Abécédaire

 

 
Sagouin
 
 


Lise Forment

12/05/2018

 

 

Petits singes d’Amérique du sud à longue queue, les sagouins sont de lointains cousins du youpi, ce petit animal au poil touffu et à l’origine incertaine. Les coatis s’en font parfois des amis. Dans les contrées australes et tropicales, ils s’attroupent, marchent en file indienne – fariboles ? Je vous assure : les uns font la ronde, dansent la faconde ou jouent à la marelle, en ribambelle ; d’autres, parfois les mêmes, construisent des cabanes, inventent des langues, des lieux et des mots de poésie… Ouistiti !

Mais que vient donc faire cette nasale, geignant, gênante, dans un si pittoresque tableau ? « Ouin-ouin », fait le sagouin, morve au nez, bouche sans dents. Plainte irritante de la racaille, misère bruyante des sauvageons. — Ouistiti ! qu’on vous dit.

 

Rien à faire, « sagouin » ne rime pas bien. On peut dire « sagouin » pour rire, pour rien, mais l’entrain s’éteint, perdu quelque part entre le sale groin et le salaud, ce gouain (… vous connaissez au moins l’insulte au féminin). « Sagouin » résonne d’échos haineux. Le mot n’aura jamais pour moi le charme et l’insouciance du petit saloupiau– voyelle fautive à l’oreille ou vérité chantante du patois ? Peu importe, j’ai toujours entendu ce -ou, et je l’aime d’amour, ce plaisir enfantin du gros mot, bien plus que sa variante pourtant rigolote « salopiot », « salopiote » ( ?) ou son synonyme, plus cinglant, « saligaud », « saligaude ».

 

« Sagouin » crie le mépris, dit la marge.

Ouin-ouin. On serre les dents et on sourit. Oui-oui, « Ouistiti », qu’on vous dit…