un, l’air fier et penaud d’un gamin qui a fait une connerie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Si je vous dis vous allez pas être contents.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Allé, accouche !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Partage ta joie !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bah… Pendant que j’étais seul à attendre que les filles remontent pour prendre les dernières cagettes, j’ai ouvert un tiroir, et parmi une somme d’objets stockés là en bordel, j’ai trouvé un super beau poignard dans une matière trop cheloue. Et je… j’ai pas résisté. Voilà.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Il y eut un blanc. Un sourire gêné parcourut nos visages. Personne ne voulait casser l’ambiance, mais en vrai je crois que ça nous soulait tous. Vincent, qui n’avait pas ouvert la bouche depuis notre retour, dit :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bon, bah tu vas passer avec moi devant la commission d’éthique on dirait.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je poussai la porte du &lt;em&gt;Thermomètre&lt;/em&gt;. Hugo, fin comme toujours, me lança un joyeux :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Bah t’en fais une tête ! Tu vas faire peur aux bébés cadums.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;— Sers moi un triple expresso, et garde tes vannes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Je parcourus les gros titres du &lt;em&gt;Libération&lt;/em&gt; qui était posé sur le bar. Je m’enfilai mon café, en redemandai un, avec un croissant cette fois s’il te plaît, puis traversai la rue pour ouvrir la crèche. Juliette et Mona n’allaient pas tarder à arriver. Verlaine, la veinarde, avait sa matinée pour dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;texte-ordinaire&quot;&gt;Dans le hall, je passai à ça de la crise cardiaque. Parce qu’&lt;em&gt;on&lt;/em&gt; avait disposé là un petit monticule de pavés. &lt;em&gt;On&lt;/em&gt; avait posé sur le plus haut des pavés une fleur, j’aurais dit une orchidée. Et, au pied du monticule de pierres, un carton avec écrit : « Bisous ».&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
		<category term="Le roman-feuilleton" />
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