Exergue n° 7

 

 

« En dépit d'une formidable accumulation primitive de frustration, de souffrance et d'angoisse dans la population [...], la critique n'est jamais parvenue à se manifester. Elle est restée sans voix devant l'avancée du désastre. [...] C'est ainsi que le Spectacle a pu faire de l'effritement progressif des Etats-Nations et du discrédit universel des systèmes de représentation politique, la farce que l'on sait, et qui chaque jour ajoute un épisode à son interminable infamie. Il a obtenu de tous qu'on le laisse exercer en paix sa violence symbolique, et de chacun qu'il la subisse comme quelque chose d'à la fois naturel et chimérique. Il y a bien, de temps à autres, quelques éruptions locales qui viennent troubler ce mimodrame fatigué, mais l'assise de la domination est si sûre qu'elle peut se permettre de regarder d'un mauvais oeil l'indélicatesse de ceux qui, en le contraignant à une trop visible répression, l'obligent à rappeler ce que chacun sait: que c'est sur un état d'exception permanent que repose l'état de droit [...]. Dans ce contexte de guerre sociale muette, où, “comme dans toute période de transition, on voit surgir cette racaille qui existe dans toute société et qui, non seulement n'a aucun but mais est même dépourvue de toute trace d'idée et s'efforce uniquement d'exprimer l'inquiétude et l'impatience” (Dostoievski, Les Possédés), toutes les “luttes sociales” ont été dérisoires. »

Tiqqun, « Le silence et son au-delà»,
dans Exercices de Métaphysique critique, p. 72-73. 

 
 


 Hélène Merlin-Kajman

28/10/2011

Grande éloquence – véhémence et sarcasme – admonestation. Le pathos, souverain, se communique – guère le sens. Comment prendre, ici, « période de transition » ? Et l’ironique « racaille » ?

- Vous défendez le logos ? cherchez le référent ?

- Pardon, pardon. Mais ici, le pathos... voyez-vous, j’ai peur de rater le virage... Dostoïevski, après Flaubert, ce n’était déjà pas si simple. Sa polyphonie me suffisait. Tenez, faisons autrement, un simple pas de côté, sans ironie ni fureur. Supposons que tout ne soit pas politique. Et parions que dans l’espace – littéraire ? – du « pas politique », l’exception et la règle s’écartent l’une de l’autre : espace discret de manifestation malgré tout. Ne vaut-il pas la peine d’essayer ?

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