Exergue n° 48

 

  

« Si le visuel nous empêche de voir (parce qu’il préfère qu’on décode, qu’on décrypte, bref qu’on « lise »), l’image nous met toujours au défi de la monter avec une autre, avec de l’autre. Parce que dans l’image, comme dans la démocratie, il y a du « jeu » et de l’inachevé, une entame ou une béance. Mais c’est un jeu trop sérieux qui nous transforme vite en moralistes acariâtres ou en donneurs de leçons. Il faudrait être plus nombreux à nous y livrer, pour que le jeu soit plus marrant que la chandelle et que celle-ci ne vire pas à la petite flamme de la belle âme en colère. »

Serge Daney, Devant les recrudescences des vols de sacs à main.
Cinéma, télévision, information, Lyon, Aléas, 1991, p. 194.

 
 


Brice Tabeling

06/10/2012

 

Par le détour d’une comparaison démocratique, la phénoménologie du visible deleuzienne s’affaiblit et découvre des fondations éthiques. Du visuel à l’image, il n’y a peut-être rien sinon qu’il manque au premier une certaine conscience du temps et de la distance, la décision d’interprétation qui, au contraire, accompagne la seconde. Ce serait, au fond, le même objet, mais qui peut soit coller à l’information, au fantasme, à lui-même, soit rebondir dans la durée, dans les hésitations du sens et de l’altérité.

Il suffit d’une belle âme.

Ou suffit-elle ? Voilà un jeu qu’on joue difficilement seul. Rien ne l’interdit bien sûr, mais comment, dans le face-à-face, se détacher vraiment de l’objet, ne pas coller à la distance même, si nul ne vient nous en distraire ? Que le terrain de jeu puisse accueillir un autre, plein d’autres !, qui libèrent l’objet de son univocité et nous dégagent de la fascination des tremblements de la chandelle. Une salle de cinéma, une chronique dans Libération, un site Internet. 


 

 

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