Adage n°4.2. : Le mieux... / D. Moucaud



Adage n°4.2.

 

 
Le mieux est l'ennemi du bien
 
 


David Moucaud

01/02/2020

Le mal ayant pris le pire pour idéal, il s’imposait que, par quadrature ou par contradiction, le bien dût s’aliéner le mieux. Sage, humble, médiane se veut en effet la morale pour qui le mieux serait l’ennemi du bien : une pierre de bon sens dans le jardin des zélotes de tous poils. L’à-qui-mieux-mieux de l’amoébée mélo en prend pour son grade et son lyrisme d’escalier dévale vers la cohue poussive. Pour bien dire : évitons de mieux faire.

Or c’est craindre un peu la chimère, que redouter un zèle mal à propos. On ne demande sans doute pas mieux, mais nombreuses sont les tentations : si le zèle de la vie ravive les émotions tachées, les zèles du désir ouvrent au mieux un boulevard aux déconvenues. Et bien le dire exigerait un métier trop subtil… si « l’art, des transports de l’âme [n’était] faible interprète » !

Il faut donc être sans l’avoir cherché, surprendre sans éclat, transcender sans quintessence. Triompher, enfin, sans avoir rien vaincu. Quand tout vous enjoint la performance, avoir déjà tombé le masque, et quand point l’impérieuse urgence, ne céder à aucune alarme. La doxa du mieux ennemi œuvre en paralysant garde-fou, chez ceux même pour qui le bon médiocre reste insuffisant…

Avec le même aplomb filant que, télescopique ou non, le bât blesse, et ce vertige à voir tomber de saines évidences, nous voici donc assommé sous l’adage : il faut avoir, dirait-on bulgarement, placé bien haut l’abare pour saisir son mystère. Tel est le piège, aux dés on tique : rien n’est à céder au hasard dont fausse piste, fausse route, faux départ, faux adieux sont autant de vices de formes. De la première dent au dernier âge, tout ce qui cloche est pivotable, on vous zeupgrède au moindre écart. Au mieux, on cherche à bien faire, et pour bien faire on vise au mieux. Le cercle est vicié, en roue coercitivement libre. Il faut penser Sisyphe en excellent médiocre.

Mais cette inimitié, que diable, où est son sens ? Si, borné zélateur, patient complice, on mieuze, que n’est-ce pour le bien commun ? Qui avive les feux qui nous font si ardents ? Croit-on encore aux mêmes lendemains ? Que dire enfin d’un mieux où l’on consent au pire

Posons la question à cent Baal

qui s’agitent dans la cohorte :

« Est-ce que… du flashball

le zèle vous transporte ? »

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