Adage n°16.1.

 

Quand on n'a pas de pétrole, on a des idées.
 
 

Virginie Huguenin

06/06/2020

 

J’ignorais tout des origines de cette expression quand je l’ai proposée pour un adage. En 1973, en pleine crise pétrolière, Valéry Giscard d’Estaing, ministre des finances alors, lance l’idée d’un changement d’heure à la fin du mois de mars pour permettre aux foyers d’économiser de l’énergie en profitant au maximum de la lumière du jour : « Quand on n’a pas de pétrole, on a des idées ». Moi qui plaçais l’expression au répertoire des aphorismes sans âge dont ma grand-mère m’a nourrie… !

Les semaines passées à craindre les pénuries l’ont fait remonter en moi. Et quand je me trouvais face aux rayons dévalisés, sans farine, ni œuf, j’entendais ma grand-mère : « Ma fille, t’as qu’à faire autrement ». Difficile de remplacer les matières premières ; et pour les masques, comment faire sans tissus ? « Tu trouveras ». Et si la peur me gagnait parfois, le soleil au dehors brillait si fort.

Je n’allais pas dire à ma grand-mère la peur du manque. Née pendant la guerre, de santé fragile, ses parents trop démunis et loin de tout pour s’occuper d’elle l’ont placée en nourrice. Elle me racontait les privations, jusqu’au rationnement subi par celle qu’elle appelait sa marraine, qui n’avait pas même de quoi éclairer les soins portés à la petite fille malade qu’elle recueillait.

Modestes ouvriers, mes grands-parents vivaient dignement et au cours de mon enfance, ma sœur et moi n’avons manqué de rien. Je réalise aujourd’hui que nous aurions pu manquer de tout sans cette figure d’intelligence et de détermination qui, par ses lumières et son amour, substituait, remplaçait, comblait.

Ma grand-mère s’appelle Lucette. Son histoire et son amour, toujours, ont su calmer mes peurs.

 

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