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Lise Forment

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Avril 2019

 

 

Au contact du traumatique : jusqu'« aux limites de l'humain » ?

Un « genre d’audace », disait Brice Tabeling, un « risque pris au nom de l’autre » : tel est bien le geste que Jan Miernowski accomplira pour nous le samedi 13 avril, en venant présenter son nouveau livre et dialoguer avec les pages qu’Hélène Merlin-Kajman a consacrées au rire et à la mort dans L’Animal ensorcelé. Il discutera l’hypothèse d’un « rire aux limites de l’humain », au contact du traumatique, et l’on ne peut qu’être frappé et joyeusement curieux des points de jonction entre ses travaux et les dossiers de Transitions. Il y a quelques années, une rencontre autour de son précédent ouvrage, La Beauté de la haine, nous avait permis d’étoffer notre dossier sur « La Beauté ». Tout récemment, c’est avec notre réflexion sur la transition elle-même, et sur la période early modern, qu’un ensemble de textes réunis par ses soins (et ceux de Katherine Ibbett) entraient en écho (voir « La charnière entre le XVIe et le XVIIe siècle »). Ce mois-ci, la rencontre à venir sera l’occasion de poser à nouveau la question des rapports entre littérature et trauma, à laquelle cette livraison mensuelle fait encore une grande place.

Nous publions en effet dix nouvelles communications prononcées lors de notre colloque de décembre, dix contributions qui complètent les textes déjà parus le mois dernier… et d’autres interventions suivront en mai ! Invité comme Marc Amfreville et Alexandre Gefen à réfléchir sur « l’entrée du trauma(tisme) dans la culture littéraire », Philippe Daros redéfinit la notion d’empathie à partir d’une honte d’exister, commune et « inguérissable », en reprenant les mots de Tiphaine Samoyault. C’est aussi ce terme d’empathie et l’usage de son contraire, l’apathie, que l’article de Francis Haselden sur la poésie de Vanessa Place vient éclairer et problématiser (à lire aussi le texte d’Anne-Laure Dubruille « à propos de l’apathie de l’analyste » paru en mars). Après les expériences de lecture singulières menées par Laurent Susini et Andrea Frisch au contact du traumatique (face à des textes, respectivement, de Gabrielle Wittkop et Agrippa d’Aubigné), c’est encore via des corpus littéraires extrêmement divers que Daniele Carlucco, Françoise Davoine, Xavier Garnier, Mitchell Greenberg et Morgane Kieffer s’emparent des questions soulevées par l’argument du colloque : les surréalistes lecteurs de Lautréamont, Sterne et son Tristram Shandy génialement transitionnel, quelques auteurs africains déployant des stratégies narratives pour écrire les espaces traumatisés, Racine imposant sur la scène du XVIIe siècle le spectacle de l’enfant sacrifié, un trio d’auteurs français contemporains (Leslie Kaplan, Annie Ernaux et Mathieu Riboulet) – sans oublier le parcours littéraro-cinématographique de François Jacquet-Francillon parmi les figures de l’ennemi, au milieu des « barrages contre le trauma ». Cette variété des exemples saisit, et elle saisit encore plus à la lecture des textes par la convergence et la densité des questions posées, confirmant s’il le fallait la nécessité de penser cette place du « trauma(tisme) dans la recherche et l’enseignement littéraires ». C’était le titre de la dernière session du colloque : deux textes, ce mois-ci, en sont livrés, l’un d’Anne Grand d’Esnon proposant de penser la pratique du trigger warning en suspendant son rapport au trauma, l’autre d’Alice Laumier suggérant de « défaire l’homogénéité et la cohérence dont la catégorie de trauma semble être dotée aujourd’hui ».

C’est le fil de ce dialogue crucial entre notre discipline et la psychanalyse que poursuit aussi, en mode mineur, l’exergue d’Augustin Leroy à partir d’une citation de Marta Torok dans L’Écorce et le noyau (co-écrit avec Nicolas Abraham). À l’ombre du trauma, Augustin Leroy nous parle de l’expérience du deuil qu’évoquait aussi la définition de « Mort » d’Adrien Chassain au mois de mars, qu’évoquait déjà une saynète de Virginie Huguenin parue l’an passé, et qu’évoque encore, avec une infinie délicatesse, une émotion à fleur de texte, la définition par Michèle Rosellini du mot « Patience » publiée aujourd’hui. Expérience du deuil, conscience terrifiante de la mort et de sa propre vulnérabilité peuvent ne pas laisser transi. Car elles ouvrent la possibilité d’un « passage », d’un engagement « entre passibles », d’un lien aussi à « la longue durée », comme le suggère André Bayrou dans sa définition de « Nature » et « ses cogitations de promeneur ». Le transitionnel prend parfois des voies « obliques »… À lire encore les définitions de ce mot par Hélène Merlin-Kajman et Brice Tabeling, ainsi que deux saynètes : l’une d’Éva Avian sur Le Lys dans la vallée (ou comment recevoir un don empoisonné : savoir accueillir « le fantôme » qui sort du placard, trop vite, trop fort), l’autre d’Adrien Chassain (ou comment faire d’une promesse de don le don lui-même : savoir s’installer et vaquer « entre deux empressements laborieux »).

Le dernier mot sera pour notre ami, Jean Giot, familier du séminaire qui nous a fait la surprise et le bonheur d’un don précieux : un impromptu sur La Princesse de Montpensier, écrit à la suite de notre dernière table ronde – un texte lumineux sur le rôle de Chabannes dans la nouvelle, « support de liens », « point d’articulation »… personnage transitionnel sur un fond de violence et de pétrification traumatiques ?  

 
 
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