«Important »: adj. Qui importe


 

Catherine Brun

09/06/2012 

 


Engagements et déchirements.
Les intellectuels et la guerre d'Algérie


 

 Engagements et déchirements. Les intellectuels et la guerre d’Algérie : Livre (Gallimard / IMEC, 2012, 240 pages, 350 ill., index) et exposition (16 juin – 14 octobre 2012, à l’abbaye d’Ardenne, IMEC, Caen) par Catherine Brun et Olivier Penot-Lacassagne.

 

 

Exilés du même royaume nous voici comme deux frères ennemis, drapés dans l’orgueil de la possession renonçante, ayant superbement rejeté l’héritage pour n’avoir pas à le partager. [...] Irons-nous ensemble apaiser le spectre de la discorde, ou bien est-il trop tard ? [...] il est (peut-être) urgent de remettre en mouvement les ondes de la Communication, avec l’air de ne pas y toucher qui caractérise les orphelins devant la mère jamais tout à fait morte.

Lettre de Kateb Yacine à Albert Camus, le 16 octobre 1957.
Coll. C. et J. Camus, Fds A. Camus, Bibl. Méjanes,
Aix-en-Provence, D.R.

 

Le drame algérien, précisément parce qu’il a entraîné, au-delà des questions militaires, des débats de conscience et de valeurs et des choix politiques, ne saurait être abordé sans une attention aiguë aux sensibilités qui se sont exprimées. Il fut aussi une « bataille de l’écrit », durant laquelle des intellectuels crurent devoir « se prononcer » et « faire entendre leur parole » (Maurice Nadeau). C’est l’histoire mouvementée de leurs engagements et de leurs déchirements qui est ici retracée. L’opposition manichéenne, tardivement formée, d’une gauche indépendantiste et d’une droite défendant l’Algérie française en sort revisitée : la réalité ne se réduit pas à un affrontement bipartisan.

Pour tenir compte de la diachronie, éviter les myopies, mettre en perspective les événements et les débats, l’ouverture a été privilégiée. Ouverture historique d’abord : la période considérée déborde les dates officielles du conflit (1954-1962) pour commencer avec les massacres du Constantinois, en mai 1945, et s’interrompre en juillet 1968, quand est promulgué le dernier décret amnistiant les crimes commis en Algérie. Ouverture géographique ensuite : à partir d’archives rares ou inédites sont présentés écrivains et intellectuels issus des deux rives de la Méditerranée. « Entre Algériens francophones et Français, la langue est commune, non le langage », constate Jean Amrouche en janvier 1958. Ouverture politique enfin, car comment comprendre la virulence et la longévité des affrontements si un point de vue unique est adopté ? Des réseaux de soutien au F.L.N. aux défenseurs de l’Algérie française, en passant par les tenants d’un dialogue renoué et d’une communauté à réinventer, c’est la totalité de l’éventail politique qui est restituée.

Les débats sont vifs, souvent violents. Livres, procès, pétitions, manifestes : les clercs parlent, témoignent, écrivent, interpellent, se répondent. Répressions et inculpations, arrestations et saisies, assassinats ou attentats montrent que leur engagement, dans ce long moment blessé de notre histoire, valut acte.

 

 

 

 

 

 

 

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